L’action publique peut éclaircir l’horizon

Après cinq années de crise, l’économie  mondiale fléchit à nouveau. En soi, le  phénomène n’a rien de nouveau. Ces  dernières années, des signes de reprise ont  plus d’une fois cédé le pas à un nouveau  ralentissement, voire à une récession dans  certains pays. Le risque d’une nouvelle  contraction majeure ne peut être écarté. Une  récession est en cours dans la zone euro,  l’économie des États-Unis est en expansion,  mais à un rythme plus lent que celui envisagé  en début d’année, et un ralentissement  apparaît dans de nombreuses économies  émergentes.           

Cette dégradation des perspectives a plusieurs  causes. Une baisse significative de la  confiance en est un facteur clé. Les efforts de  réduction des dettes publiques et privées et de  maîtrise des budgets publics ont eu un impact particulièrement marqué sur nos économies,  tandis que le ralentissement des échanges  mondiaux assombrit encore le tableau.  L’ampleur du chômage pèse également sur  la confiance et les dépenses. La lenteur et  l’inefficacité des mesures publiques n’ont pas  amélioré la situation.           

Néanmoins, une réaction énergique, faisant  appel à tous les instruments d’action  disponibles, peut inverser ce scénario  défavorable et assurer une croissance plus  durable. Toutefois, l’absence de telles mesures  pourrait replonger l’économie mondiale dans  la récession.            

Que peut-on faire ? Pour commencer, la  politique monétaire devrait être encore  assouplie dans plusieurs économies, en  particulier dans la zone euro, au Japon et dans  certaines économies émergentes, notamment  en Chine et en Inde. Aux États-Unis, cette  politique, qui a déjà été assouplie, est  maintenant adaptée et devrait être maintenue,  compte tenu des perspectives d’inflation  modérée et de la croissance lente de l’emploi. Sur le front budgétaire, les pays devraient  éviter d’aller trop loin, trop vite, car les  éventuelles répercussions macroéconomiques  seront probablement considérables. Le  resserrement budgétaire américain devrait se  dérouler à un rythme plus mesuré afin d’éviter  le « mur budgétaire » lié à la législation en  vigueur.              

Dans la zone euro, l’ajustement du solde  budgétaire structurel devrait se limiter aux  engagements actuels en matière de finances  publiques, et les stabilisateurs automatiques  devraient pouvoir jouer librement. Pour rester  crédibles, les gouvernements européens  devraient annoncer cet engagement de  manière concertée. La situation budgétaire  sous-jacente s’améliore déjà dans de  nombreux pays de la zone euro et les ratios  dette/PIB commenceront à diminuer dans les  années à venir, ce qui aura également un effet  positif sur la confiance.            

Au Japon, un programme d’assainissement  budgétaire à moyen terme précis et crédible  doit être élaboré. L’endettement élevé limite  les marges de manœuvre du pays, et pourrait  empêcher les stabilisateurs automatiques de  fonctionner correctement en cas de choc.  Et si des risques à la baisse se matérialisaient ?  Premièrement, les banques centrales devraient  accroître leurs apports de liquidités, acquérir  des actifs financiers du secteur privé et,  éventuellement, renforcer l’assouplissement  quantitatif, tout en veillant à démanteler les  dispositions non conventionnelles adoptées  dès que le pire sera passé. Des mesures  temporaires de relance budgétaire devraient  être prises dans les pays où les finances  publiques sont solides, notamment en  Allemagne et en Chine. D’autres économies  devront peut-être réviser leurs projets  d’assainissement budgétaire à la baisse. Quant aux réformes structurelles, elles  devraient être intégralement mises en œuvre,  car elles pourraient commencer à porter  leurs fruits plus tôt que prévu en termes de  renforcement de la croissance, d’amélioration  de l’emploi et de rééquilibrage des comptes  courants.                 

La mise en place d’institutions fortes, telles  que des conseils budgétaires indépendants,  ou de règles budgétaires crédibles, peut  rassurer les marchés et apporter sa pierre à  l’édifice. En outre, il est essentiel de progresser  vers l’instauration d’une union bancaire à part  entière dans la zone euro.            

La dimension mondiale du ralentissement  actuel nous rappelle à quel point notre monde  est devenu interdépendant. Les pouvoirs  publics doivent prendre plus sérieusement en  considération les effets d’entraînement et les  canaux de transmission, notamment au sein  du G20, s’agissant des déséquilibres mondiaux  et de l’impact des politiques monétaires sur les  flux de capitaux et les taux de change.  

Voir http://www.oecd.org/fr/economie/

Voir aussi http://www.oecd.org/fr/economie/questionsmonetairesetfinancieres/

©L’Observateur de l'OCDE N˚ 293 T4 2012     




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