Le défi de l’Amérique latine

Après une décennie euphorique, des réformes s’imposent pour consolider les acquis récents et affronter les défi s à venir. 

Un revirement de fortune pour l’Amérique latine ? Durant la décennie écoulée, les responsables politiques et le grand public se sont habitués aux bonnes nouvelles en provenance de ce continent dynamique. L’Amérique latine nageait dans l’optimisme, avec une forte croissance et des revenus en hausse. L’euphorie était telle que certains se demandaient si le continent n’était pas en train de « larguer les amarres » avec l’économie mondiale et les États-Unis en particulier. De fait, la plupart des économies de la région ont plutôt bien résisté à la crise financière mondiale. Même si, avec l’effondrement de la demande extérieure et des prix des produits de base, le PIB de l’Amérique latine s’est contracté de 1,5 % en 2009, il a rebondi de 5,7 % en 2010 et de 4,4 % en 2011.

La région doit d’abord sa réussite à ellemême, grâce à sa prudence budgétaire, à des banques bien capitalisées et à des politiques crédibles en matière d’inflation. Une vigoureuse croissance dans les autres économies émergentes, en Chine surtout, y a aussi contribué, de même que le niveau extrêmement bas des coûts de financement sur les marchés mondiaux. La proportion de la population en situation de pauvreté absolue est tombée de 33 % en 2002 à environ 22 % en 2010, selon les chiffres de la CEPAL. L’inégalité recule régulièrement dans la région, alors qu'elle s’accentue dans la zone OCDE, même si les niveaux d’inégalité ne sont pas encore aussi bas que les moyennes des pays de l’OCDE.

Le progrès économique pourra-t-il continuer à ce rythme dans les années à venir ? Ce ne sera pas facile car, comme l’indiquent les Perspectives économiques de l’Amérique latine 2014, il faut s’attendre à des vents contraires. Le rééquilibrage de la Chine atténue la pression à la hausse sur les prix des produits de base, ce qui affectera les recettes d’exportation de l’Amérique latine, tandis que la demande extérieure des pays de l’OCDE reste atone. Les flux de capitaux et les taux de change dans la région commencent à devenir plus volatiles, les investisseurs internationaux se préparant à la fin de l’assouplissement quantitatif aux États-Unis.

En 2013, l’affaiblissement de l’activité mondiale a freiné la croissance latino américaine, qui s’est établie en moyenne à environ 2,6 % sur l’année, avec un léger redressement à 2,9 % attendu en 2014.

Un retour à une croissance et à des politiques plus normales aux États-Unis pourrait aider l’Amérique latine puisque environ 35 % de ses exportations totales vont encore vers ce pays. Cependant, le resserrement de la politique monétaire qui finira par se produire pourrait créer des obstacles. Les gouvernements de la région auront fort à faire pour gérer des positions budgétaires et extérieures plus faibles, et éviter le risque d’un arrêt brutal des entrées de capitaux.

Cliquez pour agrandir

Cependant, les principaux risques pour les perspectives de l’Amérique latine résident dans ses faiblesses structurelles, que les difficultés économiques actuelles pourraient révéler. La plupart des pays d’Amérique du Sud exportent surtout des ressources naturelles et n’ont que peu de liens avec le reste de l’économie. Les pays d’Amérique centrale et des Caraïbes s’efforcent d’accroître la compétitivité de leurs entreprises et de conserver une part plus importante de valeur ajoutée dans les chaînes de valeur. Finalement, l’Amérique latine devrait chercher à rehausser son potentiel de croissance, de 3-4 % actuellement, à 5-6 %, afin d’améliorer sa résilience et de réduire plus vite la pauvreté et l’inégalité. Autrement dit, il faudrait renforcer la productivité et rendre la croissance économique plus inclusive.

Les priorités de réforme varient d’un pays à l’autre, mais elles présentent des similitudes. La plupart des pays doivent améliorer leur infrastructure et leur logistique afin de rehausser leur compétitivité sur les marchés internationaux et dans les chaînes de valeur mondiales. Comme le montrent les Perspectives économiques de l’Amérique latine 2014, les coûts logistiques de la région sont près de neuf fois plus élevés que les droits de douane, et bien supérieurs à ceux de la zone OCDE. Il faut aussi modifier les réglementations afin de permettre une utilisation plus efficace de l’infrastructure. Des guichets uniques pour le commerce extérieur, par exemple, pourraient réduire les délais et les coûts logistiques. Une concurrence accrue entre les entreprises de transport pourrait aussi réduire les coûts : entre 2000 et 2006, une entente entre une quarantaine de compagnies aériennes a augmenté les coûts des exportations chiliennes. Finalement, plus de 1 800 entreprises ont dû être dédommagées de 113 millions USD par ces compagnies aériennes.

Les pays d’Amérique latine doivent profiter de leur récente croissance pour développer les secteurs à plus haute intensité de savoir, en investissant dans la R&D, en aidant les entreprises nouvelles et en développant les compétences requises pour exploiter les possibilités mondiales. En même temps, il faut assurer à une classe moyenne émergente des biens et des services publics plus nombreux et de meilleure qualité.

Le secteur public pourra-t-il suivre ? À l’évidence, il faudra davantage de recettes budgétaires : en 2010, les recettes fiscales n’ont représenté en moyenne que 19 % du PIB, contre près de 34 % dans la zone OCDE, selon Revenue Statistics in Latin America (2010). La formation des fonctionnaires, le renforcement des capacités et la lutte contre la corruption requièrent des réformes énergiques pour rétablir la confiance dans les gouvernements et les administrations publiques, faible dans la région.

De nombreux défi s attendent les pays d’Amérique latine, mais ses dirigeants ont les pieds sur terre. Dans bon nombre de pays, le débat politique est devenu très pragmatique, tandis que les discussions enfl ammées du passé sur des questions telles que les échanges et l’investissement direct étranger sont aujourd’hui plus calmes et plus techniques. Plusieurs pays, comme le Mexique, mettent en oeuvre des réformes difficiles pour résoudre leurs problèmes structurels dans des domaines tels que les télécommunications, la main-d’oeuvre, l’énergie et la politique budgétaire.

Le Mexique, comme le Chili, est évidemment membre de l’OCDE. La Colombie s’apprête à adhérer à l’Organisation tandis que d’autres, comme le Costa Rica, s’en rapprochent aussi. Cela témoigne non seulement de la détermination des dirigeants de la région à ouvrir leurs économies sur l’extérieur, à apprendre et à améliorer leurs politiques, mais aussi d’un optimisme inébranlable quant à l’avenir de l’Amérique latine.

Références

OCDE/CEPAL/SAD (2013), Latin American Economic Outlook 2014: Logistics and Competitiveness for Development, Éditions OCDE

OCDE (2013), Start-up Latin America: Promoting Innovation in the Region, Éditions OCDE

OCDE/CEPAL/Centre interaméricain d’administrations fiscales (2012), Revenue Statistics in Latin America, Éditions OCDE

Études économiques du Mexique, du Chili, du Brésil et de la Colombie (2013). 

© L’Observateur de l’OCDE n° 297 T4 2013




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Le choix de la rédaction

  • Economic Outlook_video

Articles les plus lus

Abonnez-vous dès maintenant

n° 297 T4 2013

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Abonnez-vous dès maintenant
Edition en ligne
Edition précédente

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2014