Jeune et entrepreneur, c'est possible ?

©Blend images/Alamy

Lorsqu’ils ont créé Google, Larry Page et Sergey Brin étaient de jeunes doctorants. Richard Branson, patron de Virgin, a débuté dans les affaires à l’adolescence, en vendant des disques. Ces noms célèbres font partie d’une longue liste de jeunes entrepreneurs ayant réussi, laquelle comporte également les fondateurs de Facebook, e-Bay ou Free.

Outre ces icônes, et malgré des exemples d’échecs, nos lecteurs connaissent des voisins ou des camarades d’école moins célèbres mais ayant créé très jeunes une entreprise devenue prospère.

Réussir dans les affaires n’est pas facile, mais l’entrepreneuriat séduit de nombreux jeunes confrontés à un marché du travail laminé par la crise. D’ailleurs, les décideurs politiques envisagent de plus en plus l’entrepreneuriat des jeunes comme une réponse possible au chômage qui frappe cette population. Les décideurs ont-ils raison de placer autant d’espoirs dans un exercice par nature périlleux ? Que peuvent-ils éventuellement faire pour donner un coup de pouce à ces jeunes ?

La Synthèse sur l’entrepreneuriat des jeunes élaborée par l’OCDE avec le soutien de l’UE apporte quelques réponses à ces questions et brosse un portrait de la réalité. Notamment, les jeunes de 20 à 30 ans sont beaucoup plus intéressés que leurs aînés par le travail indépendant ; malgré leur inexpérience et leur manque de moyens, ils voient dans l’entrepreneuriat une véritable option de carrière. Pourtant, au sein de l’UE, seuls 4 % des 15-24 ans travaillent à leur compte, souvent dans de très petites entreprises, contre 15 % des plus de 24 ans. Cette faible proportion témoigne autant d’une tendance des jeunes à poursuivre des études jusqu’à 25 ans que des obstacles propres à la création d’entreprise.

Un examen plus attentif de ce pourcentage pourrait néanmoins nourrir une vraie réflexion politique. Ainsi, les entreprises gérées par des jeunes sont plus nombreuses dans des secteurs comme la construction ou les technologies de l’information. Les jeunes entrepreneurs opèrent à l’échelle locale, mais sont plus ouverts sur l’international que leurs aînés. Beaucoup exercent à temps partiel, ce qui leur permet de réduire les risques tout en capitalisant une expérience. Ce choix présente également des avantages éducatifs : aux États-Unis, plus de 5% des jeunes ont recours à cette forme d’activité pour financer leurs études. Mais qu’en est-il des taux de réussite ? Aucun démarrage n’est facile, et les sociétés dirigées par de jeunes entrepreneurs survivent plus difficilement que celles d’entrepreneurs plus âgés. Un constat peu surprenant au regard des nombreux obstacles que doivent surmonter les jeunes en termes d’expérience, de moyens financiers, de réseaux, etc., et au regard des secteurs hautement concurrentiels dans lesquels ils opèrent souvent.

On observe cependant une tendance encourageante, sur laquelle les décideurs politiques devraient s’arrêter : lorsqu’elles survivent, les entreprises créées par des jeunes ont un potentiel de croissance plus élevé que celles de leurs aînés. Parmi les entreprises qui survivent au moins trois ans, celles dirigées par des entrepreneurs de moins de 30 ans affichent un taux de croissance moyen de 206 %, soit près du double du taux observé pour les entreprises des plus de 40 ans.

La Synthèse sur l’entrepreneuriat des jeunes expose un large éventail de mesures à disposition des décideurs, allant du développement des compétences entrepreneuriales à la gestion des besoins en infrastructures, en passant par le conseil, l’accompagnement et le soutien financier. Elle met également en exergue quelques exemples

Lorsqu’elles survivent, les entreprises créées par des jeunes ont un potentiel de croissance plus élevé que celles de leurs aînés

éclairants, à l’instar du programme canadien de financement des jeunes entrepreneurs, de l’initiative européenne Think Big, ou du projet américain GATE.

Les auteurs reconnaissent que les données et les connaissances manquent pour améliorer les politiques en faveur des jeunes entrepreneurs, mais le message que sous-tend cette Synthèse est clair : bien que l’entrepreneuriat, risqué, ne soit pas une panacée pour résoudre le problème du chômage, il peut ouvrir de réelles possibilités. Les décideurs politiques pourraient oeuvrer davantage en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes, procurant par extension des bénéfices à la société tout entière.

Rory Clarke

Références

OCDE (2012), Synthèse sur l’entrepreneuriat des jeunes : L’activité entrepreneuriale en Europe, Division LEED, OCDE, Paris. Élaboré avec le soutien de l’UE. 

Voir aussi www.oecd.org/fr/emploi/

©L’Observateur de l’OCDE n° 294, T1 2013




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