L’humain avant tout

©Gouvernement norvégien

La crise économique concerne avant tout des hommes et des femmes. Le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques est donc fondamental dans la recherche des solutions multilatérales dont nous avons plus que jamais besoin. 

Ces cinq dernières années, nous avons traversé la crise économique la plus grave que nous ayons connue. Les États doivent maintenant faire face à une dette écrasante, des monnaies en difficulté, une croissance en berne et une reprise trop lente.

Au-delà des chiffres et des problématiques économiques, la crise concerne surtout les individus et les difficultés sociales concrètes auxquelles ils sont confrontés au quotidien : des familles vivent dans la crainte de perdre leur domicile, tandis que des jeunes perdent foi en l’avenir et en leurs perspectives d’emploi.

Lorsque l’espoir en l’avenir faiblit, les citoyens perdent confiance vis-à-vis des pouvoirs publics et des institutions. La crise économique pourrait mettre en péril non seulement le développement social et le bien-être, mais aussi le fondement même de la démocratie. Il est donc crucial de rétablir la confiance.

Heureusement, tout n’est pas si sombre. L’Objectif du millénaire pour le développement d’une réduction de moitié de l’extrême pauvreté a été atteint cinq ans plus tôt que prévu. Dans toutes les régions en développement, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a baissé.

Le monde est plus interconnecté que jamais, tant en termes de processus de production, de stabilité économique et de sécurité alimentaire et climatique que de santé et de sécurité politique. Il faut s’en féliciter.

Dans de nombreuses parties du monde, la croissance s’accompagne d’une plus grande richesse, d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité et d’une pauvreté en baisse. À terme, cela permettra à « l’ancien monde » de se remettre plus vite et plus facilement de la crise. L’espoir est en outre permis pour ceux qui ne sont pas encore sortis de la pauvreté, et les tensions entre les puissances mondiales devraient s’apaiser.

Si elle est maîtrisée, la mondialisation est un moteur important de croissance inclusive. Lorsqu’elle est partagée par le plus grand nombre, la croissance économique améliore le niveau de vie tout en atténuant les tensions dans nos sociétés.

Les travaux de l’OCDE montrent que les inégalités se creusent dans la plupart des pays développés, ainsi que dans de nombreux pays en forte croissance. Cette tendance est préoccupante : une plus grande égalité est non seulement indispensable à la stabilité des sociétés démocratiques, mais elle contribue aussi à l’efficience économique.

Il faut s’attaquer aux causes de l’extrême pauvreté, notamment la faim, les problèmes de santé, le manque d’instruction, la raréfaction des ressources, la corruption, les problèmes de gouvernance et les guerres et conflits.

En Europe et en Amérique du Nord, les citoyens craignent, face à une reprise atone et à un chômage élevé, que les progrès des économies émergentes aient été accomplis à leurs dépens. Dans les pays émergents, les citoyens s’inquiètent d’un retour en arrière sur les avancées si difficilement obtenues. C’est notamment pour ces raisons que la réglementation multilatérale sur les questions des échanges ou du changement climatique est aujourd’hui au point mort.

La situation actuelle est évidemment plus favorable que dans les années 1930. Nous avons appris de nos erreurs et avons mis en place des règles et des institutions efficaces à l’échelon mondial et régional. Mais nous sommes face à une contradiction : alors que le monde est interconnecté via les chaînes de valeur mondiales, nous ne parvenons pas à résoudre nos problèmes communs. La mondialisation des échanges est plus que jamais une réalité, mais les règles commerciales sont de plus en plus définies de manière bilatérale et régionale.

Le problème est en partie géopolitique. Les institutions de « l’ancien monde » luttent pour s’adapter à la nouvelle donne mondiale. Les pays émergents sont-ils des « pays avancés avec une forte proportion de population pauvre » ou des « pays en développement avec une forte proportion de population aisée » ? Tant que cette question n’aura pas trouvé de réponse consensuelle, les négociations multilatérales pourraient continuer à achopper. 

Les intérêts de politique étrangère doivent donc être pris en compte dans les négociations. Après tout, nous avons un intérêt commun à garantir l’ordre international et nous pouvons tous apporter notre contribution. Les économies avancées doivent comprendre qu’une période de transition est nécessaire aux pays émergents avant qu’ils puissent s’engager avec la même détermination face aux enjeux mondiaux. Les pays émergents doivent quant à eux accepter qu’ils ne pourront faire l’économie de tels engagements.

Mais la résolution des problèmes actuels ne relève pas uniquement de la responsabilité des gouvernements et des institutions intergouvernementales. L’expérience montre à quel point la coopération entre l’État et les partenaires sociaux est fondamentale pour garantir un cadre stable aux entreprises et aux travailleurs, réduire le risque de conflit et rallier l’adhésion aux réformes. Ce modèle, conjugué à l’ouverture des échanges et des investissements et à un taux d’activité élevé des femmes, a jeté les bases de la croissance de la productivité, des salaires et des emplois. 

De plus, la société civile, les entreprises et les consommateurs ont un rôle clé à jouer dans la promotion des droits de l’homme, du droit du travail, de la responsabilité sociale des entreprises et du commerce éthique. La société civile doit aussi mettre en avant certaines questions et demander des comptes à l’État et aux entreprises.

Le respect des droits de l’homme et des principes démocratiques est indispensable à la croissance inclusive et à la création d’emplois, ainsi qu’à la réduction de la pauvreté et des inégalités. Une approche fondée sur les droits en matière de développement et de parité est également cruciale.

Il s’agit là d’un formidable défi. Le rétablissement de la confiance, la lutte contre le chômage, surtout celui des jeunes, la relance de la croissance et l’atténuation des inégalités seront essentiels pour améliorer les perspectives d’avenir.

Une action concertée et cohérente à l’échelon national, régional et mondial s’impose pour relever ces défis. Cet effort doit s’appuyer sur les constats suivants :

Premièrement, la dimension humaine de la crise est fondamentale, d’où la nécessité de garantir les droits de l’homme et les principes démocratiques et de rétablir la confiance.

Deuxièmement, les défis communs imposent des solutions communes. La coopération et les institutions multilatérales sont plus essentielles que jamais. Nous devons tous, dans les économies avancées et émergentes, apporter notre pierre à l’édifice.

*La Norvège préside la Réunion annuelle du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, les 29 et 30 mai 2013.

Références

Voir le site Internet du ministère norvégien des Affaires étrangères : www.regjeringen.no

Voir aussi www.oecd.org/fr/norvege/ et www.oecd.org/fr/els/

©Observateur de l'OCDE N° 296 T1 2013




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