La Stratégie de l’OCDE pour le développement

Donner un nouveau souffle à une mission fondamentale

En mai 2012, la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres a entériné la Stratégie de l’OCDE pour le développement, outil essentiel pour ajuster les travaux de l’organisation à l’évolution rapide des enjeux internationaux. Quels en sont les objectifs?

Rappelons d’abord la mission première de l’OCDE. Depuis sa création en 1961, elle encourage une bonne gestion des affaires publiques et soutient les réformes visant une croissance économique durable et l’amélioration du niveau de vie de tous les pays. Selon John F. Kennedy, qui contribua à créer l’organisation, celle-ci serait en partie dépositaire « des espoirs de croissance des pays moins développés ».

La Convention de l’OCDE traduit cette vision. Le terme « développement » figure à dessein dans le nom de l’organisation pour en refléter l’objectif principal : favoriser la croissance dans les pays membres, mais aussi tirer des enseignements communs de l’après-guerre et offrir une expertise en matière de politiques économiques au-delà des pays développés.

La nouvelle Stratégie de l’OCDE pour le développement redonne un élan à cette mission fondatrice, et arrive au bon moment.

En un demi-siècle, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est substantiellement déplacé, certains pays en développement (PED) devenant les moteurs de la croissance mondiale. Depuis les années 1990 et l’accélération de la mondialisation, un grand nombre de PED et de pays émergents (dont la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Indonésie et l’Afrique du Sud) enregistrent des taux de croissance plus de deux fois supérieurs à ceux des pays de l’OCDE.

L’équilibre pays riches/PED a donc été chamboulé, incitant leurs marchés respectifs à coopérer pour relever les défis communs. La gouvernance mondiale a également changé : le G20, regroupant marchés développés et émergents, ainsi que des organisations internationales comme l’OCDE, a pris une importance significative.

Les changements géographiques et de nature de la pauvreté appelle une plus étroite collaboration des pays les plus avancés et des PED à tous les niveaux (gouvernemental, économique, sociétal, etc.). Une part croissante des pauvres vit désormais dans les zones urbaines des pays à revenus moyens.

Si les inégalités représentent un défi majeur dans les pays riches et les pays émergents, l’ensemble du globe est affecté par les changements climatiques et la raréfaction des ressources naturelles.

La nouvelle stratégie vise également à renforcer la cohérence et l’efficacité de la coopération internationale au service du développement. En 50 ans, des millions de personnes sont sorties de la pauvreté, mais plus encore ont été oubliées. L’importance des financements, ou aide publique au développement (APD), n’a pas diminué, particulièrement à destination des pays les moins avancés. Pourtant, seuls cinq pays de l’OCDE respectent actuellement l’objectif fixé par les Nations unies de porter à 0,7 % la part de l’APD dans le revenu national brut (RNB), la moyenne OCDE étant de 0,3 %. Et même si davantage de pays parvenaient à atteindre l’objectif, l’APD ne suffirait pas. D’ailleurs, le financement de l’aide se recompose à mesure que les économies émergentes deviennent des acteurs globaux de la finance, du commerce, des investissements, de l’innovation et de la coopération pour le développement. L’APD traditionnelle doit évoluer pour devenir un catalyseur qui structurera les prises de décision au sein de cette nouvelle architecture.

En mettant l’accent sur l’efficacité du « développement » plutôt que l’efficacité de l’« aide », concept plus restreint, la Stratégie de l’OCDE s’inscrit dans la lignée du Partenariat mondial pour une coopération efficace au service du développement, établi à Busan, en Corée du Sud, en 2011 ; 80 pays ont accepté d’aborder en commun les questions d’inégalités, de vulnérabilité, et les problèmes posés par les États fragiles, afin de construire un avenir meilleur pour tous.

Comment la Stratégie de l’OCDE pour le développement s’intégrera-t-elle dans ce nouveau contexte ? Il faudra surtout répondre aux besoins des PED en privilégiant le partage des connaissances, l’apprentissage mutuel et la collaboration. L’OCDE, experte en son domaine, déploie des approches éprouvées, globales et interdisciplinaires, pour élaborer des politiques et encourager les réformes économiques. La nouvelle stratégie utilisera ces approches pour que l’OCDE contribue davantage à « une croissance plus forte et plus inclusive dans un éventail de pays aussi large que possible ».

Selon le Conseil des ministres de l’OCDE en 2011, la stratégie se concentrera sur les quatre objectifs thématiques qui permettront à l’organisation de compléter les autres initiatives internationales : les sources de croissance innovantes et durables, la mobilisation des ressources nécessaires au développement (aider les pays concernés à s’aider eux-mêmes), la promotion d’une bonne gestion des affaires publiques, et enfin la mesure des progrès réalisés (un domaine dans lequel l’OCDE joue un rôle pionnier).

L’approche interdisciplinaire de l’OCDE est indispensable pour relever les nombreux défis communs : croissance verte, égalité des sexes, inégalités, innovation, compétences à développer, migrations, infrastructures, fiscalité et prestation de services ou encore lutte contre la corruption. Ces questions doivent être reliées entre elles pour améliorer l’efficacité de l’action et éviter que des politiques nationales isolées n’ébranlent les efforts communs de développement. L’un des buts premiers de la nouvelle Stratégie de l’OCDE consiste donc à renforcer la cohérence des politiques de développement, et à favoriser leur adaptation aux conditions spécifiques des pays concernés.

La famine chronique, qui touche des centaines de millions de personnes dans le monde, est un bon exemple. Les infrastructures et investissements nécessaires à l’irrigation et la culture ne suffisent plus, et les mécanismes de l’offre et de la demande limitent l’accès à la nourriture ainsi que son utilisation. La nouvelle stratégie explorera comment mieux ajuster les politiques des pays de l’OCDE et les politiques globales aux politiques alimentaires des pays partenaires.

La Stratégie de l’OCDE pour le développement constitue un cadre utile pour que les décideurs politiques coopèrent efficacement, renforcent le dialogue sur les politiques menées, promeuvent le développement et cherchent des solutions aux problèmes mondiaux. Elle renforce l’éternelle mission de l’organisation : travailler avec tous les pays et contribuer à mener des politiques meilleures pour une vie meilleure.

Références

OCDE (2012), Stratégie de l’OCDE pour le développement, consultable sur www.oecd.org/development/policycoherence

OCDE (2011) « La vision de John F. Kennedy » dans L’Annuel de l’OCDE 2011, consultable sur www.observateurocde.org

OCDE (2011) « L’OCDE, chronique d’une naissance mouvementée », Rory Clarke et Lyndon Thompson, dans L’Annuel de l’OCDE 2011.

©L’Observateur de l’OCDE n° 292, T3 2012




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016