Le potentiel des transports

D. Hurst/Alamy

Les transports sont non seulement un moteur essentiel de l’activité économique, mais aussi un secteur d’activité majeur. Si les transports ont souffert de la crise économique, conséquence du ralentissement des échanges et de l’activité en général, ils peuvent également être une source de reprise. Nous avons demandé à José Viegas de nous l’expliquer.

En quoi les transports ont-ils été touchés par la crise économique ?

José Viegas : L’impact initial de la crise a été particulièrement rude dans le secteur des transports. Les échanges ont davantage baissé que l’activité économique globale, et les transports encore davantage que les échanges. Le résultat en a été une chute marquée des volumes de transport de marchandises – conteneurs maritimes internationaux, fret aérien international, transport routier en Europe, fret ferroviaire, etc. Il en a été de même des déplacements discrétionnaires de voyageurs (qui n’ont pour motif ni le travail ni les études). En revanche, les déplacements domicile-travail, le trafic ferroviaire de voyageurs et les transports publics n’ont pas été aussi durement touchés, en tout cas pas aussi profondément.

Les volumes de fret et de passagers aériens sont repartis à la hausse, pour pratiquement atteindre en 2011 leur niveau d’avant la crise, mais ils ont alors de nouveau stagné, en particulier là où l’activité économique fléchissait. De fait, les fluctuations de l’activité de transport reflètent les performances des économies nationales. Rien d’étonnant, donc, à ce que le trafic de marchandises à destination des marchés à croissance rapide de l’Asie ait retrouvé son dynamisme en premier.

Mais les perspectives générales ne sont guère encourageantes. Prenons les volumes de fret aérien, qui sont un indicateur avancé utile des performances économiques, en particulier parce que les données à ce sujet sont disponibles six mois avant les résultats du PIB. À en juger par les derniers chiffres, je crains que l’économie ne continue de stagner. La crise financière a également touché les partenariats public-privé engagés dans le développement des infrastructures de transport. De nombreux programmes de construction d’autoroutes à péage ont été financièrement fragilisés lorsque les volumes de trafic se sont révélés inférieurs aux prévisions, et certains projets ont fait faillite ou ont été renfloués par l’État. Au Portugal, par exemple, les dettes au titre du programme autoroutier constituent une part importante du déficit budgétaire global.

Comment la politique des transports peut-elle contribuer à relancer la croissance économique ?

Plus encore qu’une gestion budgétaire responsable, la croissance est nécessaire pour mettre un terme à la crise économique et financière. Mais la croissance nécessite des investissements, notamment dans les infrastructures de transport, surtout si l’on veut réduire les coûts et accroître la productivité. La priorité doit aller aux investissements destinés à désengorger les goulets d’étranglement chroniques, et aux projets qui peuvent progresser rapidement. Heureusement, on dénombre une liste relativement longue de projets d’infrastructure de transport d’envergure modeste déjà prévus – approuvés mais non financés – qui n’attendent que de démarrer. À cet égard, les transports sont un secteur de choix pour les dépenses de relance. Les responsables politiques devraient éviter de reporter la maintenance des infrastructures publiques au nom de l’austérité. En effet, la qualité des routes, des chemins de fer et des ponts est directement liée à la productivité, et les nuisances telles que les nids de poule et les embouteillages qui ralentissent les déplacements imposent des coûts à tous.

Quelles sont les trois choses que les décideurs devraient faire ?

D’abord, accroître les dépenses publiques consacrées aux investissements infrastructurels productifs, en privilégiant les projets de petite envergure capables de stimuler l’emploi à court terme. Ensuite, améliorer les programmes pour attirer les financements privés en infrastructure dans le cadre de partenariats public-privé (les PPP) afin d’améliorer la responsabilité budgétaire. Pour cela, il faut limiter le volume financier global de ces partenariats afin de maîtriser les engagements conditionnels. Les mêmes règles budgétaires et comptables doivent aussi s’appliquer aux PPP et aux investissements publics. Les décideurs pourront ainsi concentrer leur attention sur les bons projets, au lieu de recourir à l’ingénierie financière pour tenter de resquiller, au mépris des risques. En outre, ils pourraient faire davantage usage d’instruments financiers comme les obligations de projet pour encourager le secteur privé à s’associer au financement des infrastructures de transport.

Enfin, il faut se projeter dans la durée et se préoccuper de la pérennité financière des dépenses d’infrastructure de transport. La question mérite mûre réflexion. Les décideurs devraient privilégier la gestion des actifs sur l’ensemble du cycle de vie de l’investissement. Cela passe d’abord par une bonne compréhension de la valeur des actifs des transports, puis des dépenses à consentir pour maintenir ces derniers au niveau exigé, pendant plusieurs décennies. Et comme on ne peut miser uniquement sur la fiscalité, il faut réfléchir sérieusement aux moyens d’accroître la contribution des usagers et des bénéficiaires indirects de ces infrastructures – péages, redevances kilométriques, prix des billets – et moins demander aux contribuables.

Le sommet de Leipzig

« Financer les transports » sera cette année le thème du Sommet des ministres des Transports, organisé par le Forum international des transports (FIT) à Leipzig, Allemagne, du 22 au 24 mai 2013. Le FIT est une organisation intergouvernementale rattachée à l’OCDE, à Paris. C’est la seule organisation mondiale qui se consacre à tous les modes de transport. Le FIT, qui regroupe 54 pays membres, est un laboratoire d’idées qui produit des analyses concrètes et des avis sur un large éventail de questions, depuis la sécurité routière jusqu’à la réglementation du transport aérien.

Voir www.internationaltransportforum.org 

©L’Observateur de l’OCDE n° 294, T1 2013




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