Vers de nouveaux objectifs mondiaux

Un monde exempt d’extrême pauvreté n’est pas une utopie mais un objectif réalisable. Pour y parvenir, nous devons d’urgence relever certains défis, notamment celui de revoir nos objectifs de développement. 

Ces dernières décennies, des milliards de personnes ont vu leur qualité de vie s’améliorer considérablement. En 2010, ils étaient 700 millions de moins qu’en 1990 à souffrir de la faim, et la population pauvre dans le monde a diminué de plus de moitié. L’accès à l’enseignement primaire, à l’eau potable et aux soins de santé de base a été considérablement amélioré dans le monde. Un effort de développement concerté à l’échelle mondiale, galvanisé par les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a certainement contribué à ces avancées, tout comme l’émergence de nouveaux marchés et de progrès technologiques qui facilitent l’investissement et les échanges mondiaux.

Cependant, à y regarder de plus près, la réalisation des objectifs de développement n’est pas acquise. Si de nombreux pays – la Chine, bien entendu, mais aussi le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud – ont obtenu des résultats exceptionnels au cours des décennies passées, d’autres, partant d’un niveau nettement plus bas, ont un plus long chemin à parcourir. Des pays fragiles et très pauvres comme la Guinée, la Guinée-Bissau et le Sierra Leone en Afrique commencent à progresser mais restent extrêmement pauvres, selon un récent rapport de la Banque mondiale : en Afrique subsaharienne, 48 % de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. Selon ce rapport, la plupart des OMD ne seront pas atteints dans les États fragiles en 2015.

L’économie mondiale a considérablement changé depuis 2000. L’augmentation de la production dans les pays développés et émergents pose de graves problèmes environnementaux. Les inégalités ont progressé à l’intérieur des pays et entre ceux-ci, compromettant la cohésion sociale et la stabilité, comme en témoignent les manifestations au Brésil, en Égypte ou même en Suède. La guerre continue de ruiner les espoirs de développement de millions de personnes et les pays fragiles ou touchés par un conflit ont les plus grandes difficultés à réaliser les OMD. Des progrès sont clairement nécessaires.

Les OMD ont permis de préparer les esprits, de rassembler les forces collectives et d’attaquer de front le problème du développement une fois pour toutes. Ils ont rallié les gouvernements, les organisations internationales et la société civile mondiale autour d’objectifs communs, simples et clairs. « Les objectifs nous aident à définir notre vision », notait le rapport de l’OCDE de 1996, Façonner le XXIe siècle, qui a contribué à lancer le processus international ayant conduit à la définition des huit OMD : combattre l’extrême pauvreté et la faim, réduire la mortalité infantile, lutter contre les maladies, assurer la scolarisation primaire universelle, promouvoir l’égalité hommesfemmes, améliorer la santé maternelle, assurer la viabilité écologique et bâtir un partenariat mondial au service du développement. Depuis cette époque, l’OCDE soutient les OMD.

L’échéance pour les OMD a été fixée à 2015. Ils ne seront peut-être pas complètement atteints d’ici là et auront inévitablement attiré des critiques, mais cela ne signifie pas que nous pouvons nous en détourner. Au contraire, il faut les améliorer et les adapter. Des efforts internationaux sont en cours pour créer un cadre de développement fondé sur des objectifs pour l’après-2015, et l’OCDE, avec son expertise et son expérience, continue de jouer un rôle actif. Ce nouveau cadre devra s’appuyer sur les points forts des OMD et remédier à leurs faiblesses, mais également les amener à un nouveau niveau. Le monde a changé depuis 2000, de même que nos besoins, nos analyses et nos attentes.

Ce ne sera pas chose facile. Le programme d’action pour un développement durable souligne la nécessité d’intégrer les dimensions sociale, économique et environnementale. Aider les plus exclus, faire face aux effets dévastateurs des conflits et de la violence, et venir à bout du chômage, sont les éléments clés d’un cadre d’action mondial, fondé sur des objectifs, pour l’après-2015. Ces objectifs devront couvrir, de manière claire et suffisante, les multiples aspects de la pauvreté, des inégalités, de l’inclusion et de l’égalité hommes-femmes. Enfin, le nouveau cadre devra tenir compte des nouvelles géographies de la croissance, de la pauvreté et du pouvoir, des nouveaux acteurs du développement, des nouvelles ressources et capacités technologiques, et des interdépendances toujours croissantes, éléments tous présents dans la Stratégie de l’OCDE pour le développement.

Le rôle de l’OCDE
Notre monde est de plus en plus globalisé et les pays de l’OCDE sont des acteurs clés de son avenir. Au coeur des activités de notre Organisation, la coopération pour le développement est un élément essentiel de notre mission fondatrice, « répondre aux espoirs des pays moins développés », comme l’a formulé le Président Kennedy dans son discours sur l’état de l’Union en 1961. Nombreux sont les domaines dans lesquels l’OCDE est convaincue de pouvoir changer les choses en soutenant le nouvel ensemble d’objectifs, buts et indicateurs.

Les statistiques constituent le premier de ces domaines. Pour réaliser un ensemble d’objectifs, il est nécessaire de suivre les progrès accomplis à l’aide de données fiables et solides. L’OCDE se fonde sur son expertise en matière d’évaluation du financement du développement pour dresser un tableau général plus complet des nouvelles modalités de l’aide. Parallèlement, elle travaille avec les pays en développement pour renforcer leurs systèmes statistiques dans le cadre du Partenariat statistique au service du développement au XXIe siècle (PARIS21). Elle contribue aussi à répondre aux demandes grandissantes de mesures permettant de saisir la complexité de la pauvreté et des inégalités avec l’indicateur du Vivre mieux et l’indice « Institutions sociales et égalité hommes-femmes » (ISE).

L’expertise de l’OCDE en matière d’élaboration des politiques devrait également être utile au regard de certains problèmes complexes mentionnés ci-dessus. Les gouvernements peuvent faire appel à l’expérience de l’OCDE pour mettre la croissance verte au coeur du développement, relever des défis complexes comme l’égalité hommes-femmes et les droits des femmes, ou bien promouvoir l’éducation avec le programme PISA au service du développement. Les travaux de l’OCDE sur la Cohérence des politiques au service du développement (CPD) peuvent contribuer à ce que les décisions prises dans un domaine ne compromettent pas les objectifs fixés dans un autre, comme l’inclusion ou le changement climatique.

Lorsque la gouvernance est faible ou que la violence et la guerre sèment le chaos, l’OCDE aide à bâtir des institutions et des mécanismes de responsabilisation efficaces par l’intermédiaire du Réseau international sur les situations de conflit et de fragilité (INCAF), au centre des objectifs de construction de la paix et de renforcement de l’État. La mise en oeuvre de l’expertise de l’OCDE concernant la mobilisation des ressources intérieures stimule déjà le développement dans des pays aussi différents que la Colombie, le Kenya ou le Viet Nam.

L’OCDE va mettre ce véritable arsenal d’instruments et d’analyses au service du développement dans l’après-2015. Par exemple, l’Organisation va lancer une « alliance pour le partage des connaissances » afin d’ouvrir plus largement aux pays partenaires son expertise interdisciplinaire et ses réseaux de pairs. Elle continuera de soutenir le Partenariat mondial pour le développement et de demander des comptes à ses pays membres concernant leurs engagements, tout en les aidant à améliorer leurs efforts de coopération pour le développement.

Les OMD ont peut-être déçu beaucoup d’observateurs, mais nous avons toujours su que leur réalisation serait un défi majeur. Cette expérience a été difficile mais a ouvert des perspectives pour l’avenir. Si les nouveaux chiffres se confirment, les OMD auront défini des cibles que même les pays les plus pauvres peuvent s’efforcer d’atteindre.

Comme l’a déclaré le Secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, la pauvreté constitue la menace systémique ultime. Notre génération a réellement la possibilité d’éliminer cette menace. En mobilisant les ressources et l’expertise collectives, en coopérant pleinement et ouvertement les uns avec les autres, avec l’engagement des pays développés et en développement devenus partenaires, nous parviendrons à faire de notre vision une réalité. C’est une occasion que l’OCDE est déterminée à saisir.

Références

OCDE et al. (2000), Un monde meilleur pour tous, http://paris21.org/better_world-for-all

Banque mondiale (2013), « Objectifs du Millénaire pour le développement : la Banque mondiale relève des progrès dans 20 États fragiles »

Annan, Kofi ; Köhler, Horst et al. (2000), « A better world for all », OECD Observer n° 223, octobre

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




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