Énergie : les défis mondiaux

Philip Noble/Reuters

Pour les pays du G20, certaines questions énergétiques sont très préoccupantes. Quatre, pourtant, appellent une attention particulière. 

Il y a sept ans, la Russie accueillait le G8 pour la première fois. L’énergie était au centre des débats et, de fait, les Principes sur la sécurité énergétique mondiale fixés au sommet du G8 à Saint-Pétersbourg ont marqué une étape importante, avec le renforcement du concept de « sécurité de la demande », une concession historique aux intérêts des pays producteurs d’énergie.

Sept ans après, la Russie accueille aujourd’hui une réunion du G20 dans laquelle l’énergie figure encore en bonne place. Depuis 2006 toutefois, la gouvernance mondiale a beaucoup changé avec la forte croissance de la demande des marchés émergents.

De fait, l’énergie est depuis longtemps un thème majeur de la réflexion du G20, à laquelle l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a eu la chance de contribuer depuis le sommet de Pittsburg en 2009. Le programme du G20 dans le domaine de l’énergie génère, depuis plusieurs années, une série cohérente et ininterrompue de travaux. Cette continuité est non seulement la clé du succès du G20, mais aussi celle de son impact sur les décideurs et les marchés.

La présidence russe actuelle a innové en regroupant ces travaux en une seule et même catégorie, la « durabilité énergétique », gérée par un groupe de travail, qui recouvre à la fois les marchés de l’énergie et les questions environnementales. Dans le large éventail de sujets que ce groupe a traités, on retiendra les thèmes les plus importants pour l’avenir énergétique de la planète.

Suppression progressive des subventions aux combustibles fossiles
Depuis Pittsburgh, l’une des priorités des pays du G20 a été de réduire les subventions aux combustibles fossiles qui encouragent la surconsommation, avantagent de manière disproportionnée les pays et secteurs les plus riches et faussent les marchés. Avec l’OPEP, l’OCDE et la Banque mondiale, l’AIE a produit une série de rapports mesurant l’importance et le coût des subventions (environ 523 milliards de dollars en 2011) et défini une feuille de route mondiale pour les supprimer.

En 2012, les dirigeants des pays du G20 se sont félicités d’un important rapport d’étape sur ces suppressions. Pour aller plus loin, à la suggestion des ministres des Finances, ces dirigeants introduiront en 2013 un processus d’examen des réductions des subventions aux combustibles fossiles par lequel les pays du G20 pourront se soumettre volontairement à une évaluation de leurs pairs. Il s’agit d’un grand pas en avant de la part de la présidence russe, compte-tenu notamment des importants problèmes de subvention que la Russie et d’autres pays doivent encore régler.

Volatilité des prix
Le G20 étant depuis 2009 le principal conseil où ses membres peuvent débattre de questions économiques, les fortes fluctuations des cours du pétrole, comme celles de l’an dernier, font naturellement partie de ses préoccupations principales. S’appuyant sur les travaux précédents, la présidence française du G20 en 2011 a fait de la volatilité des prix des produits une priorité particulière, plaçant au coeur des débats la formation et la transparence des prix du pétrole. La même année, l’AIE avec l’OPEP, le Forum international de l’énergie (FIE) et l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV) ont produit un rapport soulignant le rôle, le fonctionnement et la surveillance des Agences d’évaluation des prix (PRA), ces agences d’information privées, cruciales, qui publient le prix du pétrole échangé sur les marchés physiques et certains marchés dérivés.

En 2012, le G20 a demandé à l’AIE de préparer une note de réflexion sur la formation des prix. La principale conclusion en était claire : rien ne prouve que les flux financiers sur les marchés mondiaux du pétrole provoquent des mouvements de prix de longue durée par des mécanismes que ne peuvent expliquer les fondamentaux des marchés. Sous la présidence russe, un troisième atelier conjoint (AIE, FIE et OPEP) a été consacré à ce thème en mars 2013. Les travaux se poursuivront jusqu’en 2014, année où doit paraître un rapport d’audit majeur sur les PRA.

Transparence des marchés
Les dirigeants des pays du G20 se sont engagés à augmenter la transparence des marchés en améliorant la précision et l’actualité des données sur l’énergie. La Joint Organisations Data Initiative (JODI) est ainsi devenue un projet international phare dont l’AIE fait activement la promotion. Initialement axée sur le pétrole, cette base de données statistiques internationale est actuellement adaptée pour inclure le gaz naturel.

Ce travail continuera à Saint-Pétersbourg. La valeur ajoutée de JODI-pétrole sera évaluée en profondeur et JODI-gaz, lancée récemment, sera examinée.

Changement climatique : vers Paris 2015
Si les subventions aux combustibles fossiles, la volatilité des prix et la transparence des données demeureront des priorités pour les chefs de gouvernements et les ministres des Finances, le public s’intéressera probablement davantage à la durabilité, à la croissance verte et surtout au changement climatique, de Saint-Pétersbourg au sommet de Brisbane de 2014. Tous les yeux seront alors rivés sur les préparatifs des négociations multilatérales sur le changement climatique qui se tiendront à Paris en 2015. Cette année déjà, les efforts mondiaux pour contrer le changement climatique ont enregistré un triste record lorsque la concentration de CO2 dans l’atmosphère a dépassé 400 parties par million, témoignage douloureux de l’incapacité collective à tenir les engagements nationaux et internationaux à limiter à long terme la hausse de la température de la planète à 2°C. Bref, la communauté internationale sort du droit chemin et deux ans nous séparent encore des négociations de Paris.

C’est dans ce contexte qu’en juin 2013, l’AIE a publié une édition spéciale du World Energy Outlook intitulée « Redéfinir les contours du débat énergie-climat », qui présente quatre mesures cruciales qui pourraient être adoptées avant 2020, en l’absence d’accord multilatéral sur le changement climatique pour rétablir le cap sur les 2°C d’augmentation de la température mondiale. Ces mesures urgentes, sans coût économique net et utilisant des technologies qui ont fait leurs preuves, peuvent contribuer à maintenir ouverte la voie vers cet important objectif international. Les mesures d’efficacité énergétique (s’ajoutant aux réductions de la construction de centrales à charbon moins performantes, à la diminution des émissions de méthane du secteur pétrolier et gazier en amont et à l’accélération de l’abandon des subventions aux énergies fossiles) représentent près de la moitié de toutes les économies de carbone jusqu’en 2020. Ces mesures et d’autres expédients doivent être envisagés d’ici 2015, et l’AIE encourage les dirigeants des pays du G20 à les adopter.

Coopération
Ces dernières années, l’AIE n’a cessé d’élargir et d’approfondir ses coopérations bilatérales avec des économies émergentes majeures. Cet engagement renforcé, réponse naturelle aux évolutions économiques mondiales, repose sur la conviction qu’une coopération plus étroite entre acteurs clés de l’énergie mondiale bénéficie non seulement aux pays qui y participent activement, mais à l’ensemble de l’économie mondiale. C’est dans ce contexte que l’AIE et des pays du G20 non membres de l’AIE débattent actuellement de la création d’une plate-forme multilatérale propice à des associations et à une coopération plus étroite sur des questions énergétiques importantes. Grâce à cette initiative, l’AIE espère influer sur l’évolution future de la gouvernance énergétique mondiale dans laquelle les principales économies émergentes joueront un rôle majeur. Sa participation aux travaux du G20 sur l’énergie contribuera à renforcer la confiance entre toutes les parties prenantes, indispensable au succès de cette initiative bienvenue.

Références

AIE (2013), « Redéfinir les contours du débat énergieclimat », Édition spéciale du World Energy Outlook, OCDE/AIE, Éditions OCDE

« Joint report by IEA, OPEC, OECD and World Bank on fossil-fuel and other energy subsidies : An update of the G20 Pittsburgh and Toronto Commitments », Rapport conjoint établi pour la rencontre des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales des pays du G20 (Paris, 2011) et pour le sommet du G20 (2011)

« Analysis of the Scope of Energy Subsidies and Suggestions for the G-20 Initiative » (2010), Rapport conjoint de l’AIE, de l’OPEP, de l’OCDE et de la Banque mondiale établi pour le sommet du G20, Toronto (Canada)

« The Scope of Fossil-Fuel Subsidies in 2009 and a Roadmap for Phasing Out Fossil-Fuel Subsidies » (2010), Rapport conjoint établi par l’AIE, l’OPEP, l’OCDE et la Banque mondiale pour le sommet du G20, Séoul (République de Corée)

Oil Price Reporting Agencies (2011), Rapport de l’AIE, du FIE, de l’OPEP et de l’OICV

©L’Observateur de l’OCDE n° 295, T2 2013




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