Afrique.radio

©David Rooney

Malgré l’engouement suscité par la téléphonie mobile en Afrique, la radio reste incontournable.   

Au début du nouveau millénaire, les téléphones mobiles étaient une nouveauté en Afrique. L’Observateur de l’OCDE annonçait alors le saut technologique qu’allait constituer le décollage de la téléphonie mobile. Dans la plupart des pays, les délais d’obtention d’une ligne fixe se chiffraient en semaines ou en mois. Et l’infrastructure de télécommunications était souvent médiocre et  mal entretenue.         

Aujourd’hui encore, dans les villes d’Afrique subsaharienne, du Cap à Nairobi, ou encore à Addis-Abeba, Luanda, Kinshasa ou Lagos, 50 à 80 % de la population vit dans des bidonvilles, privés pour la plupart de services de santé, d’éducation, d’eau salubre et d’installations sanitaires. Quant aux ordinateurs, ils passent bien après un logement décent, les droits de l’homme et les droits civiques.              

La plupart du temps, l’économie urbaine africaine prospère grâce au secteur informel, et aux actions modestes et remarquables menées par les individus pour améliorer leur sort à leur  échelle. L’État et la grande entreprise forment un univers à part qui, en Afrique, appartient à  l’élite nantie. Celle-ci vit à l’autre bout de la ville, isolée de la multitude qui lutte pour subsister dans les bidonvilles. À Nairobi, près d’un million d’individus vivent dans le bidonville  de Kibera, dont la superficie équivaut approximativement à celle d’un terrain de golf – et qui précisément jouxte le prestigieux parcours Royal Golf Course. Au Cap, les  bidonvilles s’étendent chaque jour davantage. À l’instar de Nairobi, cette ville présente l’un des coefficients de Gini le plus élevé au monde – cet instrument de référence international mesure le fossé entre riches et pauvres.              

Le téléphone mobile, toujours moins onéreux et mieux équipé, s’est démocratisé. La téléphonie mobile a permis à l’Afrique de contourner les systèmes terrestres classiques, omniprésents partout ailleurs. Et son impact est nettement plus marqué sur ce continent.  Ainsi, dans une Somalie en proie à l’anarchie,  ravagée par les conflits, les services de téléphonie mobile se révèlent plus facilement accessibles et disponibles, et plus économiques que dans la plupart des autres régions du  monde ; en Ouganda, le nombre de cartes SIM serait trois fois supérieur au nombre d’habitants. Même constat au Kenya. Avec la  téléphonie mobile, l’Afrique a sauté l’étape informatique, malgré la fracture numérique et éducative. Elle se tient désormais prête à tirer parti des tablettes numériques. Une grande partie de la population se sert du système de  paiement mobile M-Pesa développé par une société française pour transférer des petites sommes à des proches ou régler des factures. Comme le prédisait L’Observateur de l’OCDE en 2001, l’Afrique est directement passée  d’un service téléphonique très limité, voire inexistant, à la téléphonie mobile et à Internet.          

Mais le fossé entre le monde industrialisé et  le monde en développement reste énorme. Même si les gens ont un téléphone, la plupart n’ont qu’un crédit très limité. Sans compter le  problème de l’illettrisme. C’est donc toujours le règne de la radio et la télévision, pas encore celui de l’Internet.              

Si les Africains demeurent, en grande majorité, tributaires de la radio pour les actualités et l’information, est-ce le signe d’une fracture numérique ? Au Kenya, par exemple, comme en Côte d’Ivoire, de l’autre côté du continent,  on peut écouter BBC World Service et Radio France International. Les télévisions locales en Afrique reprennent un éventail encore plus large de chaînes internationales.            

Néanmoins, les perspectives de croissance du marché de la téléphonie mobile et des tablettes en Afrique sont sans doute les plus prometteuses au monde. Trois importants câbles sous-marins desservant l’Afrique orientale ont doté Nairobi d’un débit Internet supérieur à celui de l’économie la plus prospère du continent, l’Afrique du Sud. Ce saut technologique est dans l’ordre des choses. À 60 kilomètres à l’ouest de Nairobi, la vallée du grand rift abrite certains des tout premiers vestiges d’instruments portatifs qui  n’échapperont pas à un œil averti : de superbes outils de pierre taillés par notre  ancêtre, l’Homo erectus, il y a quelque 900 000 ans.          

Références 

Voir www.unhabitat.org  et www.oecd.org/fr/afrique/

Jütting, J., J. de Laiglesia (2009), L’emploi informel dans  les pays en voie de développement : une normalité  indépassable ?, Études du Centre de développement,  Publication de l’OCDE

James, Edwyn (2001), « Combler le fossé numérique grâce  à la formation », L’Observateur de l’OCDE n° 224, janvier. 

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012  




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