La société de l’information à la croisée des chemins

L’avenir reposera sur la connaissance.  Allons-nous dans la bonne direction ? Que  devons-nous savoir pour progresser ?  Il faut d’abord bien comprendre ce que  recouvre la notions d’actifs intellectuels.

Alors que l’économie sort de la crise financière  et d’une longue période de faible croissance,  quatre tendances se dégagent dans les  sciences, la technologie et l’innovation : un  ralentissement de l’innovation lié à une  aversion accrue au risque et à une pénurie  de capital-risque ; une multiplication des  changements structurels à l’heure où la  révolution de l’information se fait mobile  et où le commerce électronique domine les  ventes de détail, favorisé notamment par  son accès privilégié à d’énormes masses de  données ; les progrès des technologies de  l’information et d’autres forces impliquant  une spécialisation accrue et la montée en  puissance de chaînes de valeur mondiales  complexes ; enfin, une prise de conscience  que, pour jouir d’un avantage concurrentiel  pérenne, il faut exploiter les actifs intellectuels,  notamment la recherche et développement  (R-D), les compétences, les marques et les  structures organisationnelles. Or, il s’agit de  connaissances généralement tacites, difficiles  à reproduire et situées dans des lieux précis.

Interdépendantes et se renforçant  mutuellement, ces quatre tendances vont  nous obliger à repenser et actualiser notre  conception de l’économie et des politiques à  mener dans un large éventail de domaines,  eux-mêmes en évolution (fiscalité mondiale,  concurrence, finance, compétences, échanges,  technologie et certains types de politiques  structurelles). Bien exploitées, ces tendances  technologiques ouvrent aussi de nouvelles  perspectives.

Les activités scientifiques et de R-D ont été  ralenties par la crise, mais il existe certaines  exceptions dans des secteurs spécifiques  comme les technologies de l’information  et de la communication (TIC) et en Asie,  où l’innovation reste forte. De fait, ces  secteurs ont à peine ressenti le déclin des  cinq dernières années. En imposant une  adaptation des modèles technico-économiques,  l’utilisation croissante d’Internet a entraîné  d’importantes restructurations dans nombre  de secteurs, notamment les médias, l’édition,  la publicité, les transports, le secteur bancaire  et la vente de détail.

L’association entre smartphones, connectivité  sans fil haut débit et informatique en nuage  laisse entrevoir encore plus de changements  structurels. La possibilité, aujourd’hui,  d’accéder à des sommes d’informations pour  optimiser la logistique et la relation client et  prendre des décisions en temps réel pourrait  avoir un impact considérable, notamment sur  les emplois de nature « transactionnelle ».

Les TIC ont contribué à l’essor des chaînes  de valeur mondiales (CVM), qui dépassent  les frontières nationales telles que nous les  concevions et vont changer les économies, la  nature de leur production et la façon dont  elles sont dirigées et gérées. Avec les chaînes  de valeur mondiales, les étapes de production  et les interconnections importent plus que  les lieux ou les secteurs. Il n’est plus possible  d’évaluer la compétitivité sur les seules  exportations brutes : la performance est aussi  affaire d’importations. Les CVM vont avoir des  retombées sur tout un éventail de politiques  publiques, notamment la politique industrielle,  les compétences, l’accès aux marchés, le rôle  du capital et l’utilisation des droits de propriété  intellectuelle et leur protection.

Dans un monde où les processus et les tâches  priment sur le produit final, les chaînes de  valeur mondiales remettent en cause notre  idée de la place des économies sur l’échelle  de la valeur ajoutée. Pour les smartphones comme pour les avions, l’essentiel de la  valeur des produits est créée soit en amont  dans les processus de conception, la R-D ou  la production des éléments clés, soit tout à  fait en aval dans le marketing, la stratégie  de marque ou la distribution. Il en va de  même pour des services comme le traitement  des dossiers d’indemnisation, les essais  cliniques de médicaments ou les transports  aériens. Pour la plupart des économies, la  priorité est de s’imposer dans les activités  et segments de marché à plus forte valeur  ajoutée. Les actifs intellectuels (logiciels, R-D,  marques et propriété intellectuelle) sont  des sésames de compétitivité et d’emploi.  Dans nombre de pays, ils semblent attirer  plus d’investissements que les traditionnels  secteurs de la construction mécanique, des  équipements et des infrastructures. Pour  autant, les rapports financiers des entreprises  et les comptes publics ne les valorisent pas  encore vraiment.   

Comme toute grande mutation structurelle,  élaborer une stratégie fondée sur le savoir  et s’insérer dans les chaînes de valeur  mondiales demandera des efforts et risquera  au début d’exacerber les problèmes d’emploi  et d’inégalités. Mais les vastes opportunités  qui en découleront, en plus de dynamiser  la productivité, apporteront des solutions  à de nombreuses difficultés sociales et  environnementales actuelles, du vieillissement  de la population au changement climatique,  en passant par le développement.  

Voir www.oecd.org/fr/sti

Voir aussi les indicateurs clé des TIC de l’OCDE

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016