Matières premières : mieux valoriser les atouts locaux

Depuis quelques années, les matières premières sont l’un des principaux moteurs de la croissance africaine. Pourtant, curieusement, la contribution des ressources naturelles à la croissance du PIB de l’Afrique (+5 % en moyenne sur la dernière décennie) a été bien moins forte qu’elle n’aurait pu l’être. 

Le secteur primaire africain s’est certes développé, mais la part de son capital naturel dans le monde a reculé, passant de 11,5 % en 1995 à 8,5 % en 2005. D’autres régions du globe ont en revanche augmenté leurs réserves prouvées de ressources naturelles par une exploration plus intense et l’exploitation des nouvelles technologies, distançant l’Afrique. Cependant, les ressources jouent toujours un rôle prépondérant dans de nombreux pays africains : en 2011, les produits bruts et semi-finis représentaient environ 80 % des produits africains d’exportation, contre à peine 60 % au Brésil, 40 % en Inde, et 14 % en Chine.

 Certes, l’Afrique pourrait réduire sa dépendance vis-à-vis des ressources naturelles. Mais elle pourrait aussi, dans l’intérêt de ses économies locales, en tirer bien plus de profit dans la phase de traitement des matières premières mais aussi plus en amont, en fournissant la logistique pour l’extraction des ressources.

Les entreprises locales peuvent par exemple fournir des biens et des services allant de la restauration à l’équipement de haute technologie pour l’exploitation minière. Les intrants nécessaires sont tellement variés que les producteurs locaux peuvent intégrer les chaînes d’approvisionnement à divers niveaux de complexité, selon leurs capacités.

Par le passé, on a souvent accusé les multinationales du secteur de ne pas associer les économies locales à leurs activités et de privilégier les chaînes d’approvisionnement internationales en place. Aujourd’hui, les conditions sont plus favorables à l’entrée d’acteurs locaux dans les chaînes de valeur des ressources. Les entreprises installées près de mines ont de nombreux atouts dans les appels d’offres : elles peuvent en effet proposer aux compagnies minières des produits de proximité répondant à leurs besoins et adapter les technologies disponibles aux spécificités des gisements locaux. Les grands groupes peuvent ainsi réduire les coûts associés à leurs chaînes d’approvisionnement tout en améliorant leurs relations avec les acteurs locaux et leur réputation internationale. Les entreprises locales y trouvent aussi leur compte : interagir avec les géants du secteur des matières premières leur facilite l’accès au savoir, à la technologie et aux capacités, qui peuvent être réinvestis dans d’autres secteurs.

L’Afrique du Sud, dont l’expertise technologique doit beaucoup à la coopération avec le secteur minier, est un bon exemple. Le transfert de connaissances a permis la création d’un réseau de fournisseurs pour le secteur local des métaux du groupe du platine (MGP), le plus gros consommateur mondial de biens et de services liés à ces métaux. Cette clientèle exigeante et la concurrence internationale ont fortement contribué à améliorer la qualité des équipements et des services produits localement. Aujourd’hui, l’Afrique du Sud est exportatrice nette d’équipements miniers et de services spécialisés de premier ordre.

D’autres pays peuvent, comme elle, promouvoir la participation locale aux chaînes de valeur des ressources au lieu d’importer des intrants intermédiaires, en faisant par exemple du recrutement prioritaire de travailleurs locaux une obligation légale. Ces travailleurs pourront ainsi se former aux technologies utilisées par les grands groupes, souvent étrangers, dont ils comprendront rapidement le fonctionnement et les besoins, connaissances précieuses pour ensuite créer des entreprises locales capables de fournir ces groupes. Lorsqu’un pays ne dispose pas d’une main-d’oeuvre qualifiée suffisante, les entreprises étrangères se sentiront obligées d’investir dans la formation pour respecter les quotas d’emploi local. Le mécanisme est le même lorsque les entreprises sont tenues de se fournir localement. Il s’agit de définir des critères toujours plus exigeants et de demander aux entreprises du secteur des ressources naturelles d’expliquer comment elles entendent les satisfaire. On peut, par exemple, augmenter progressivement le pourcentage de sous-traitance locale requise et ainsi contraindre les géants du secteur à former davantage les fournisseurs locaux au respect de leurs normes.

En coopérant activement avec les pouvoirs publics, les entreprises du secteur des matières premières peuvent faciliter la promotion de réseaux de fournisseurs fiables et concurrentiels qui, une fois en place, permettront aux collectivités locales de profiter des avantages économiques (débouchés, emplois) dérivés de la production de ressources.

Au Mozambique, par exemple, le programme de renforcement des capacités des fournisseurs locaux Mozlink, conduit par la fonderie d’aluminium Mozal, la Société financière internationale et le Centre de promotion des investissements du Mozambique, est un succès. Au total, 45 fournisseurs locaux ont été formés et peuvent prétendre remporter des appels d’offres. Depuis, les dépenses d’exploitation de Mozal consacrées aux entreprises mozambicaines sont passées de 5 à 17 millions USD par mois. Le nombre d’entreprises locales fournissant Mozal a été multiplié par plus de six, passant de 40 à 250.

Hors d’Afrique, d’autres pays comme le Chili, la Malaisie et les États-Unis ont su tirer profit des entreprises étrangères et s’appuyer sur leurs ressources naturelles pour orienter leur économie vers des activités à plus forte valeur ajoutée. Comme quoi la malédiction ne vient pas des ressources elles-mêmes, mais de leur exploitation insuffisante.

Références

Jaspers, J. et I. Mehta (2008), Developing SMEs Through Business Linkages, Mozal Aluminium and IFC, Maputo et Washington, DC.

Lydall, M. (2009), « Backward linkage development in the South African PGM industry: A case study », Resources Policy n° 34, p. 112-120.

OCDE (2013), Perspectives économiques en Afrique 2013 : Transformation structurelle et ressources naturelles, Éditions OCDE

Wright, G. et J. Czelusta (2007), « Resource-based growth: Past and present », in D. Lederman et W. F. Maloney (éd.) (2007), Natural Resource: Neither Curse nor Destiny, une publication conjointe de Stanford Economics and Finance (Stanford University Press) et de la Banque mondiale.

Voir aussi www.africaneconomicoutlook.org/fr/

et www.oecd.org/afrique

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013




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