Sécurité alimentaire: Remettre les enjeux sur la table

©Yannis Behrakis/Reuters

Que faire dans les années qui viennent pour assurer la sécurité alimentaire ? Voici certaines pistes qui, selon Action contre la Faim, pourraient favoriser un accès sécurisé à l’alimentation pour tous.

Nous venons d’apprendre que la Terre compte aujourd’hui 7 milliards d’habitants – et qu’elle en comptera 9 milliards à l’horizon 2050. Cet accroissement de la population souligne la nécessité absolue d’adapter la demande aux besoins alimentaires évolutifs des populations. C’est un défi de taille. Plusieurs facteurs se combinent en effet pour le rendre particulièrement complexe : les changements climatiques qui aggravent l’insécurité alimentaire ; la volatilité des prix ; le phénomène d’accaparement des terres ; la « compétition » avec les biocarburants ; le manque d’investissements dans l’agriculture de subsistance ; enfin, certains facteurs sociaux : conflits, pauvreté, éducation, condition des femmes, entre autres.

Face à cette tâche immense de la sécurité alimentaire, par où commencer ? Il faut se fixer des priorités. C’est en ce sens qu’Action contre la Faim a interpelé cette année le G20 en promouvant certaines mesures essentielles partagées avec les principales ONG internationales spécialisées. Quelles sont-elles ?

Il faut, bien sûr, développer la production agricole, mais de manière appropriée pour renforcer et soutenir en priorité l’agriculture locale et familiale. Dans les pays pauvres, les © Sanka petits agriculteurs jouent un rôle primordial en terme de sécurité alimentaire mais ils sont aussi les premières victimes de l’impact néfaste de la volatilité accrue des prix alimentaires. Aujourd’hui, nous constatons hélas que la terre ne nourrit pas ceux qui la travaillent. 80 % des personnes sous-alimentées sont des petits exploitants.

Manque de capital ou d’accès à la terre, plusieurs facteurs entravent le développement et la rentabilité de l’agriculture familiale. La position désavantageuse des agricultrices en fait partie. Les femmes représentent 43 % de la main-d’oeuvre agricole dans les pays en développement mais, elles ont un accès restreint aux avoirs et aux opportunités. Selon la FAO, éradiquer les inégalités entre les sexes permettrait de réduire le nombre de personnes souffrant de la faim de 100 à 150 millions !

La croissance de l’accaparement des terres en Afrique permet à des pays en manque de terres agricoles de se doter de capacités propres à l’international, mais souvent au détriment du tissu agricole local. La croissance de la productivité agricole en Afrique peut croître, mais au profit de qui ? Pourrions-nous imaginer voir des personnes affamées à proximité de champs agricoles cultivés au profit d’États étrangers ? C’est un risque réel s’il n’y a pas une véritable gouvernance mondiale des besoins et des capacités de production agricole, du local à l’international.

Il faut donc favoriser prioritairement le développement de l’agriculture familiale. Mais encore faut-il que celle-ci permette aux familles de se nourrir de manière équilibrée. En un mot, il faut mettre l’impact nutritionnel au centre des politiques agricoles, développer non seulement la quantité, mais aussi la qualité et la diversité ! Cela peut passer par le soutien technique et financier aux petits exploitants à diversifier leurs cultures. Tout cela doit être fait dans le respect de l’environnement. Un nombre croissant de petits producteurs ne peut accéder à des intrants chers et par ailleurs peu respectueux de l’environnement. Il y a donc un potentiel pour le développement de programmes de petite taille visant à assurer aux producteurs locaux leur autosuffisance.

Autre grand champ d’action prioritaire : la lutte contre la volatilité des prix. Celle-ci est particulièrement néfaste aux personnes les plus pauvres, qui consacrent la majeure partie de leurs revenus à se nourrir. En 2009, la FAO estimait à 1 milliard le nombre de personnes sous-alimentées après l’augmentation des prix des denrées alimentaires de 2007-2008. Il est donc nécessaire de la juguler en réduisant la spéculation financière, grâce notamment à des limites sur les prix et les positions, ainsi que des restrictions sur la spéculation passive.  

Des réserves alimentaires doivent également être mises en place. Elles permettent de venir en aide aux plus vulnérables, mais aussi de contrer les effets de la volatilité des prix. Ces systèmes doivent être créés à l’échelle locale, nationale et régionale, certaines problématiques — dont la volatilité des prix — étant plus faciles à aborder au niveau régional qu’au niveau national.

Parce que la sécurité alimentaire dans un pays ou une région peut être un processus long, il faut, parallèlement aux mesures citées, mettre en oeuvre des dispositifs de protection sociale fonctionnant comme des « filets de sécurité » en temps de crise. Quels sont ces « filets de sécurité » contre la faim ? Ils peuvent comporter un volet nutritionnel, avec par exemple certains micronutriments sous forme de compléments alimentaires, et/ou un volet financier, comme les transferts monétaires. Ces derniers peuvent, en levant des obstacles d’ordre économique, permettre aux populations d’accéder à un régime alimentaire nutritif adéquat. Dans le domaine de la protection, certaines économies émergentes ont une expérience significative et pourraient jouer un rôle majeur en aidant les pays en développement à assurer une bonne protection sociale. Dans un contexte où les catastrophes dites « naturelles » se multiplient, il est également indispensable de renforcer la résilience des personnes touchées par le changement climatique en soutenant des mesures d’adaptation, en recourant par exemple aux techniques agro-écologiques applicables aux terres dégradées, ou aux techniques de gestion de l’eau pour les petits exploitants utilisant l’eau de pluie. Parallèlement, à plus grande échelle, il faut que les États s’engagent contre le changement climatique. Que nous sert d’augmenter les rendements dans les zones fragiles si nous ne parvenons pas à réduire les catastrophes dites « naturelles » qui viennent détruire les récoltes ?

Voilà quelques-unes des mesures réclamées par Action contre la Faim à l’approche du G20. Hélas, c’est la déception qui domine au lendemain du sommet, et le président Nicolas Sarkozy a lui même indiqué dans son discours de clôture qu’il pouvait comprendre que ceux qui luttent contre la faim ne soient pas satisfaits des décisions insuffisantes du G20 de Cannes. Certes, le G20 a appelé à plus de transparence sur les marchés agricoles et s’est engagé à en améliorer la régulation pour limiter la volatilité des prix, mais sans s’accorder sur des mesures obligatoires.

Certes, les dirigeants se sont « félicités » de la création d’un Forum de réaction rapide destiné à « élaborer des réponses communes en cas de crises des marchés » mais pour l’heure, celui-ci n’a ni mandat, ni moyens pour agir. Certes, le « rôle crucial de l’aide publique au développement » a été mentionné, mais le G20 n’a dit mot sur le non-respect des promesses faites à la lutte contre la faim : 22 milliards de dollars promis sur 3 ans pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la malnutrition lors du G8 de 2009. À ce jour, seuls 22 % de ces sommes ont été effectivement engagées.

Bien sûr, il était nécessaire de se pencher sur la crise européenne. Mais l’on pouvait espérer que les 332 millions d’habitants de la zone euro n’éclipseraient pas le sort des 925 millions de personnes qui souffrent encore de la faim dans le monde. Il a bien été question de « plan sauvetage » à Cannes, mais pas dans le cadre des enjeux alimentaires.

Sans doute consciente de la faiblesse des engagements pris, la nouvelle présidence mexicaine a heureusement confirmé qu’elle remettait la question de la sécurité alimentaire à l’agenda du G20 de 2012.

Action contre la Faim et ses partenaires internationaux restent mobilisés.

Voir le Profil des pays Sécurité alimentaire de l'OCDE

Lien recommandé www.actioncontrelafaim.org

© L' Annuel de l'OCDE 2012




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