Interdiction européenne des rejets de poissons

Quel est l’appât ?

REUTERS/Pascal Rossignol

L’UE recueille l’approbation générale pour avoir interdit, en février 2013, les rejets de poissons en mer : pourquoi ?

Comme la pêche à la mouche, la pêche en mer est devenue un art. Avec presque toutes les techniques de pêche, le pêcheur attrape des poissons dont il ne veut pas, ou n’a pas le droit de pêcher parce qu’ils sont trop petits ou appartiennent à une espèce pour laquelle il ne détient pas de quota. Parfois, les pêcheurs sont autorisés à rejeter ces poissons en mer, pratique appelée « rejet ».

Ces rejets peuvent représenter une forte proportion de la capture totale, comme dans certaines pêcheries crevettières où les prises indésirables peuvent atteindre 90 % du volume total. Bien que l’utilisation d’engins de pêche ou le savoir-faire des pêcheurs permettent de les réduire, il est impossible d’éviter complètement ces captures superflues.

Les mesures réglementaires comme les fermetures saisonnières ou par zone sont utiles, mais elles ne sont, hélas, pas suffisantes pour résoudre le problème. Certaines espèces se déplaçant ensemble, même le pêcheur le plus expérimenté, utilisant la technologie la plus performante, ne peut éviter de prendre certains poissons non désirés (ou non autorisés).

Un poisson capturé est pratiquement voué à une mort certaine parce qu’il est hors de l’eau ou blessé pendant l’opération de pêche. Nul ne voudrait être à la place du premier hareng pris dans un filet tiré sur des kilomètres, écrasé sous des tonnes d’autres poissons.

Les rejets gaspillent les ressources. Une interdiction européenne, adoptée en février 2013 par les ministres de la Pêche des États membres, entrera graduellement en vigueur, en commençant par la mer du Nord en 2014. En 2019, toutes les pêches de l’UE seront concernées, à quelques exceptions près. L’interdiction des rejets est positive à plusieurs égards. En premier lieu, il est absurde et éthiquement discutable de jeter de précieuses protéines de poisson comestibles, outre que cela pose un problème économique. Les rejets peuvent aussi compliquer sérieusement la gestion du stock de poissons, puisque le volume total de la production halieutique n’est pas connu. D’où des lacunes dans les données et informations requises pour une gestion durable et responsable des pêches.

Certains prétendent qu’il n’existe pas de marché pour écouler les poissons jugés indésirables. Cela peut être vrai dans certains cas. Mais le plus souvent, les poissons ne sont pas rejetés parce qu’ils n’ont pas de valeur, mais parce que le pêcheur peut faire des bénéfices plus élevés en ne gardant que les plus prisés.

L’intérêt est donc là : n’importe quel poisson ou presque peut être transformé en farine ou en huile de poisson, ingrédients clés dans l’alimentation animale et piscicole, ainsi que dans l’industrie pharmaceutique. De plus, vu la forte demande de ces produits dans l’aquaculture, il existe peut-être déjà un marché pour les poissons « indésirables » ramenés à terre.

De nombreuses zones de pêche sont surexploitées dans le monde, et peu rentables pour les pêcheurs. Il est indispensable de gérer efficacement les pêches pour améliorer la situation économique de ces communautés. Réduire les incitations à rejeter des prises, en supprimant les obstacles réglementaires et en trouvant des approches de marché qui augmentent la valeur de tous les poissons capturés, peut faire partie de la solution.

L’interdiction des rejets par l’UE va dans le bon sens : elle favorise la croissance verte car elle améliore l’utilisation des ressources et la gestion des stocks. Il importe cependant de poursuivre l’action visant le redressement des pêches internationales et de mettre en oeuvre des réformes en vue de les pérenniser.

Voir www.oecd.org/fr/tad/pecheries 

©L’Observateur de l’OCDE n° 294, T1 2013




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