Les leçons de l’enquête PISA

© Aly Song/Reuters

Dans une économie mondialisée, la réussite scolaire ne se mesure plus seulement à l’aune des progrès accomplis par rapport à des normes nationales mais par rapport aux systèmes scolaires les plus performants à l’échelon international. Publiés le 3 décembre, les résultats de la dernière enquête PISA, référence mondiale pour l’évaluation des acquis scolaires, mettent en évidence des mutations spectaculaires dans le vivier mondial de compétences. 

Shanghai, Chine, déjà n°1 des systèmes éducatifs les plus performants en 2009, a renforcé son avance par rapport à son principal concurrent, Singapour, qui a pourtant enregistré des progrès rapides : les élèves de Shanghai ont désormais un an d’avance en mathématiques sur leurs homologues de Singapour. D’autres pays d’Asie de l’Est, notamment le Taipei chinois et le Japon, ont vu leurs résultats progresser, de même que l’Europe (Allemagne et Pologne) et l’Amérique latine (Brésil et Mexique). L’enquête PISA s’est déroulée en 2012, alors que nombre des 65 pays participants étaient encore aux prises avec les conséquences de la crise économique, qui a mis en évidence l’urgence d’améliorer les compétences afin que chacun soit mieux armé pour travailler, affronter la concurrence et interagir de manière à favoriser le progrès économique.

Selon certains, la réussite de Shanghai au PISA ne tient qu’à une préparation intensive des élèves et à un apprentissage par cœur. Mais les résultats les plus impressionnants obtenus par les élèves de Shanghai ne concernent pas les exercices qui leur demandent simplement de réciter ce qu’ils ont appris mais bien ceux où ils doivent appliquer leurs connaissances à des situations inédites, de manière créative. Alors que 2 % seulement des élèves américains sont capables de conceptualiser, généraliser et utiliser des raisonnements mathématiques difficiles de manière créative, ce qui est indispensable pour atteindre le haut du classement PISA, la proportion est supérieure à 30 % à Shanghai, où les pouvoirs publics ont compris que l’excellence sera de plus en plus recherchée dans l’économie mondiale, laquelle ne récompense plus les individus simplement pour leurs connaissances – Google est là pour ça – mais pour leur aptitude à les mettre en pratique.

Il est évident que chaque système scolaire est particulier. Mais l’enquête PISA met au jour un nombre surprenant de caractéristiques communes aux systèmes scolaires les plus performants à l’échelon mondial. Par exemple, les élèves des pays les mieux classés déclarent systématiquement que la réussite est le fruit d’un travail acharné plutôt que d’une intelligence innée, ce qui donne à penser que l’éducation et son contexte social peuvent inculquer des valeurs propices à la réussite scolaire. Les pays les mieux classés sont ceux qui prônent la diversité tant au niveau des élèves que des pratiques d’enseignement et où les enseignants définissent des objectifs ambitieux pour chaque élève et savent reconnaître les talents. La qualité des enseignants reste en outre toujours primordiale : leur sélection et leur formation sont capitales et, en matière d’investissement, la priorité est donnée à la qualité de l’enseignement plutôt qu’à la taille des classes.

Enfin, les pays les plus performants offrent des possibilités de carrière épanouissantes aux enseignants et ont abandonné les mécanismes bureaucratiques de suivi et de reddition de comptes au profit d’une organisation professionnelle du travail. Ils encouragent les enseignants à adopter des méthodes pédagogiques innovantes, à améliorer leurs performances et celles de leurs collègues et à se perfectionner de manière à optimiser les pratiques d’enseignement. Alors que les pouvoirs publics mettent souvent l’accent sur l’offre dans le domaine de l’enseignement, les pays les mieux classés donnent la priorité aux résultats, ce qui suppose de s’ouvrir vers l’extérieur pour étudier les pratiques d’autres enseignants ou d’autres établissements et de constituer des réseaux d’innovation. Enfin, ce qui est peut-être le plus impressionnant dans les systèmes scolaires les plus performants, c’est qu’ils garantissent un enseignement de qualité à tous les élèves. Les politiques et les pratiques sont harmonisées à tous les échelons du système, elles sont constantes dans le temps et on veille à ce qu’elles soient mises en œuvre de manière homogène.

Références

Voir www.oecd.org/pisa/

Lire aussi « L’éducation pour tous », Andreas Schleicher, L’Annuel de l’OCDE 2013, www.oecd.org/fr/forum/leducation-pour-tous.htm

©L’Observateur de l’OCDE No 297 T4 2013




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