L’euro : un choix stratégique

© REUTERS/ François Lenoir

La Pologne n’est pas encore membre de la zone euro, mais elle suit l’évolution de la situation de l’euro avec beaucoup d’intérêt.

Du point de vue de la Pologne, il y a deux questions majeures : premièrement, la crise de la zone euro, ses causes, ses effets et ses implications sur une croissance durable ; et deuxièmement, l’impact de cette crise sur la Pologne et sur son projet d’adopter la monnaie unique.

Si l’économie mondiale montre les signes d’une amélioration progressive, la reprise reste fragile et vulnérable aux risques liés à la crise de l’euro. Cette crise est imputable tant à l’action des pouvoirs publics qu’à un facteur plus fondamental : la structure même de l’union monétaire.

Politique budgétaire expansionniste, mésestimation du risque, et faiblesse des politiques et des cadres prudentiels ont tous contribué à l’accumulation, avant 2008, d’une dette privée et publique excessive, dans plusieurs pays de la zone euro. Ces économies sont aujourd’hui en proie à une fragilité budgétaire caractérisée par d’importants déficits et/ou une lourde charge de la dette. Cette fragilité est en partie responsable de la propagation de la tension qui a gagné les systèmes bancaires européens en raison de leur forte exposition au risque de défaut souverain. À cela s’ajoutent des faiblesses substantielles, structurelles et institutionnelles. Plusieurs pays – essentiellement les économies dites « périphériques » – sont structurellement exposés aux déficits extérieurs en raison de l’érosion continue de leur compétitivité relative. Le fonctionnement des marchés de produits et de facteurs de production demeure problématique, entravant une réaffectation pourtant nécessaire des ressources – davantage au profit des industries à l’export.

Les responsables politiques ont déjà progressé dans leur manière de réagir face à la crise, tant au niveau national qu’au niveau de la zone euro. Les pays bénéficiant d’une aide financière commencent à mettre en oeuvre des programmes d’ajustement macroéconomique, notamment en assainissant leurs finances publiques. La capacité financière du FESF (Fonds européen de stabilité financière) a été renforcée, et la mise en place du MES (Mécanisme européen de stabilité) a progressé. Globalement, la capacité de prêt du FMI a augmenté. Des mesures essentielles ont par ailleurs été prises pour améliorer la surveillance du secteur financier au sein de l’UE, et pour garantir la solidité du capital des banques. La réaction énergique de la BCE, notamment en lançant les LTRO (opérations de refinancement à long terme) et des mesures non conventionnelles, a été déterminante pour contenir la crise et empêcher de nouvelles contagions.

Question de calendrier

Il n’en reste pas moins que plusieurs problèmes fondamentaux sous-jacents demeurent. La zone euro est confrontée à un double défi. Premièrement, il est vital de garantir son intégrité et d’écarter le risque d’une désintégration catastrophique de la monnaie unique, sous peine de faire fuir définitivement les investisseurs privés sans lesquels la zone ne peut renouer avec la croissance. Deuxièmement, la croissance économique, qui constitue la seule solution à long terme face à un endettement excessif, doit être restaurée.

L’adoption de l’euro est un choix stratégique pour la Pologne, mais aucun calendrier ne peut être défini tant que la zone euro ne sera pas stabilisée. Nous en sommes conscients, l’euro représente des gains potentiels considérables pour la Pologne en termes de croissance, d’échanges, d’investissements et, évidemment, de niveau de vie. Mais pour en bénéficier, le pays doit se préparer correctement au passage à la monnaie unique, et mener des politiques économiques aptes à réduire le risque de volatilité accrue qui résulterait de la perte de sa souveraineté monétaire. Pour les futurs membres de la zone euro, la crise et le nouveau cadre de gouvernance économique (« six-pack » et « twin-pack ») modifient sérieusement l’importance relative des coûts et avantages associés à l’adhésion.

Forte d’une politique macroéconomique et d’un secteur financier sains, la Pologne a évité une croissance fondée sur le surendettement. C’est la seule économie de l’UE à ne pas être entrée en récession pendant la crise, grâce aux effets conjugués d’une politique budgétaire pertinente, aux ajustements structurels que le pays a su opérer suffisamment tôt, à une politique monétaire indépendante et à un système de taux de change flottant. La Pologne est aujourd’hui l’un des premiers pays de l’UE à voir son ratio dette/PIB s’améliorer, alors qu’il était déjà relativement bas. La Ligne de crédit modulable du FMI a efficacement soutenu la politique intérieure et les mesures structurelles de la Pologne, permettant en outre à son économie de continuer de résister aux chocs externes.

À travers son prêt bilatéral au FMI et son importante participation aux Nouveaux accords d’emprunt, la Pologne contribue à renforcer la sécurité financière à l’échelle mondiale. Sur le plan intérieur, le principal défi des responsables politiques demeure la poursuite de l’amélioration des finances publiques, en ramenant notamment le déficit public au-dessous de zéro d’ici à 2016.

Voir www.mf.gov.pl 

Voir http://www.oecd.org/fr/pologne/

© L’Observateur de l'OCDE N˚ 290-291 T1-T2 2012 




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