REUTERS/Suzanne Plunkett

Le Président Nelson Mandela : quelques réflexions personnelles

Nécrologie

Le Président Nelson Mandela repose au panthéon des dirigeants politiques. Il était doué d’une aisance, d’une intelligence et d’une mémoire extraordinaires, mais c’est sa force de caractère qui lui donnait une stature bien supérieure aux autres dirigeants.

La modestie, la patience et un intérêt sincère pour les gens ordinaires, hérités de ses 27 années de prison, l’ont rendu unique, tout comme son indéfectible honnêteté et son attachement sans faille aux droits de l’homme. Ce sont ces idéaux qui l’ont conduit en prison, après son refus de se soumettre à l’apartheid.

Ayant rencontré Nelson Mandela peu après sa libération, à l’occasion de sa première visite à Paris, alors que je travaillais à l’OCDE entre 1988 et 1992, le rêve est devenu réalité lorsque j’ai été invité à rejoindre son administration en tant que Président de la Banque publique de développement de l’Afrique australe, devenue la première source de financement des communes et des infrastructures de cette région. J’ai eu le privilège d’être intimement associé aux discussions sur la politique économique et de l’accompagner dans de nombreuses visites officielles, notamment en France et au Royaume-Uni. En son nom, j’ai aussi été chargé, par exemple, de piloter l’aspect financier de la candidature de l’Afrique du Sud à l’organisation des Jeux olympiques. Le pays n’a finalement pas accueilli les Jeux, mais comme pour les décisions de solliciter l’organisation des Coupes du monde de rugby et de football, Nelson Mandela avait compris qu’au-delà des retombées économiques, vitales, l’amour commun du sport pourrait guérir les blessures d’une nation racialement divisée qui cherchait à surmonter l’héritage de l’apartheid.

Le Président Mandela se distinguait par la qualité de son écoute, avec l’esprit aiguisé d’un avocat de haut niveau explorant un dossier dans le moindre détail jusqu’à le maîtriser parfaitement. Il était ainsi capable de retenir les faits et les propos de façon remarquable. Je me souviens par exemple d’une conversation où il avait souhaité approfondir avec moi la problématique de l’épargne et des taux d’intérêt, et l’entendre répondre des années plus tard à une question des médias en reprenant toute l’argumentation développée alors. Sous la présidence de M. Mandela, le Congrès national africain, parti au pouvoir, a modifié sa politique économique pour permettre l’intégration totale de l’Afrique du Sud dans l’économie mondiale et l’instauration d’une politique macroéconomique durable. Le pays a réduit le protectionnisme qui avait été amplifié par les sanctions contre l’apartheid et par l’ampleur des obstacles tarifaires, pour devenir le moteur de la croissance économique de l’Afrique australe, ainsi que l’un des principaux acteurs de la stratégie de revitalisation de la croissance africaine, et un pilier du groupe des BRICS.

Possédant un sens aigu de la politique et un savoir encyclopédique, Nelson Mandela n’en était pas moins très simple : il mettait un point d’honneur à appeler par leur prénom tous les présidents (et même les monarques), et déstabilisait systématiquement les services de sécurité en se rendant dans les cuisines pour féliciter le chef ou dans les bureaux pour remercier les secrétaires. Son charisme et son aisance naturelle donnaient à tous, y compris à la Reine Elizabeth et aux Présidents Bill Clinton et Jacques Chirac, un sentiment d’humilité en sa présence.

Le Président Mandela était un homme remarquable doté d’un esprit noble, qui a beaucoup souffert. Le monde a besoin de grands leaders. La disparition de Nelson Mandela souligne cruellement combien sont rares les personnalités alliant, comme lui, le courage, l’engagement, le charisme, l’intelligence, l’abnégation et, qualité la plus exceptionnelle, la sagesse.

Nelson Mandela, Président de l'Afrique du Sud de 1994 à 1999, né à Mvezo, Afrique du Sud, le 18 juillet 1918, est décédé à Johannesburg, Afrique du Sud, le 5 décembre 2013, à l'âge de 95 ans.

*Ian Goldin a travaillé à l’OCDE de 1988 à 1992.

Voir aussi l'hommage du Secrétaire général de l'OCDE Angel Gurría au Président Mandela

et les travaux de l'OCDE sur l'Afrique du Sud

©L’Observateur de l’OCDE n° 297, T42013




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