Avons-nous les compétences nécessaires pour réussir ?

Voici une statistique peu réjouissante : dans une vingtaine de pays parmi les plus riches du monde, au moins un adulte sur 10 est uniquement capable de comprendre des textes basiques. Posez-leur une question sur un énoncé, et ils seront en mesure d’y répondre seulement si le texte est bref, qu’il utilise un vocabulaire simple et qu’il contient des indices en reprenant les mots employés dans la question. 

Vous pensez sans doute que ce chiffre n’est pas encourageant mais qu’au moins, les neuf autres adultes sont capables de lire plutôt bien. Détrompez-vous : cette statistique d’un sur 10 est juste une valeur minimale. Dans certains des pays les plus riches du monde, plus d’un tiers des adultes rencontrent des difficultés pour comprendre des textes d’un niveau autre qu’élémentaire.

Ces résultats sont tirés d’un nouveau rapport, les Perspectives de l’OCDE sur les compétences 2013, qui marque la première tentative de l’Organisation d’évaluer l’aptitude des adultes à lire, à écrire, à compter et à résoudre des problèmes. Il prolonge les travaux du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui mesure les connaissances et les compétences des élèves du secondaire. Si vous connaissez le PISA, vous savez que ses résultats sont examinés dans le monde entier, notamment le classement des quelque 70 pays participants. Le nouveau Programme international pour l’évaluation des compétences des adultes (PIAAC), également connu comme l’enquête sur les compétences des adultes, devrait susciter un intérêt analogue bien qu’il ne couvre qu’environ 24 pays.

Le rapport montre de grandes variations des niveaux de compétences selon les pays. Par exemple, au Japon et en Finlande, environ un adulte sur 5 obtient les meilleurs résultats en lecture et en écriture. En Italie et en Espagne, en revanche, cette proportion n’est que d’un adulte sur 20.

En quoi ces résultats sont-ils importants ? Comme l’a déjà fait observer le blog OECD Insights, la demande de main-d’oeuvre qualifiée augmente dans les économies actuelles, au détriment des travailleurs moins qualifiés. Le rapport de l’OCDE apporte de nouveaux éléments témoignant de ce phénomène. Par rapport aux individus possédant des aptitudes élevées en lecture et en écriture, les moins qualifiés ont deux fois plus de risques d’être au chômage. En outre, les individus peu qualifiés sont davantage susceptibles d’être en mauvaise santé. Mais les individus ne sont pas les seuls à pâtir de cette situation : le faible niveau de compétences, ou l’incapacité à tirer pleinement parti des talents disponibles, freine également la croissance des économies nationales.

L’attention suscitée par le rapport devrait essentiellement se concentrer sur la comparaison du classement des pays. Concernant l’indicateur principal de l’aptitude à lire et à écrire, par exemple, le Japon, la Finlande, la Suède et les Pays-Bas occupent les quatre premières places tandis que, parmi les pays de l’OCDE, l’Irlande, la France, l’Espagne et l’Italie figurent en queue de peloton. La configuration est la même pour l’aptitude au calcul, à l’exception de la France qui cède sa place au bas du classement aux États-Unis.

En ce qui concerne la maîtrise de l’informatique, au moins un adulte sur 10 ne possède pas les compétences de base, mais là encore, il existe de grandes disparités entre les pays. En Suède, seul un adulte interrogé sur 50 environ a indiqué n’avoir jamais utilisé un ordinateur, tandis qu’en Italie, cette proportion s’élève à un peu moins d’un adulte sur 4.

Les comparaisons entre les pays ne constituent cependant qu’une petite partie des résultats. De très nombreuses données sont également disponibles sur la façon dont les individus améliorent et mettent en pratique leurs compétences et leurs aptitudes, et sur la manière dont certains facteurs comme la pauvreté et l’origine sociale déterminent ce processus. Certains résultats sont pour le moins surprenants. Par exemple, l’enquête suggère qu’il faut revoir l’idée selon laquelle plus d’études est forcément synonyme de plus de compétences. D’après les Perspectives de l’OCDE sur les compétences 2013, les jeunes adultes au Japon ou aux Pays-Bas qui n’ont suivi qu’un enseignement secondaire « obtiennent sans difficulté de meilleurs résultats que les diplômés du supérieur du même âge en Italie ou en Espagne ».

Étant la première d’une série programmée, cette enquête répond en quelque sorte à autant de questions qu’elle n’en pose : par exemple, pourquoi l’origine sociale – en d’autres termes, le patrimoine familial – est-elle un facteur clé dans la détermination du niveau de compétences des individus dans certains pays et pas dans d’autres ? Pourquoi le niveau de compétences augmente-t-il à chaque nouvelle génération dans certains pays, mais semble stagner dans d’autres, comme aux États-Unis et au Royaume-Uni ? Il sera intéressant d’étudier les réponses apportées à ces questions dans les années à venir, ainsi que l’analyse qui en ressortira. Brian Keeley

Traduit d'une adaptation de l'article "Have we the skills we need to succeed?", sur www.oecdinsights.org

Pour plus d’informations sur l’Enquête 2013 sur les compétences des adultes (PIAAC), voir skills.oecd.org/skillsoutlook.html

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




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