Au-delà de la « blog-économie »

©Blogads

En 2002, Henry Copeland, directeur de Blogads et Pressflex.com, écrivait que les blogs, largement méconnus à l’époque, métamorphoseraient l’écriture et l’édition web. Il avait raison. En 2008, dans ces mêmes colonnes, il nous conseillait de parier sur Twitter plusieurs mois avant l’explosion du phénomène (l’OCDE a ouvert ses premiers comptes en avril 2009). Quelles seront les prochaines évolutions numériques ? Henry Copeland nous livre ses réflexions.

Les tendances actuelles vont s’accélérer. Les anciens gardiens de l’information, imprimée ou radiodiffusée, sont pris entre deux feux. Aujourd’hui, le citoyen lambda crée beaucoup plus de contenus – sur des blogs, Craigslist, Instagram, Rapgenius, Wikipedia ou Youtube – que les éditeurs traditionnels. Les consommateurs se fient davantage aux recommandations de leurs pairs, trouvées sur Facebook, Twitter, Reddit, Google – qu’à la promotion des produits par les médias traditionnels.

Les éditeurs s’aperçoivent que l’action se joue désormais dans un espace beaucoup plus large, qui échappe à leur pré carré. Les lecteurs veulent pouvoir utiliser la plateforme et les fonctionnalités de leur choix. À l’heure où l’information se « tweete », l’utilisateur se fait, en « retwittant », rédacteur-en-chef.

Quid du papier ? J’entendais récemment un consultant en management expliquer très sérieusement que « l’imprimé a de l’avenir : il faut bien avoir quelque chose à lire quand l’avion décolle ». Une niche pour le moins exigüe ! Les imprimeries ne seront, hélas, pas les seules victimes de cette vraisemblable extinction – selon plusieurs études, notre mémoire fixe moins bien ce que nous lisons à l’écran que sur papier. Les objets imprimés ont peut-être un avenir comme reliques vintage pour collectionneurs, comme les disques vinyle. Mais je ne parierais pas sur un boom des services d’impression à la demande… Qui a envie de s’acheter des cartouches d’imprimante ?

Pour ce qui est des médias dans cinq ans, j’adopte une analyse marxiste : les moyens de production et de consommation continueront à déterminer nos connaissances et la forme de nos interactions. Les principaux facteurs de production seront le travail – d’où une multiplication des emplois dans la création de contenus pour des publics de plus en plus restreints – et les technologies, de plus en plus fines, dont les fonctionnalités ultraspécifiques devront répondre à des besoins très individualisés : par exemple, un outil permettant de glaner et de partager instantanément les posts qui nous paraissent intéressants – l’idéal pour une revue comme L’Observateur de l’OCDE !

Voyons comment s’est développé ce modèle dans l’univers numérique à travers le temps. Le blog, apparu il y a plus de dix ans, a fait mouche parce que c’était le premier format alliant toutes les qualités distinguant le web du papier : facilité de publication, liens vers une multitude d’autres contenus web, longueur illimitée des pages, et arrivée d’informations en continu pour satisfaire l’appétit des lecteurs les plus exigeants tout au long de la journée, ainsi que leur désir d’interactivité.

Plus récemment, Twitter et Instagram connaissent un succès éclatant car ils sont parfaitement configurés pour produire, partager et consommer des mini-contenus sur smartphone.

Même Google est pris de cours, non par le volume des contenus mais par la multiplicité des modes d’interactivité – « J’aime » sur Facebook, « retweets », partages – créant un univers d’échanges en ligne qui échappe à ses robots indexeurs.

Nouvel incontournable : la tablette numérique. Pendant la prochaine décennie, grâce à son confort, sa portabilité, son format qui l’invite jusque sur nos tables de chevet, elle ouvrira la voie à de nouveaux outils et formats pour véhiculer le savoir.

Ce nouvel outil de partage des posts vers un public très restreint sera particulièrement apprécié des journalistes et des chercheurs, par exemple. Et je gagerais qu’un jeu comme Doodle or Die, équivalent dessiné des cadavres exquis, est promis à un bel avenir.

L’histoire ne s’arrêtera pas avec la tablette. Dans dix ans, smartphones et tablettes auront fait place à des combinaisons inédites de formes, fonctions et supports, qui donneront à leur tour naissance à des pratiques et des langages médias nouveaux.

Références

Voir www.blogads.com

Copeland, Henry (2012), « Blogonomics, ten years on », sur Blogads.com, 28 mai.

L’Observateur de l’OCDE (2008), « Le temps d’Internet », entretien avec Henry Copeland, n° 268, juin

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012




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