Les preuves sont-elles probantes ?

©David Rooney

La science et la technologie jouent un rôle central dans notre société. Elles sont inscrites dans nos vies, elles nous aident à répondre aux grands défis de l’humanité, elles sont génératrices d’innovations et d’emplois et améliorent la qualité de la vie. Elles font partie de notre culture, et ce sont finalement elles  qui nous définissent comme l’espèce qui « veut savoir » – c’est ce qui fait de nous des Homo sapiens. Mais dans les décisions politiques, apprécions-nous la science à sa juste valeur ?        

Les biotechnologies et la génétique en sont des  exemples frappants. Prenons en particulier les  organismes génétiquement modifiés (OGM).  Les scientifiques s’accordent à dire qu’ils ne  sont pas plus dangereux que les aliments  issus de modes de culture conventionnels.  Pourtant, les réactions des États membres de  l’UE aux avis scientifiques émis par l’Autorité  européenne de sécurité des aliments (EFSA)  Anne Glover, Conseillère scientifique principale auprès du Président de la Commission européenne sont très diverses. Alors que certains pays se  déclarent à 100 % favorables aux avis rendus,  d’autres expriment un désaccord total.          

Ces comportements de vote laissent supposer  que l’opinion publique influe davantage sur  le débat dans certains pays que dans d’autres,  et qu’elle y a plus de poids que les données  scientifiques. Cela ne rend pas service aux  citoyens, qui devraient pouvoir bénéficier des  avancées scientifiques de pointe en Europe. Peut-on en tirer des leçons pour l’introduction  de nouvelles technologies à l’avenir ?           

Comment susciter un débat social plus  rationnel et plus sain, qui fasse la part des  choses entre les risques et les avantages ? En premier lieu, les scientifiques doivent  présenter leurs recherches et leurs méthodes  de manière plus ouverte : sans communication,  la recherche ne vaut rien. Si les chercheurs  ne communiquent pas correctement leurs  résultats, d’autres groupes d’intérêt moins  sérieux s’engouffreront dans la brèche et le  débat prendra une mauvaise direction. Il sera  ensuite très difficile pour les scientifiques de se  faire entendre.          

Ainsi, dans le cas des biotechnologies, la  production de connaissances de haut niveau ne suffit pas. Les scientifiques doivent mieux  exposer les bénéfices des biotechnologies pour améliorer les conditions de vie ou répondre  aux grands défis de santé ou de sécurité  alimentaire, par exemple. L’évaluation des  risques ne doit pas pour autant être évitée ou  ignorée, au contraire. Mais les risques doivent  être remis en perspective, et s’apprécier au  regard des bénéfices possibles.          

La façon dont les scientifiques s’expriment  est également importante : ils doivent pouvoir  être facilement compris, et ne pas omettre de  communiquer leurs incertitudes. Ils doivent  avoir de l’empathie pour les préoccupations  du public et éviter d’apparaître comme  seuls détenteurs de la vérité. Ils doivent dire honnêtement ce qu’ils savent et ce qu’ils  ignorent. Le public mérite notre respect. Il est également essentiel d’offrir des  alternatives. Les scientifiques doivent proposer  un éventail de solutions parmi lesquelles  les décideurs pourront choisir. Ces diverses options auront peut-être un seul et même  objectif, et présenteront toutes des avantages, mais la démarche ne sera pas forcément la même.         

Il faut aussi agir au bon moment : il n’y a aucun intérêt à soumettre un rapport  magistral une semaine après que la décision  a été prise. Le processus décisionnel et la  production de connaissances doivent être  intelligemment synchronisés. Les scientifiques doivent comprendre comment sont prises les  décisions et à quel moment la science doit  apporter sa contribution. De leur côté, les politiques doivent comprendre que la science  n’est pas instantanée et qu’il faut du temps  pour accumuler les données et les vérifier.            

Les scientifiques doivent situer leurs travaux  dans un contexte sociétal plus vaste. Mais  nous ne devons pas pour autant permettre  aux hommes politiques de ne retenir que  les aspects de la science correspondant à  leur vision du monde ou à leurs objectifs  politiques à court terme. Les données doivent  être appréhendées dans leur ensemble. Et si  les hommes politiques rejettent ces données,  nous pouvons espérer qu’ils s’en expliqueront  avec honnêteté et transparence. Naturellement, ils sont libres de ne pas en tenir compte : ils  sont élus, à la différence des scientifiques. La  science n’est qu’un élément dans le processus  décisionnel et, selon les circonstances, des  questions économiques, sociales, éthiques  ou électorales peuvent prévaloir. Mais si les  hommes politiques décident d’ignorer les  données scientifiques, il est important qu’ils  le disent et expliquent pourquoi. Cela donnera  au public les moyens de se forger une opinion  et de contester ses élus le cas échéant. Comme  le disait Steven Chu, Secrétaire à l’Énergie des  États-Unis et prix Nobel de physique : « Vous pouvez avoir votre propre opinion, mais les faits ne dépendent pas de vous ».         

Les données ne sont pas un problème d’opinion. Peut-être devrions-nous tous faire  preuve de plus d’audace dans notre façon de communiquer, des scientifiques vers les hommes politiques et des hommes politiques vers le grand public.         

Voir le site de l’Autorité européenne de sécurité des  aliments : www.efsa.europa.eu  

Avoir plus d’informations sur le professeur Anne Glover

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012  




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