Transferts de fonds : de flux en flux

La crise économique de 2008 a redessiné la carte des flux financiers dirigés vers l’Afrique et souligné deux tendances majeures : une forte progression de l’investissement direct étranger (IDE) et une augmentation parallèle des envois de fonds des travailleurs émigrés. Ces envois ont dépassé les apports d’aide et les flux d’IDE, avec un taux de croissance moyen de 7,7 % pour la décennie écoulée. 

Ceci confirme des études récentes selon lesquelles les envois de fonds sont moins volatils que les autres formes d’apports financiers. La crise économique et financière a conduit à une dégradation des perspectives économiques qui, conjuguée à un accès plus limité au financement, a eu des retombées négatives sur les flux d’IDE, notamment dans les pays développés. Globalement, l’investissement étranger, les envois de fonds et l’aide au développement dirigés vers l’Afrique ont quadruplé entre 2000 et 2012, pour atteindre un montant estimé à 186,3 milliards USD en 2012. Les flux financiers extérieurs devraient poursuivre leur progression pour atteindre 200 milliards USD en 2013.

Ces dix dernières années, les investisseurs internationaux ont « redécouvert » l’Afrique comme une destination d’investissement rentable. Les entrées d’IDE en Afrique ont augmenté à un taux annuel moyen de 6,1 % entre 2000 et 2011, pour atteindre près de 50 milliards USD, selon le FMI. Cette forte augmentation des flux d’investissement impose progressivement la vision d’une « Afrique émergente », mettant un terme à la vision pessimiste qui prévalait dans les années 1990.

Plusieurs tendances étayent la diversification progressive de l’IDE vers l’Afrique. Premièrement, les investissements des pays non-OCDE, notamment les Émirats arabes unis, l’Inde et la Chine, sont en hausse. Ils représentaient, en 2012, 60 % du total de l’IDE destiné à la création de capacités en Afrique, contre seulement 25 % en 2003.

De nouveaux secteurs économiques (métallurgie, énergies renouvelables, équipement automobile et services financiers) attirent une part croissante des nouveaux projets d’IDE. Une croissance économique soutenue (plus de 5 %), des indicateurs macroéconomiques plus favorables (baisse de l’inflation, dette soutenable) et l’augmentation du pouvoir d’achat ouvrent des possibilités d’investissement dans des secteurs autres que les ressources naturelles, qui représentent toujours environ 60 % de l’IDE de création.

Enfin, l’investissement en provenance d’autres pays africains a également bien progressé, renforçant la diversification des secteurs d’investissement. De fait, la part de l’IDE africain total est passée de 8 % à 18 % entre 2003 et 2012. Six secteurs ont reçu près de 90 % de la totalité de l’IDE intra-africain depuis 2003 : hydrocarbures, métallurgie, chimie, télécommunications, matériaux de construction et tourisme. Toutefois, l’investissement de création intra-africain reste moins concentré que l’investissement non africain, et s’oriente de plus en plus vers les services financiers, les matériaux de construction et les télécommunications.

Les envois de fonds de l’étranger ont contribué à redessiner la carte des flux financiers vers l’Afrique. Ils représentent désormais la majorité des flux entrants en Afrique, atteignant, selon la Banque mondiale, 60,4 milliards USD en 2012, sans compter les fonds transitant via des canaux non officiels.

Si les envois de fonds sont devenus une source de revenu de plus en plus importante pour quelque 120 millions de foyers africains, les frais d’envoi vers le continent sont les plus élevés au monde, et représentent par exemple le double des frais d’envoi vers l’Asie du Sud. En 2012, les coûts de transaction ont absorbé en moyenne 12,4 % des fonds transférés vers l’Afrique, et ce chiffre atteint environ 20 % pour l’Afrique du Sud, la Tanzanie et le Ghana.

L’impact des envois de fonds sur la croissance reste à déterminer, mais ces fonds servent souvent à la consommation, réduisant ainsi la pauvreté. Développer la concurrence pour les paiements transnationaux ferait baisser les coûts de transaction et permettrait d’envoyer davantage de ces fonds là où ils sont le plus utiles. Les banques, intermédiaires les plus coûteux, constituent souvent les seuls canaux accessibles aux émigrés africains. Des obstacles juridiques ralentissent l’adoption de solutions moins onéreuses et de nouvelles technologies telles les transferts mobiles. M-Pesa (un service de transfert d’argent par téléphonie mobile et de microfinance de Safaricom et Vodacom) au Kenya et en Tanzanie est un exemple de réussite, mais l’absence de lien entre les réglementations des télécoms et les réglementations financières complique le déploiement de ce genre de solutions.

Cependant, les flux financiers restent inégalement répartis entre les pays africains. Les 15 premiers pays destinataires d’IDE ont reçu environ 75 % du total des IDE nouveaux en 2012. Il en est de même pour les envois de fonds. Depuis 2000, l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest reçoivent environ 80 % des envois de fonds, du fait de leur proximité avec l’Europe et d’une diaspora nombreuse. À eux seuls, le Nigeria et l’Égypte reçoivent 64 % des envois de fonds totaux.

La forte augmentation des flux financiers extérieurs totaux reflète l’amélioration de la gestion macroéconomique et le dynamisme économique de l’Afrique. Mais tous les pays africains n’en bénéficient pas. La vague de flux financiers étrangers permet d’envisager l’avenir de l’Afrique avec optimisme, mais elle devra déferler sur tous les pays du continent pour donner corps à la notion d’« Afrique émergente ».

Références

CNUCED (2012), Rapport sur l’investissement dans le monde 2012 : Vers une nouvelle génération de politiques de l’investissement, Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, Genève.

Chami, R. et al. (2008), « Macroeconomic consequences of remittances », IMF Occasional Paper n° 259, FMI, Washington, DC.

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




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