Équilibre hydrique

Jonathan Ernst/Reuters

En septembre 2013, le gouvernement kenyan et les Nations Unies ont annoncé la découverte, dans le nord du Kenya, d’importantes réserves souterraines d’eau qui suffiraient à subvenir aux besoins du pays pendant 70 ans. Repérés grâce à la technologie satellitaire, les aquifères de Lotikipi et Lodwar se situent dans le comté aride de Turkana, théâtre de vols de bétail meurtriers sur fond de luttes claniques pour le contrôle des pâturages et des rares points d’eau. 

Cette découverte a été permise par le projet GRIDMAP (Programme de recherche des ressources en eaux souterraines pour l’atténuation de la sécheresse en Afrique), une initiative conjointe du gouvernement kenyan et de l’UNESCO. L’existence de trois autres aquifères doit être confirmée par des forages. Un appel de fonds a été lancé pour étendre le programme GRIDMAP à l’Éthiopie, à la Somalie et au Sud-Soudan, pays arides où sévissent les pires sécheresses que connaisse la Corne de l’Afrique depuis 60 ans.

La pénurie d’eau en Afrique devrait s’aggraver dans les prochaines décennies. Des réserves souterraines existent sans doute, mais les informations sur leur emplacement et leur capacité sont périmées ou incomplètes. L’Afrique subsaharienne est particulièrement vulnérable. Le Comité d’aide au développement de l’OCDE (CAD) a récemment indiqué que 25 % de l’aide consacrée à l’eau allait à cette région. Point positif néanmoins, selon le CAD, l’objectif du Millénaire pour le développement visant à réduire de moitié le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’eau potable a été atteint avec cinq ans d’avance. Entre 2002 et 2012, en Afrique subsaharienne, le nombre de personnes ayant accès à une source d’eau améliorée a doublé.

Avec une contribution représentant 23 % de l’aide totale pour l’eau, le Japon, dont le ministère des Affaires étrangères a financé GRIDMAP, est le principal donneur de l’OCDE (1,8 milliard USD investis en 2010- 2011, soit plus de deux fois plus que n’importe quel autre pays de l’OCDE). Un autre projet, comparable à GRIDMAP et financé par les États-Unis et la Belgique, est en cours en Éthiopie.

Si les progrès concernant l’eau potable sont encourageants, il sera en revanche difficile d’atteindre l’OMD sur l’assainissement. Dans le nord de l’Afrique, la couverture moyenne de l’assainissement a progressé de 18 %, contre à peine 4 à 5 % en Afrique subsaharienne. Le problème vient en partie du manque d’information sur le financement de l’assainissement. Les donneurs ont révisé la méthode de classification pour distinguer l’aide destinée à l’approvisionnement en eau de celle en faveur de l’assainissement.

Qu’il s’agisse d’assainissement ou de consommation, les années à venir seront sans doute marquées par un stress hydrique sans précédent. Par exemple, de tous les pays partenaires de l’OCDE, seul Israël subit un stress plus fort que celui de l’Afrique du Sud, qui utilise déjà 30 % de ses ressources renouvelables en eau, malgré des politiques de gestion de l’eau en phase avec les meilleures pratiques internationales. Sous l’effet de la croissance démographique et économique, ces ressources vont être soumises à une énorme pression. D’après les Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2050, plus de 40 % de la population mondiale vivra dans des zones touchées par le stress hydrique, notamment en Afrique et en Asie. Globalement, la demande d’eau devrait augmenter de près de 55 % compte tenu des besoins croissants des industries manufacturières (+400 %), de la production d’électricité (+140 %) et des ménages (+130 %).

Découvrir de nouvelles réserves ne suffit pas. Il faut aussi améliorer les infrastructures et réformer le système social. En Afrique subsaharienne, par exemple, l’obligation d’aller chercher de l’eau quotidiennement est un obstacle au développement. Cette tâche incombe généralement aux femmes et aux jeunes filles, qui y consacrent en moyenne 30 minutes par jour. D’après des données sur 25 pays d’Afrique subsaharienne (48 % de la population de la région), les femmes passent 16 millions d’heures par jour à aller chercher de l’eau, contre 6 millions pour les hommes. Ce sont donc 1 825 années qu’elles ne consacrent pas à la vie scolaire ou professionnelle.
Lyndon Thompson  

Références

« Des réserves d’eau souterraine stratégiques mises au jour dans le nord du Kenya », UNESCOPRESS, 11 septembre 2013. 

OCDE (2012), Perspectives de l’environnement de l’OCDE à l’horizon 2050 : Les conséquences de l’inaction, Éditions OCDE.

OCDE/CAD (2013), Financing Water and Sanitation in Development Countries: The Contribution of External Aid

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




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