De nouveaux horizons à explorer

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L’Initiative du vivre mieux de l’OCDE peut influer sur les politiques comme sur la vie des gens. Mais cela dépend aussi de la participation.

Cinq ans après le début de la plus grave crise financière, économique et sociale à laquelle sont confrontés les pays de l’OCDE depuis la création de l’organisation, la crainte de voir se creuser les inégalités transparaît dans les discours politiques. Parallèlement, les citoyens, électeurs et contribuables sont de plus en plus en demande de moyens de mesurer et de répondre à leur aspiration au bien-être, allant au-delà des considérations matérielles pour prendre en compte d’autres dimensions liées à la qualité de vie et à la durabilité.

Dans ce contexte, la décision de l’OCDE de lancer l’Initiative du vivre mieux à l’occasion de son 50e anniversaire se révèle d’autant plus pertinente que les dirigeants cherchent à satisfaire une demande croissante de redéfinition du bien-être et de politiques aptes à concrétiser celui-ci. La mesure étant au coeur d’un tel exercice, nous devons nous demander si nous mesurons bien ce qu’il faut pour rendre compte du bien-être au XXIe siècle. Continuons-nous d’accorder trop d’importance à des indicateurs matériels et individuels de plus en plus éloignés du monde moderne, comme le PIB, élaboré il y a plusieurs décennies ?

L’Initiative du vivre mieux de l’OCDE a été lancée pour que les citoyens soient au coeur de la réflexion sur les questions fondamentales qui définiront les paramètres du paysage post-crise. Cette Initiative s’appuie sur près de dix ans d’études internationales sur la mesure du progrès des sociétés.

Elle se compose de deux éléments principaux : l’Indicateur du vivre mieux, créé en mai 2011, qui permet à chacun de visualiser en ligne le degré de bien-être dans les pays de l’OCDE en fonction de ses propres critères, et un important rapport paru en octobre dernier, intitulé Comment va la vie ?, qui met en parallèle pour la première fois des indicateurs du bien-être comparables à l’échelle internationale et les recommandations du rapport de la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi.

L’Indicateur du vivre mieux est un instrument interactif en ligne qui aide les citoyens à mesurer les résultats des pays en fonction de leurs propres priorités. Il appartient aux internautes de pondérer 11 critères contribuant au bien-être (liens sociaux, éducation, environnement, engagement civique, santé, logement, revenus, emploi, satisfaction à l’égard de la vie, sécurité, équilibre entre travail et vie privée) afin de générer leur propre indicateur du vivre mieux. Une description globale de la qualité de la vie dans chaque pays est également présentée, ainsi que les performances de chaque pays pour les 20 indicateurs qui forment ces 11 critères. Des rapports de l’OCDE librement accessibles et d’autres sources d’information sont également à disposition de ceux qui souhaitent en savoir plus.

Depuis son lancement en mai 2011, l’indicateur a reçu près d’un million de visites de quasiment tous les pays au monde, et est cité en référence au niveau international comme un modèle de présentation des données sur la mesure du bien-être. Une enquête auprès des utilisateurs a permis à l’OCDE d’esquisser ses premières conclusions sur ce qui constitue aujourd’hui le bien-être.

Les utilisateurs publics de ce nouvel indicateur, qui ont accepté de partager leurs résultats, accordent systématiquement la priorité à « la satisfaction à l’égard de la vie », « l’éducation » et « la santé », quel que soit leur pays d’origine.

Il y a également peu de différences entre les sexes, ce qui laisse à penser que les hommes ne viennent pas réellement de Mars et les femmes de Vénus. S’il n’y a pas de différence marquée entre les générations, les plus jeunes (15-34 ans) accordent plus d’importance à « l’équilibre entre travail et vie privée », « les revenus », et « l’emploi », alors que les personnes plus âgées (plus de 65 ans) privilégient « la santé » et « l’environnement ». Dans l’ensemble, « les liens sociaux », « les revenus » et « l’engagement civique » se classent relativement loin derrière.

C’est aux États-Unis, en France, au Canada, en Allemagne et au Royaume-Uni que les internautes ont été les plus nombreux à visiter le site de l’indicateur, mais celui-ci reçoit aussi beaucoup de visites et suscite l’intérêt de pays non membres. Il est intéressant de noter que les opinions sur l’importance relative de tel ou tel critère du bien-être sont globalement similaires dans l’ensemble des pays, ce qui semble indiquer l’existence d’une communauté mondiale – les internautes des pays nordiques ont choisi les trois mêmes critères prioritaires du bienêtre que les pays « du sud ».

L’indicateur du vivre mieux sera étoffé en 2012. Sa couverture géographique sera étendue au Brésil et à la Russie, ce qui donnera au total 36 pays couverts. Il sera également développé en plusieurs langues, avec une version intégralement en français qui devrait marquer le début d’une série de traductions dans d’autres langues ­ élément essentiel au développement de la communauté mondiale des utilisateurs et donc des retours d’information.

Chaque année, l’indicateur du vivre mieux sera enrichi d’autres facteurs importants pour la mesure du bien-être. En réponse aux observations des utilisateurs, de nouveaux indicateurs seront ajoutés en 2012 pour renforcer les critères « éducation », « emploi », « environnement » et « logement ». Les internautes pourront aussi compiler leur indicateur en tenant compte du degré d’égalité entre hommes et femmes pour chaque critère. De même, ils pourront constater d’autres inégalités, par exemple si leur niveau de revenu joue sur leur santé ou leur sens civique.

L’influence de l’indicateur du vivre mieux sur l’élaboration des politiques dépendra de la participation. En gardant cet objectif à l’esprit, nous avons cherché à améliorer l’utilisation du site afin d’encourager la participation et des retours d’information plus immédiats. Les utilisateurs peuvent désormais se comparer directement aux autres, en fonction du lieu, du sexe et de l’âge. Les commentaires et suggestions sont particulièrement bienvenus. Nous avons pu grâce à cela ajouter une fonction qui permet aux journalistes, blogueurs et autres de capturer leur indicateur et de le placer directement sur des sites web et des blogs.

L’indicateur du vivre mieux offre une manière originale à tous ceux qui souhaitent bâtir un monde plus fort, plus sain et plus juste de s’informer et d’agir. Pour le public, cela signifie mieux connaître les politiques et leurs effets sur le bien-être. Pour les dirigeants, il s’agit de mieux comprendre les priorités des citoyens afin d’élaborer des politiques meilleures. Pour l’OCDE, cela suppose de formuler des recommandations qui reflètent plus précisément les préoccupations des citoyens. Il nous appartient d’encourager la participation et le dialogue avec le public afin d’avoir un impact plus profond sur les politiques nécessaires. C’est un nouvel horizon à explorer et une évolution permanente.

Références

Durand, Martine (2012), « Mesurer le progrès : de la boussole au GPS », L’Annuel de l’OCDE 2012, Paris.

L’Observateur de l’OCDE (2011), « De meilleurs indicateurs pour une vie meilleure », n° 284, T1, Paris.

Stiglitz, Joseph (2009), « Progrès ? Quel progrès ? », L’Observateur de l’OCDE n° 272, mars, Paris.

Pour plus d’informations sur la Commission Stiglitz-Sen-Fitoussi, voir www.stiglitz-sen-fitoussi.fr 

©L’Observateur de l'OCDE N˚290-291 T1-T2 2012




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