Les voies de la paix
 

©Isaac Kasamani/AFP

Plusieurs efforts et interventions ont été menés pour résoudre les multiples obstacles à la paix, à la sécurité et au développement en République démocratique du Congo (RDC).

Si ces initiatives nationales et internationales ont abouti à une paix et une stabilité relatives dans de vastes zones de la RDC, l’est du pays continue d’être ravagé par des conflits récurrents et une violence persistante. Des bandes armées font payer un tribut inacceptable aux populations civiles, en particulier aux femmes et aux enfants vulnérables, trop souvent victimes de formes de violence particulièrement inhumaines, notamment sexuelles, de grossières violations des Droits de l’Homme et de déplacements massifs de populations.

Dans ce contexte, c’est avec humilité, mais aussi avec une grande détermination, que j’ai accepté, à la demande du Secrétaire général Ban Ki-Moon, d’être son Envoyée spéciale pour la région des Grands Lacs en Afrique, afin d’oeuvrer très modestement à l’application effective de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération (PSC) pour la RDC et la région. Dans le droit fil de l’action déjà engagée par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), l’Accord-cadre est au coeur d’une approche globale qui s’attaque aux racines mêmes du conflit qui déchire l’est du Congo, et cherche à rétablir la confiance entre les États membres de la région. L’Accord-cadre PSC prévoit des mécanismes nationaux et régionaux pour contrôler l’application des engagements des signataires.

Les choses ont récemment avancé, suite à l’adoption par les chefs d’État et de gouvernement de la région (les « 11+4 ») de critères et indicateurs nationaux et internationaux qui mesureront les progrès accomplis dans la réalisation des engagements de l’Accordcadre PSC. Mon rôle consistera à animer et coordonner ce travail, et à aider les signataires dans le suivi de l’application de cet important accord. Je suis sûre que nous pouvons apporter des solutions durables, grâce à un plan d’action sur plusieurs fronts permettant une convergence de toutes les initiatives en faveur de la paix, de la sécurité et du développement. Le PSC est pour moi un véritable « cadre de l’espoir ». Il suffit de voir les souffrances indicibles infligées aux populations et leurs immenses aspirations pour s’en convaincre : il est impératif d’accélérer les processus qui apporteront une aide immédiate et tangible aux populations et leur redonneront prise sur leur destin, en assurant l’accès à une éducation de base et en encourageant les activités génératrices de revenus et de subsistance, particulièrement pour les femmes et les jeunes. En outre, cela permettra de dissuader une jeunesse particulièrement nombreuse d’aggraver la situation en rejoignant les rangs des bandes armées.

Plusieurs interventions passées ont privilégié une approche centralisée pour la RDC et la région ; je pense pour ma part que, pour avancer rapidement et durablement dans la résolution du conflit, la stabilité et le développement, il faudra combiner de manière efficace centralisme et initiatives partant de la base. Nous devons encore renforcer nos efforts pour établir la confiance entre les dirigeants et les gouvernements de la région par la consolidation des relations bilatérales et multilatérales, et veiller à ce que les engagements avec la société civile et les initiatives de la base contribuent aux interventions nationales et internationales et leur apportent une valeur ajoutée. Lors de la dernière table ronde sur les objectifs du Millénaire pour le développement qui s’est tenue à Maputo (Mozambique) en mai 2013, le Secrétaire général Ban Ki-moon, évoquant les leviers d’action qui peuvent donner une impulsion au développement, a cité les femmes et les enfants. Il a aussi affirmé que l’ONU et la Banque mondiale sont prêtes à collaborer étroitement avec le gouvernement de RDC et la région des Grands Lacs pour établir la paix et accélérer le développement. Il faut aussi remarquer que le Mécanisme régional de suivi (MRS) de l’Accord-cadre PSC, dès sa première réunion à Addis-Abeba, a souligné le rôle de la société civile, et en particulier le potentiel et le rôle central des jeunes et des femmes pour enclencher une démarche de développement.

Pour commencer, j’ai organisé avec Femmes Africa Solidarité un forum de consultation à Bujumbura en juillet 2013, qui a abouti à une feuille de route pour l’engagement des femmes dans le processus de paix. De telles plateformes réunissant des femmes sont très utiles pour l’application de l’Accord-cadre PSC, elles garantissent le caractère ouvert du processus et permettent de faire entendre la voix des femmes. Je souhaite promouvoir des rencontres régionales similaires avec la jeunesse.

Mon intention est d’ailleurs de travailler avec tous les acteurs impliqués pour soutenir les efforts sur le terrain, grâce à des projets locaux et régionaux à impact rapide, particulièrement en direction des femmes et des jeunes. Ils seront menés en étroite collaboration avec la Banque africaine de développement (BAD), la Banque mondiale et plusieurs fonds et programmes de l’ONU, suite aux recommandations issues de la réunion « Approches régionales du développement » tenue à Addis-Abeba en mai 2013. Je suis fermement convaincue que, dans toute société, la paix et le développement passent nécessairement par une démarche intégrée où les niveaux local, national et international sont articulés par des mécanismes bien conçus. Hélas, tel n’a pas été le cas jusqu’ici en RDC et dans la région. L’Accord-cadre PSC, « le cadre de l’espoir » comme je me plais à l’appeler, est une chance d’associer tous les acteurs à différents niveaux pour mettre un terme, dans la sécurité, à des années de conflits. Si nous savons la saisir, cette chance pourrait signifier une paix durable et une productivité renouvelée pour toute la région.

Il faut toutefois un niveau minimum de sécurité pour permettre une marche graduelle et ordonnée vers un développement soutenable et durable. Il faut donc en priorité mettre un terme au climat d’insécurité qui règne en RDC et dans la région ; tous les efforts doivent être entrepris pour que les négociations qui se déroulent en ce moment à Kampala entre le gouvernement de RDC et le M23 aboutissent à des accords significatifs, avec une volonté partagée de les mettre en oeuvre rapidement. Cela permettra d’empêcher la résurgence de la violence armée qui a si souvent exacerbé les tensions et empêché la coopération dans la région.

Dans les jours qui viennent, nous devons aussi définir les priorités d’action en fonction des critères récemment établis par le Comité de soutien technique de l’Accord-cadre PSC. Ce Comité a pour mission d’établir un plan d’action détaillé pour la réalisation des objectifs du cadre. Je continuerai de participer à ce travail.

J’ai rencontré plusieurs dirigeants, notamment des représentants de la société civile, déterminés à oeuvrer pour la paix, la sécurité et la coopération. Je continuerai d’animer et de coordonner les efforts de la communauté internationale et l’application de l’Accord-cadre PSC, et travaillerai parallèlement auprès des gouvernements au renforcement de la paix et de la coopération régionale. La protection des civils dans l’est du pays reste ma plus haute priorité et, en étroite collaboration avec la mission des Nations Unies et d’autres entités de l’ONU, je soutiendrai et accompagnerai toutes les initiatives en ce sens.

L’appui d’autres partenaires internationaux, particulièrement les pourvoyeurs d’aide bilatérale et multilatérale – pays donateurs, Banque mondiale, Union européenne, BAD – par le biais du financement de projets et de programmes spécifiques, notamment liés aux nouveaux critères, sont nécessaires pour assurer une paix et un développement durables en RDC et dans la région. C’est pourquoi l’appel au lancement d’une conférence internationale des donneurs pour la région des Grands Lacs mérite d’être fortement soutenu et encouragé.

Il faut aussi appuyer avec force les initiatives régionales, en particulier de l’Union africaine (UA), du CIRGL et de la SADC, et soutenir le renforcement des capacités de ces institutions, pour pérenniser leurs avancées. Par ailleurs, alors que plusieurs autres crises internationales font rage, il nous faut rappeler sans relâche à la communauté internationale l’urgence de la situation dans la région des Grands Lacs, et donner un maximum d’impact aux messages conjoints des partenaires dans la région.

Je me réjouis de continuer à travailler avec l’OCDE, qui a toujours été particulièrement active pour résoudre les conflits liés aux ressources naturelles et, surtout, pour veiller à ce que gouvernements et entreprises respectent la dignité humaine dans l’exploitation de ces ressources.

Voir www.UN.org

Voir aussi "Conflits et situations de fragilité", du CAD de l'OCDE : www.oecd.org/fr/cad/incaf/

© L’Observateur de l’OCDE n° 296 T3 2013 




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