Réagir face au changement climatique

Tandis que le monde est accaparé par la crise économique, le changement climatique prend une tournure de plus en plus grave. Un certain nombre de leçons doivent encore être tirées. 

De la place Tahrir à New York, des manifestants à travers le monde s’élèvent contre le statu quo. À l’heure où l’écart entre riches et pauvres se creuse, où l’influence des entreprises prend des proportions démesurées et où nous gaspillons à l’envi le patrimoine naturel, les citoyens disent « stop ! ». Effet de mode ou mouvement de fond ? Toujours est-il qu’une route chaotique nous attend. La réalité du changement climatique et la hausse des émissions de CO2 ne laissent pas grande place au doute.

Les faits sont là : l’acidification, le réchauffement et l’hypoxie des océans compromettent la vie à la base même de la chaîne alimentaire marine. La résilience des écosystèmes marins est par ailleurs mise à mal par la surpêche, la pollution marine et l’extraction des ressources naturelles auxquelles s’ajoutent encore d’autres pressions. Résultat : les 3,5 milliards de personnes tributaires de la pêche de subsistance seront de plus en plus touchées par la faim.

Le sort des populations dépendant de l’agriculture vivrière n’est pas forcément plus enviable. Selon un rapport de la FAO, « un nombre croissant de pays atteint des niveaux inquiétants de pénurie d’eau et 1,4 milliard de personnes vivent dans des zones où le niveau des nappes phréatiques baisse. La pénurie d’eau est particulièrement prononcée dans les régions du Proche-Orient/Afrique du Nord et de l’Asie du Sud, et devrait encore s’aggraver sous l’effet du changement climatique dans de nombreuses régions ». Mais le rapport souligne également que « satisfaire la demande attendue en produits d’alimentation humaine et animale nécessitera une augmentation substantielle de la production globale d’aliments de 70 % d’ici à 2050. »

Signalons que ces prévisions ne tiennent pas compte de la hausse de la demande de cultures énergétiques, qui aggrave le problème. D’après des études, la production agroalimentaire est déjà affectée par le changement climatique, qui a entraîné une hausse des prix d’environ 20 % en quelques décennies. Dans ce contexte, les émeutes qui ont secoué l’Égypte, le Bangladesh et Haïti en 2008, quand les prix avaient battu tous les records, pourraient n’être que les prémisses de mouvements sociaux encore plus graves.

Nul besoin d’attendre 2050, le changement climatique représente déjà, ici et maintenant, une menace pour la sécurité mondiale.

La concentration de CO2 dans l’atmosphère doit impérativement et rapidement être stabilisée à 350 parties par million (ppm) maximum si nous voulons éviter les pires effets du changement climatique. Nous avons déjà pulvérisé ce seuil en atteignant 390 ppm, et plus nous attendons, plus nos objectifs de baisse devront être drastiques dans les années qui viennent. Autre possibilité : stabiliser la concentration à un niveau beaucoup plus élevé et prier pour que les forces mystérieuses de la nature interviennent en notre faveur. Le pari peut être lourd de conséquences, non pour notre génération, mais pour celle de nos enfants, de nos petits-enfants et pour toutes les générations à venir.

Leur léguer un avenir meilleur ne tient qu’à trois choses. Premièrement, nous devons finaliser un accord mondial sur le climat. Cet accord doit être équitable pour les plus défavorisés, qui ne sont pas responsables du changement climatique mais qui en pâtiront le plus (cela suppose de financer de façon appropriée non seulement l’atténuation des effets mais aussi l’adaptation). Il doit être suffisamment ambitieux pour que nous puissions tous vivre en sécurité sur notre planète (dans ce domaine, les engagements ne sont qu’à moitié satisfaisants). Enfin, il doit être juridiquement contraignant et fixer des objectifs concrets, réalistes et contrôlables. Pour commencer, les parties au Protocole de Kyoto doivent reconduire leurs engagements pour une seconde période qui commencerait en 2013. Mais nous avons surtout besoin d’un accord incluant tous les grands émetteurs et reconnaissant les responsabilités communes mais différenciées des pays à différents stades de développement. L’attitude qui consiste à dire : « Je ne bouge pas tant que les autres ne bougent pas » doit être fermement combattue. La procrastination est un luxe que nous ne pouvons simplement pas nous permettre.

Deuxièmement, chaque pays doit s’engager résolument sur la voie d’un développement propre et sobre en carbone. C’est une situation gagnant-gagnant. Prenons l’exemple des Maldives où, en 2010, le président Nasheed a fait sensation en annonçant que son pays serait le premier au monde à avoir un bilan carbone neutre et en créant le plan Carbone neutre pour concrétiser cet objectif. Intéressante écologiquement, cette initiative l’est aussi économiquement. Les importations de pétrole représentent environ 14 % du PIB des Maldives, soit plus que le budget de l’éducation et la santé réunis. Or, les Maldives n’ayant pas une grande capacité de stockage, elles subissent de plein fouet les fluctuations du prix du baril.

Les avantages d’un développement propre et sobre en carbone sont de plus en plus évidents. D’après les prévisions d’HSBC, le marché de l’énergie bas carbone va tripler d’ici à 2020, où il représentera 2200 milliards de dollars. Selon une récente étude de PriceWaterhouseCoopers pour le Carbon Disclosure Project, les entreprises affichant le meilleur bilan carbone ont eu des performances nettement supérieures à la moyenne des 500 plus grandes entreprises mondiales en termes de valeur pour l’actionnaire.

Troisièmement, les vaines discussions doivent céder la place à l’écoute – la vraie – et à l’action, comme si nos vies en dépendaient. L’urgence est là. Il n’est qu’à écouter les terribles témoignages d’inondations, de famine, de sécheresse ou d’incendies. Elles sont bouleversantes et terrifiantes, mais nous nous abritons trop souvent derrière l’idée que cela n’arrive qu’aux autres. Jusqu’au jour où… Il a fallu que la Russie soit touchée, à l’été 2010, par une terrible vague de chaleur et des incendies dévastateurs pour que le président Dmitri Medvedev prenne conscience de la nécessité d’agir contre le changement climatique. Le 4 août 2010, il déclarait : « Nous devons tirer les enseignements de ce qu’il s’est passé. Le changement climatique est sur toutes les lèvres. Malheureusement, ce que vivent les régions du centre du pays aujourd’hui est la preuve que ce changement est bien réel parce que jamais, de toute son histoire, le pays n’avait connu une telle situation météorologique. Nous devons donc changer notre façon de fonctionner et adopter de nouvelles méthodes. »

Mais avons-nous vraiment bien intégré ces leçons ? Certains oui, mais d’autres ont encore du chemin à parcourir. En 2050, lorsque le monde jugera l’héritage de notre génération, que dira-t-on de nous ?

Lien recommandé

Global Campaign for Climate Action : http://gc-ca.org

Voir aussi www.oecd.org/fr/env/changementclimatique/

© L' Annuel de l'OCDE 2012




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