La révolution de l’information en Asie

©David Rooney

L’essor de l’informatique et d’Internet a été une aubaine pour l’Asie, mais tout le monde n’en a pas profité. Certains défis demeurent, notamment dans le domaine de la gouvernance.       

La révolution mondiale de l’information a de profondes répercussions sur les économies, les sociétés et les politiques en Asie. Ce qui n’étonnera personne. Après tout, un meilleur accès à l’information est fondamental pour le développement, car il facilite la nécessaire amélioration du socle de savoirs d’une économie, ainsi qu’une gouvernance plus transparente et responsable. Par ailleurs, les technologies de l’information et des communications (TIC) renforcent l’intégration dans l’économie mondiale. Mais pourquoi tant de pays asiatiques, jadis pauvres, ont-ils mieux tiré avantage des TIC que d’autres pays en développement ?         

L’Histoire, la chronologie et la Chine y sont pour beaucoup. Les répercussions de la révolution de l’information sont plus importantes en Asie qu’ailleurs, car cette région est depuis toujours un important producteur et utilisateur de TIC. L’Asie a toujours constitué une terre propice aux activités liées à l’information. La Chine était au coeur de la première révolution de l’information lorsqu’elle inventa la fabrication du papier et l’imprimerie au IXe siècle, et propagea aux pays limitrophes une culture confucéenne privilégiant l’éducation. La révolution contemporaine de l’information a coïncidé avec la réouverture de l’économie chinoise et, pour l’ensemble du continent asiatique, avec la phase de croissance économique la plus spectaculaire que l’humanité ait connue.         

Les rapides progrès des TIC et les investissements dans l’infrastructure nécessaire sont les principaux moteurs de cette révolution en Asie, laquelle a contribué à l’élévation des niveaux de prospérité et d’instruction dans toute la région.          

La Corée, le Japon, la Malaisie, les Philippines, Singapour, le Taipei chinois et la Thaïlande sont désormais d’importants fabricants de matériel, le Coréen Samsung étant aujourd’hui un leader mondial dans de multiples domaines de produits high-tech, dont les smartphones. La Corée est, selon l’Union internationale des télécommunications (UIT), une agence des Nations unies, à l’avant-garde mondiale des TIC, dépassant dans ce domaine des économies comme les États-Unis, le Japon ou l’Allemagne, aux PIB par habitant nettement supérieurs.             

Plusieurs autres économies asiatiques ont été classées par l’UIT parmi les 20 premières au monde par leur « indice de développement des TIC », notamment le Japon (8e), Hong Kong, Chine (11e) et Singapour (12e). D’autres se situent plus bas dans le classement des 155 pays, la Malaisie se positionnant 58e, la Chine 78e, les Philippines 94e, l’Indonésie 95e et l’Inde 119e.               

L’élévation des niveaux d’instruction est due en partie à un meilleur accès aux TIC, qui permet aussi de renforcer les capacités à assimiler et exploiter l’information. Plusieurs économies d’Asie font autorité dans le domaine de l’éducation. Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE classe Shanghai- Chine, la Corée, Hong Kong, Chine, Singapour et le Japon parmi les dix premières. Et la Chine est en passe de devenir un centre de recherche important (voir notre rubrique Banque de données). La Thaïlande et l’Indonésie, en revanche, sont reléguées beaucoup plus bas dans ce classement, témoignant de la « fracture éducative » en Asie.               

La révolution des TIC a facilité la mise en place, en Asie de l’Est, de réseaux de production industrielle, ou chaînes de valeur, qui ont accéléré le développement de nombreuses économies. L’iPhone d’Apple en est un parfait exemple. Sa valorisation de marque, sa conception et son marketing sont réalisés aux États-Unis. La plupart de ses composants de haute technologie sont fabriqués en Allemagne, au Japon, en Corée et au Taipei chinois. Et son assemblage, à moindre valeur ajoutée, est réalisé en Chine. Nombre de pays à l’avant-garde ont délocalisé des services administratifs ainsi que des processus de création (animation 3D, développement de jeux vidéo ou ingénierie musicale et sonore) dans des économies moins avancées, notamment l’Inde et les Philippines, qui ont une bonne maîtrise de la langue anglaise et de fortes capacités informatiques.              

La jeunesse constitue un facteur déterminant. Les jeunes asiatiques « techno-futés » sont considérablement mieux informés, « connectés » et plus autonomes que leurs parents (et leurs dirigeants), grâce aux technologies et à une meilleure éducation. La révolution de l’information a aussi contribué à modifier les rapports entre les citoyens et les pouvoirs publics. Avec la victoire de la démocratie dans certains pays et l’affirmation de la société civile, de nombreux pays possèdent aujourd’hui des lois permettant au public de demander et d’obtenir l’accès à des informations détenues par l’État ; c’est le cas au Bangladesh, en Inde, en Indonésie, en Mongolie, au Taipei chinois et en Thaïlande.            

En Chine et dans d’autres pays aux régimes de parti unique dominant, l’accès à l’information a également été démocratisé par Internet, les déplacements à l’étranger et l’ouverture de l’économie et de la société. Des études comme celles de Freedom House sont peut-être réservées sur la liberté de l’Internet et de la presse en Chine. Pourtant, la Chine compterait environ 500 millions d’internautes – soit davantage que les États- Unis et l’Europe réunis – et une blogosphère très active avec sa propre version de Twitter, « Weibo ».               

Le Parti Communiste de Chine suit de très près l’opinion publique, notamment en ce qui concerne la corruption, comme en témoigne la récente démission de l’ancien favori politique Bo Xilai. Le président sortant, Hu Jintao, a observé que la lutte contre la corruption et le désir d’intégrité politique sont de réelles préoccupations qui, faute d’être gérées correctement, risquent de provoquer l’effondrement du parti et la chute du régime. La Chine n’ignore pas le rôle joué par les réseaux sociaux dans la mobilisation de soulèvements comme le Printemps arabe ou la deuxième révolte populaire aux Philippines.            

L’Asie est la success story de ces 50 dernières années : une vague de connaissances, d’innovation et de progrès a balayé le continent, partant du Japon dans les années 1960 et 1970 pour insuffler aujourd’hui à la Chine une dynamique nouvelle. Les défis des fractures éducative et digitale demeurent, et des réformes sont nécessaires dans plusieurs pays pour stimuler les services des télécommunications et d’électricité. Néanmoins, nul doute que pour les médias des siècles à venir, le XXIe sera considéré comme le siècle de l’Asie.          

* John West a travaillé 22 ans à l’OCDE, notamment au Cabinet du Secrétaire général et en tant que Chef de la Division des affaires publiques. Il a participé à la création du Forum de l’OCDE en 2000. John a travaillé au Japon et a beaucoup voyagé en Chine et en Asie.   

Voir www.asiancenturyinstitute.com   

Voir aussi www.oecd.org/fr/asiepacifique/  et www.oecd.org/fr/internet/

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012  




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