Afrique : maximiser les ressources naturelles*

Depuis 13 ans, l’Afrique connait une progression phénoménale, avec un rythme de croissance impresionnant (en moyenne 5,1 % du PIB par an), et bien supérieur à celui de la plupart des pays de l’OCDE. Pour certains, cet essor n’est que le reflet de la récente flambée des prix des ressources naturelles, la plupart des prix des produits de base (agricoles, minéraux et énergétiques) ayant doublé, voire triplé sur la période. Selon eux, la croissance africaine s’essouflera dès lors que ces prix baisseront, comme c’est le cas actuellement. 

Ce point de vue est erroné à double titre. Premièrement, les ressources naturelles et l’amélioration des termes de l’échange ne représentent qu’un tiers de la croissance africaine : une part conséquente, mais pas de quoi faire des ressources naturelles l’unique moteur de la croissance du continent. De fait, les progrès de l’Afrique reposent en grande partie sur la productivité. Les nouveaux indicateurs utilisés dans les Perspectives économiques en Afrique 2013 montrent une croissance de près de 3 % de la productivité du travail en Afrique dans les années 2000, dont près de la moitié provient de l’orientation vers de nouvelles activités, plus productives. Par comparaison, la croissance de la productivité de l’Amérique latine est inférieure à 1 %.

Deuxièmement, non seulement les ressources naturelles de l’Afrique ne sont pas le moteur exclusif de sa croissance, mais elles y contribuent moins qu’elles ne le pourraient. Les produits agricoles constituent un exemple frappant : l’Afrique représente 24 % des terres agricoles mondiales, mais seulement 9 % de la production agricole. Dans l’exploration minière, les dépenses sont restées inférieures à 5 USD par km2, contre 65 USD en moyenne au Canada, en Australie et en Amérique latine.

En d’autres termes, le tableau de la croissance de l’Afrique et de ses ressources naturelles est complexe : d’un côté les fondements de la croissance sont bien plus diversifiés qu’on ne le croit souvent, de l’autre, l’Afrique n’a pas su tirer pleinement parti de l’abondance de ses ressources naturelles. Si elle l’avait fait, la croissance globale aurait été plus forte et la transformation structurelle aurait créé des emplois plus nombreux et meilleurs.

Certes, il peut paraître logique que, pour asseoir son développement, un pays se détourne de l’exploitation des ressources naturelles pour privilégier la construction de capacités de production. Pourtant, bien gérées, les ressources naturelles peuvent exercer un rôle déterminant dans la transformation de l’économie, en jouant sur trois leviers : la diversification, les capacités et les revenus.

La diversification, qui désigne essentiellement l’éventail et la variété des produits exportés par un pays, est un important moteur de croissance dans les pays en développement. Les ressources naturelles peuvent constituer une source de diversification importante. Ainsi, le Chili a réinvesti les revenus du cuivre dans de nouveaux produits agricoles, comme le saumon, qu’il n’exportait pas auparavant. La Malaisie investit les revenus du pétrole dans la sylviculture et l’huile de palme, et développe des industries très performantes. L’Indonésie a utilisé les revenus pétroliers pour fournir des engrais aux agriculteurs et cultiver de nouvelles cultures, posant ainsi les bases de la révolution verte du pays.

Cliquez pour agrandir

Pierre angulaire de la transformation structurelle, les capacités d’un pays représentent son savoir-faire et ses compétences technologiques ou la qualité de ses services publics dans des domaines comme les infrastructures, l’éducation ou la santé, etc. Les pays dont la production de ressources naturelles est forte et diversifi ée ont davantage de possibilités de développer leurs capacités. Ainsi, l’Afrique du Sud, qui fournissait des outils simples à ses mineurs, s’est développée au point de devenir un fournisseur de l’industrie extractive mondiale compétitif au niveau mondial. Le Chili a développé un savoir-faire local en adaptant les technologies d’extraction aux conditions locales, et le Nigeria est en passe de créer une industrie d’amont pour les secteurs liés aux ressources naturelles.

Les capacités font le lien entre la production de produits de base et la diversifi cation au sens large. En moyenne, plus un pays exporte de produits de base non transformés de façon concurrentielle, plus il exporte de produits manufacturés de façon concurrentielle. Ainsi, l’Afrique du Sud exportait 46 produits de base en 2005 et 197 produits fi naux manufacturés en 2010. L’Angola n’exportait que du pétrole de façon concurrentielle en 2005, et 24 produits fi naux manufacturés en 2010.

Le troisième levier, les revenus, représente le principal avantage des industries extractives à court et moyen termes. Les revenus issus de la production minière et pétrolière peuvent fi nancer de nombreux éléments déterminants d’une transformation structurelle (éducation, santé, infrastructures, services publics…).

Ainsi, plutôt que d’abandonner l’exploitation de leurs ressources naturelles, les pays africains devraient s’appuyer sur les avantages offerts par celles-ci, et en saisir les opportunités pour diversifi er leur économie.

*Adapté d’un article paru sur le blog OECD Insights, le 27 mai 2013, à l’occasion du lancement des Perspectives économiques en Afrique 2013 (voir www.oecdinsights.org). Pour plus d’informations, contacter Jan Rielaender à l’OCDE. 

Voir www.oecd.org/fr/afrique/

Voir aussi www.africaneconomicoutlook.org/fr/

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




Données économiques

PIB +0.6% T3 2017
Échanges exp +4.3% ; imp +4.3% T3 2017
Inflation annuelle 2,3% septembre 2017
Chômage 5.7% septembre 2017
Mise à jour: 14 nov 2017

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • Suite aux révélations des Paradise Papers, Pascal Saint-Amans, Directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE, s’exprime sur France Inter. Un éclairage essentiel sur ce « scandale de la légalité », l’ampleur de l’optimisation fiscale, et le travail très concret de l’OCDE. A ne pas manquer.
  • Bien que la pauvreté relative n'ait cessé de reculer depuis trente ans, il y a beaucoup plus d'inégalités entre les riches et les moins riches. Ana Llena Nozal, OCDE, participe à la discussion sur la question (RFI).
  • Le logement abordable, un defi pour l'Europe : un article du Monde sur la hausse des inégalités liée au renchérissement de l'immobilier.
  • Les besoins en matière de logement sont souvent insatisfaits : un nombre important de personnes dans l'ensemble de l'OCDE sont sans abri et un grand nombre de ménages font face à des coûts de logement qu'ils ne peuvent pas assumer. Une nouvelle base de données a été conçue par l’OCDE pour aider les pays à évaluer l'accès à des logements abordables.

  • Jean-Christophe Dumont - Forum "Migrants, la... par liberation
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2017