Prix des vaccins : une piqûre douloureuse

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Les vaccins constituent l’un des moyens les plus efficaces de prévenir les maladies et les décès, en particulier chez les enfants. Or, plus de 22 millions de bébés naissant chaque année dans le monde (soit quatre fois le nombre de naissances en Europe) ne sont pas vaccinés et sont donc exposés au risque d’attraper des maladies évitables par la vaccination, comme la rougeole, et d’en mourir. 

Bon nombre de ces 22 millions de bébés naissent en Afrique. Au Nigeria, le taux de couverture vaccinale était tout récemment de 41 %, autrement dit seuls quatre enfants sur dix reçoivent les trois doses du vaccin antidiphtérique-antitétanique-anticoquelucheux utilisé comme référence pour estimer qu’un enfant est pleinement immunisé. Ce taux recule. En 2011, les services de vaccination nigérians touchaient 45 % des enfants.

Le Nigeria occupe la deuxième position, peu enviable, sur la liste des dix pays ayant le plus grand nombre d’enfants non vaccinés. Quatre autres pays d’Afrique y figurent : l’Éthiopie, la République démocratique du Congo, l’Afrique du Sud et l’Ouganda. Ensemble, ces dix pays représentent plus de 70 % des enfants non vaccinés dans le monde.

Les faibles taux de couverture témoignent d’une multitude de problèmes, notamment des systèmes de santé déficients et des vaccins dépendants de la chaîne du froid ou volumineux, difficiles à acheminer dans les régions reculées. Cependant, c’est le prix élevé des vaccins qui cause le plus de soucis aux ministres africains de la Santé.

Prenons le coût du Programme élargi de vaccination, le lot de vaccins de base qui, selon l’ONU, devraient être administrés à tous les enfants. En 2001, l’administration de ces vaccins revenait à un peu plus de 1,38 USD par an et par enfant, contre près de 39 USD aujourd’hui, soit une progression de 2 700 %. Et 39 USD est le meilleur prix possible, celui que paient les pays les plus pauvres bénéficiant du soutien de GAVI Alliance.

GAVI a été lancée en 2000 pour vacciner les enfants des pays en développement qui, autrement, ne bénéficieraient pas des derniers vaccins, tels que le vaccin conjugué contre le pneumocoque (VCP) qui protège contre la pneumonie et d’autres infections. La pneumonie fait partie des principales causes de décès des enfants africains de moins de cinq ans. Si le revenu annuel par habitant d’un pays est inférieur à un certain seuil, ce pays peut bénéficier des prix les plus bas que GAVI négocie avec les sociétés pharmaceutiques, et de ses fortes subventions. Trente-neuf pays d’Afrique réunissent les conditions requises, mais ils doivent tenir compte de deux difficultés.

Premièrement, bien que les rabais négociés par GAVI représentent une réduction importante par rapport au prix payé par les pays développés, les nouveaux vaccins restent extrêmement coûteux. Ainsi, les trois doses de VCP représentent près de la moitié des 39 USD nécessaires pour vacciner pleinement un enfant.

Deuxièmement, que se passe-t-il lorsque les pays voient leur situation s’améliorer et ne bénéficient plus du soutien de GAVI ? Tel sera bientôt le cas de l’Angola et du Congo. En 2016, ils ne recevront plus de subventions de GAVI, devront financer leurs programmes de vaccination et payer le prix élevé des nouveaux vaccins. L’Angola verra ainsi sa facture pour le VCP et le vaccin contre le rotavirus augmenter de 714 %.

Le problème tient à ce que les pays doivent les prix négociés à GAVI. Les plus démunis sont pour l’heure protégés contre les prix élevés mais lorsque GAVI retirera son aide, bon nombre d’entre eux ne seront pas en mesure de payer.

GAVI prépare une réunion de haut niveau le 30 octobre à Stockholm, au cours de laquelle les partenaires feront le point sur les résultats obtenus à ce jour et les progrès accomplis depuis la première conférence des donateurs de juin 2011. Tandis que les partenaires de GAVI examineront le bilan et les plans pour l’avenir, les ministres africains de la Santé devraient faire connaître les pressions qu’exerce l’augmentation du coût de la vaccination sur des budgets de la santé déjà serrés. Ils devraient presser GAVI et ses donateurs de réduire encore les prix et de veiller à ce que les pays continuent d’avoir accès aux prix préférentiels lorsqu’ils ne réunissent plus les conditions requises pour bénéficier de l’aide des donneurs.

Chaque enfant né en Afrique mérite la meilleure protection contre les maladies évitables par la vaccination, et des vaccins moins onéreux feraient beaucoup pour la réalisation de cet objectif.

Références

Campagne d’accès aux médicaments essentiels de Médecins Sans Frontières : www.msfaccess.org

Voir www.oecd.org/fr/sante  

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




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