Au Brésil, des vies meilleures

REUTERS/Handout

Grâce à sa croissance économique, le Brésil a connu des bouleversements considérables pendant la dernière décennie. Les inégalités sociales ont régressé et le revenu est aujourd’hui plus équitablement réparti. Ces modifications concrètes se traduisent par un regain de confiance de la population brésilienne. La demande est plus forte et les priorités ont changé, ce qui a conduit à des modifications au sein du gouvernement ainsi que dans le secteur privé.

Ayant connu l’adversité, le Brésil fait maintenant figure d’exemple pour d’autres pays. En moins d’une décennie, le pays est passé d’une situation caractérisée par des vicissitudes telles qu’un coup d’État militaire et la destitution d’un président à l’accueil de plusieurs événements internationaux de premier plan. L’efficacité des politiques publiques a été déterminante pour la nouvelle stabilité économique du pays, et a permis à la population brésilienne d’être le moteur de ces améliorations.

Contribuer à la croissance socio-économique du Brésil fait partie de la mission de la Fondation Getulio Vargas (FGV). Dans ce but, la fondation recueille et analyse des données utilisées pour élaborer des politiques gouvernementales efficaces. Par exemple, une étude sur les prévisions, la crise européenne et la nouvelle classe moyenne brésilienne (voir les références) montre comment une économie forte a aidé quelque 30 millions de Brésiliens à accéder à la classe moyenne au cours de la dernière décennie, tandis que le PIB national augmentait de façon continue malgré la crise internationale.

Dans cette étude, le directeur du Centre des politiques sociales de la FGV, Marcelo Neri, et son équipe, ont effectué des projections de croissance économique et de réduction des inégalités pour la période allant de 2003- 2009 jusqu’à 2014. Les projections laissent entrevoir de sérieuses améliorations, quelque 67,8 millions de Brésiliens (une population supérieure à celle du Royaume-Uni) sortant de la pauvreté pour accéder à des groupes à revenu plus élevé. Les auteurs font observer que « si nous maintenons la tendance à la hausse de la croissance moyenne et au recul des inégalités, observée dans chaque État du Brésil depuis 2003, nous compterons environ 118 millions d’individus dans la classe C d’ici 2014 et 29,1 millions dans les classes AB, contre respectivement 67,8 millions et 13,3 millions en 2003 ».

Les auteurs notent que ce phénomène est « particulièrement remarquable » considérant la contraction des marchés de la consommation dans les pays développés, due à la crise internationale.

Cette amélioration est le résultat de réglementations financières cruciales pour endiguer les effets de la crise économique mondiale de 2008 sur l’économie brésilienne. Ces mesures ont joué un rôle essentiel dans l’amélioration de la qualité de vie des populations brésiliennes. Pour autant, les inégalités sociales demeurent un grave sujet de préoccupation, dans la mesure où elles sont liées à des problèmes d’infrastructure. Le gouvernement s’attaque actuellement à ces problèmes. Beaucoup pourront arguer du caractère « court-termiste » de l’État, mais avec une saine gouvernance, telle que mise en oeuvre dans les récentes stratégies de sécurité à Rio de Janeiro, on peut penser que la collaboration entre les secteurs public et privé contribuera à un développement à long terme.

L’étude montre aussi que le bonheur individuel de chaque Brésilien est considéré comme plus élevé que celui de la population dans son ensemble. Elle met en exergue les données du sondage mondial Gallup, basées sur des questions subjectives sur les attentes des personnes interrogées en matière de satisfaction à l’égard de leur vie au cours des cinq prochaines années. Ces données font du Brésil un « quadruple champion du monde ». Cela dit, à la question portant sur le classement mondial du pays dans les cinq ans à venir, la notation baisse de deux points. Le Brésil se classe au neuvième rang mondial, avec les écarts les plus larges entre les notations individuelles et collectives. Le bonheur général du pays sera probablement inférieur à la somme des bonheurs individuels.

Comment chaque Brésilien peut-il donner une note aussi haute à sa propre vie et aussi faible à la vie de la population dans son ensemble ? Les auteurs estiment que l’optimisme et la difficulté à vivre en groupe font que les Brésiliens sont plus cigales que fourmis. Heureusement, comme le pays s’attaque à ses problèmes collectifs, la société brésilienne sera capable de progresser à grands pas. Par problèmes collectifs, les auteurs entendent le manque de démocratie, l’inflation, les inégalités, l’économie informelle, le manque d’infrastructures sanitaires basiques et la violence. Si le Brésil parvient à prendre ces défis en charge, il cessera d’être un pays du passé se percevant comme le pays du futur, mais sera en mesure de devenir le pays du présent.

Le Brésil a atteint un « point de non retour » critique dans son histoire, et les données de ce type sont indispensables pour l’aider à élaborer des stratégies garantissant une croissance économique durable. Indépendamment du pessimisme individuel, le bonheur collectif constitue un premier pas pour maintenir les nouveaux acquis et travailler à de futures améliorations.

Références

Neri, Marcelo (2012), « Back to the Country of the Future : Forecasts, European Crisis and the Brazilian New Middle Class », Fondation FGV, Brésil

Voir www.fgv.br/en et www.oecd.org/fr/bresil/

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 290-291 T1-T2 2012




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