Reconstruire l’économie américaine et soutenir la reprise

©Larry Downing/Reuters

Alors que les États-Unis sortent de la récession la plus profonde qu’ils aient connue depuis la Grande dépression, il est indispensable de prendre les mesures qui conduiront non seulement à la reprise, mais aussi à une croissance économique plus solide, accompagnée d’une progression de l’emploi et de gains de revenu largement partagés.

Il ne suffit pas de revenir à la situation économique d’avant la crise. Le rythme de croissance économique au cours du redressement précédant la Grande récession était modeste et l’expansion des années 2000 a été alimentée par une augmentation de la consommation et de la richesse liée à une hausse non viable des prix de l’immobilier plutôt que par une progression de l’emploi et des revenus. De fait, la part de la population active a diminué aux États-Unis dans les années qui ont précédé la Grande récession et le revenu familial médian a stagné ou baissé tout au long des années 2000. Entre début 2000 et novembre 2007, 7,4 millions d’emplois seulement ont été créés. Même si la croissance de l’emploi s’était poursuivie au même rythme jusqu’à la fin de 2009, la progression décennale aurait été la plus faible depuis plus de 60 ans (depuis la Grande dépression). Les vrais chiffres pour la décennie ont été bien pires, évidemment, en raison de la récession qui a débuté en décembre 2007.

Par comparaison, la croissance nette de la masse salariale aux États-Unis avait été de 22,3 millions entre 1990 et 2000. Ces données suggèrent que le bilan était catastrophique en matière de création d’emplois dans les années 2000 – même avant que la Grande récession ne commence.

Du fait de la faible croissance de l’emploi, la proportion d’actifs dans la population américaine n’a cessé de se contracter. Le rapport emploi-population est passé de 62,9 % en 1989 à 64,3 % en 1999, puis a commencé à diminuer au début des années 2000 et n’est jamais revenu à son sommet précédent. Cette part était de 62,9 % en novembre 2007, soit le même niveau qu’en 1989. (Aujourd’hui, après les ravages de la Grande récession, elle est à 58,4 %.)

Les années 2000 n’auraient pas dû être aussi décevantes. L’enquête de l’OCDE sur la population active indique que beaucoup d’autres nations industrialisées ont connu une solide croissance de l’emploi durant cette période, même en tenant compte des différences dans la composition sectorielle. Ces données suggèrent que la faible croissance de l’emploi enregistrée dans les années 2000 n’était pas un aspect inévitable de la mondialisation et du progrès technologique, comme certains l’ont avancé. Les différences structurelles comme les retards dans les résultats scolaires, les inégalités croissantes et un système de santé inefficient et coûteux, ont sans doute joué un rôle. L’assurance maladie fournie par l’employeur a été un important coût salarial fixe. À long terme, les coûts de l’assurance maladie sont sans doute déplacés vers les travailleurs sous la forme d’une moindre rémunération, mais à court terme, ils sont supportés pour partie par les employeurs, et ces dépenses administratives inutiles peuvent avoir pour effet de diminuer l’emploi.

Il faut réfléchir à ces enseignements importants à l’heure où les États-Unis se relèvent de la Grande récession. Bien que la reprise s’amorce, avec 20 mois consécutifs de croissance de l’emploi dans le secteur privé, on compte encore 13,9 millions de chômeurs, parmi lesquels près de 5,9 millions sont sans-emploi depuis 27 semaines ou plus. Pour remettre ces Américains au travail, la reprise doit être plus forte et plus soutenue.

Depuis son élection, le Président Obama a jeté les bases d’une économie plus solide, à court et à long terme. Lorsqu’il est entré en fonction, l’économie perdait plus de 800 000 emplois par mois et le PIB se contractait de 8,9 % par an. L’administration Obama a pris des mesures pour enrayer la chute libre de l’économie, notamment en appliquant la loi sur la reprise et le réinvestissement (American Recovery and Reinvestment Act - ARRA) et le plan de stabilité financière. Un trimestre après l’entrée en vigueur de l’ARRA, l’économie amorçait un revirement. La récession a officiellement cessé mi-2009, bien qu’il ait fallu près de quatre années pour retrouver le niveau du PIB d’avant la crise, et que les États-Unis aient encore un grand fossé à combler en termes de création d’emplois et d’augmentation des revenus de la classe moyenne.

Les États-Unis doivent faire deux choses en même temps : soutenir la reprise et remettre le budget fédéral sur une trajectoire viable. Ces objectifs ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Si les marchés et les ménages estiment que la situation budgétaire est revenue sur un chemin viable à long terme, la marge de manoeuvre pour soutenir l’économie à court terme sera plus grande.

Face aux chocs heurtant l’économie mondiale (tremblement de terre au Japon, hausse des prix du pétrole, difficultés financières de la zone euro), le Président Obama a proposé la loi pour l’emploi (American Jobs Act) afin de renforcer la croissance et d’accroître l’emploi à court terme tout en reconstruisant l’économie sur le long terme. Cette loi devrait renforcer la demande globale en prolongeant et étendant la réduction des impôts sur les salaires et le système d’indemnisation d’urgence du chômage.

Elle prévoit aussi 50 milliards de dollars d’investissements dans le réseau routier, la sécurité routière, le transit, le transport par rail de passagers et les activités aéronautiques, ainsi que 10 milliards de dollars pour établir une banque nationale de l’infrastructure qui orientera les financements vers les projets à plus forte valeur. Les investissements d’infrastructure présentent de nombreux avantages pour l’économie, notamment l’amélioration de la sécurité, l’augmentation des valeurs foncières, la réduction de la durée des trajets et l’amélioration de la productivité. Les coûts de ces investissements sont actuellement assez faibles, avec des taux d’intérêt réels proches de zéro et de bas taux d’utilisation des ressources dans le secteur de la construction.

Le Président Obama s’est attaqué aux problèmes structurels qui, s’ils ne sont pas traités, pourraient conduire à des taux de croissance de l’emploi faibles à l’avenir. Prenons d’abord le coût croissant des soins de santé. Au début de la deuxième année du mandat, la loi sur l’accessibilité aux soins (Affordable Care Act) a été adoptée afin de freiner la progression des dépenses de santé dans les secteurs public et privé, grâce à la création de bourses des soins de santé, d’un regroupement plus solide des risques, d’une réglementation des assurances et d’une plus grande transparence, ainsi que d’étendre la couverture de l’assurance maladie à la vaste majorité des non assurés.

Deuxièmement, le Président Obama a fait de l’amélioration de la qualité de l’éducation et du relèvement du niveau des résultats un objectif de son administration. Il a lancé une réforme ambitieuse dans le cadre de la Course à l’excellence (Race to the Top). Ce programme a fourni 4 milliards de dollars de subventions aux États pour relever les normes, mesurer les résultats et rendre les présidents d’université responsables de la progression des étudiants. La concurrence a déclenché des réformes généralisées, les États s’efforçant de satisfaire aux conditions requises pour obtenir les subventions allouées sur une base compétitive. Le Président a proposé un mécanisme identique de subventions « compétitives » pour l’éducation préscolaire et a pris des mesures pour fonder davantage sur la performance le financement du programme public sur la petite enfance, « Head Start ».

Les changements structurels intervenus dans les systèmes de santé et d’éducation ainsi que les investissements dans l’infrastructure et l’innovation jettent les bases d’une croissance économique plus forte et d’une progression de l’emploi et du revenu plus soutenue. Ces actions profiteront de la reprise qui s’amorce déjà. Depuis le milieu de 2009, l’activité économique aux États-Unis a connu neuf mois consécutifs de croissance et, depuis février 2010, la création nette d’emplois dans le secteur privé a été de 2,8 millions. La reprise a résisté aux forts vents contraires qui secouent l’économie mondiale. Soutenir et renforcer cette reprise reste un objectif primordial, même s’il faut dans le même temps s’attaquer aux problèmes structurels et budgétaires anciens.

Lien recommandé

US Council of Economic Advisers : www.whitehouse.gov/administration/eop/cea

©L’Annuel de l’OCDE 2012




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