Leçons aux éducateurs

Quels sont les principaux problèmes à prendre en compte pour concevoir les politiques éducatives, ou simplement essayer d’améliorer les programmes d’apprentissage ? Voici quelques réflexions personnelles sur le sujet.

1. Dans l’économie mondiale, la réussite en matière d’éducation ne se mesure Andreas Schleicher, Directeur adjoint, Direction de l’éducation et des compétences de l’OCDE, et conseiller spécial du Secrétaire général chargé de la politique de l’éducation plus seulement par rapport à des normes locales ou nationales, mais par rapport aux systèmes les plus performants au niveau international.

Grâce à la diversité et l’interconnexion croissantes des populations, la rapidité du progrès technologique au travail et dans la vie quotidienne, et l’accès instantané à une masse d’informations, tous les travaux qui peuvent être automatisés ou numérisés peuvent maintenant être effectués par les individus ou les entreprises les plus efficaces et les plus compétitifs, où qu’ils se trouvent. Le savoir et les compétences sont devenus la monnaie mondiale du XXIe siècle.

2. Les compétences les plus faciles à enseigner et à évaluer sont également celles qui sont les plus faciles à numériser, automatiser et externaliser.

À une époque où vous pensiez encore que ce que vous appreniez vous serait utile toute votre vie, le contenu de l’enseignement et les compétences cognitives habituelles étaient au coeur de l’éducation. Aujourd’hui, alors que les contenus sont accessibles sur Google, que les compétences cognitives ordinaires sont en train d’être numérisées ou externalisées et que les emplois évoluent rapidement, il est important de permettre aux individus de devenir des apprenants à vie, de gérer des modes de pensée et de travail complexes, et de vivre en citoyens actifs et responsables dans un monde pluriforme.

3. La privation ne devrait pas être un destin. L’égalité dans l’éducation est aussi la clé de la mobilité sociale et de la démocratisation du savoir.

Certains des systèmes éducatifs les plus avancés sont associés à des niveaux d’inégalité des revenus et d’hétérogénéité sociale bien plus élevés que, par exemple, celui des États-Unis. Ces systèmes sont capables de modérer les inégalités en attirant les enseignants les plus talentueux dans les classes les plus difficiles et les chefs d’établissement les plus compétents dans les écoles les plus défavorisées, confrontant ainsi tous les élèves à de hauts niveaux d’exigence et à un enseignement d’excellence. Ils favorisent de nouvelles formes d’enseignement adaptées aux apprenants, quel que soit leur milieu d’origine, de manière à favoriser leurs progrès. Dans le passé, l’objectif était la normalisation et la conformité ; aujourd’hui, il s’agit d’être ingénieux et de personnaliser les expériences éducatives.

4. L’éducation moderne doit permettre l’autonomie professionnelle dans une culture de la collaboration.

Dans l’ancien système éducatif bureaucratique, les enseignants étaient souvent livrés à eux-mêmes dans les classes, avec beaucoup de directives sur le contenu de leur enseignement. Les systèmes éducatifs les plus performants fixent des objectifs ambitieux, établissent clairement ce que les élèves doivent être capables de faire, puis fournissent aux enseignants les outils leur permettant de définir un contenu et des instructions personnalisés. Dans le passé, il s’agissait de transmettre une sagesse ; à l’avenir, il s’agira de faire émerger cette sagesse chez l’utilisateur.

Dans le passé, la politique se concentrait sur la fourniture de l’éducation. Aujourd’hui, l’accent est mis sur les résultats : il ne s’agit plus de regarder en haut, vers la bureaucratie, mais de regarder vers l’extérieur, vers les autres enseignants et établissements.

Autrefois, on insistait sur la gestion des établissements. Aujourd’hui, c’est le leadership, autrement dit le soutien, l’évaluation et le développement de la qualité des enseignants, qui importent. Ceci passe par la coordination des programmes d’enseignement, le suivi et l’évaluation des pratiques des enseignants, la promotion de leur développement professionnel, et le soutien à une culture du travail collaboratif.

5. Il n’y a pas d’avenir sans investissement dans l’éducation.

Sans investissements suffisants dans les compétences, les gens restent en marge de la société, le progrès technologique ne se traduit pas en croissance de la productivité et les pays ne sont plus compétitifs dans une économie mondiale de plus en plus fondée sur le savoir. À long terme, nous ne sortirons pas de la crise par la relance économique ou monétaire. La seule sortie durable passe par la croissance, ce qui suppose de donner à un plus grand nombre d’individus les compétences nécessaires pour être compétitifs, collaborer et échanger, de manière à faire avancer nos économies et nos sociétés.

Dans beaucoup de pays relativement pauvres en ressources naturelles, l’éducation est performante et son importance est reconnue, au moins en partie, parce que l’opinion publique a compris que le pays doit vivre grâce à son savoir et à ses compétences. Pour bâtir un système éducatif et une économie de classe mondiale, il est peut-être nécessaire d’accorder une grande valeur à l’éducation. Peut-être les pays qui n’ont pas été contraints de vivre de leur matière grise par le passé ne pourront réussir, du point de vue économique et social, que si leurs dirigeants politiques leur expliquent qu’ils doivent dorénavant compter sur leur intelligence pour vivre.

Le monde est devenu indifférent à la tradition et aux réputations établies, implacable envers la fragilité, et ignorant des us et coutumes. Le succès ira aux individus et nations prompts à s’adapter, lents à se plaindre et ouverts au changement. La tâche, pour les éducateurs et pour les responsables publics, sera de faire en sorte que leur pays soit à la hauteur de l’enjeu.

Adapté de www.thefivethings.org/andreas-schleicher.

Remerciements à la Fondation Pearson. 

©L’Observateur de l’OCDE n° 294, T1 2013




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