©Simone D. McCourtie/World Bank

Protéger le travail des femmes

La moitié de la main-d’oeuvre mondiale, soit 1,5 milliard de travailleurs et de travailleuses, occupe des postes vulnérables. Avec la crise, plus de 100 millions de personnes, principalement des femmes, sont venues gonfler les rangs des « travailleurs pauvres », ceux dont le salaire ne suffit pas à satisfaire les besoins essentiels.

La moitié de la main-d’oeuvre mondiale, soit 1,5 milliard de travailleurs et de travailleuses, occupe des postes vulnérables. Avec la crise, plus de 100 millions de personnes, principalement des femmes, sont venues gonfler les rangs des « travailleurs pauvres », ceux dont le salaire ne suffit pas à satisfaire les besoins essentiels.

D’après un important rapport de la Confédération syndicale internationale (CSI) publié en 2011, si hommes et femmes ont souffert à peu près autant de la première phase de la crise, les femmes sont plus nombreuses pendant cette deuxième vague à perdre leur emploi ou à devoir se contenter d’emplois précaires, temporaires et informels. Les femmes sont plus frappées par le chômage, le sous-emploi et la réduction imposée du nombre d’heures travaillées.

Ces remises en question d’avancées chèrement acquises dans les politiques pour l’égalité et contre la discrimination ont de lourdes répercussions sur la vie des femmes. Partout, les mesures d’austérité, les atteintes aux droits syndicaux et les restrictions menacent gravement les droits des femmes et leurs chances dans l’emploi. Les actions contre la discrimination sexuelle, l’inégalité salariale, le harcèlement sexuel et les violences faites aux femmes, ainsi que les mesures en faveur des femmes enceintes, des mères au travail, des aidants et de la santé des femmes, sont de plus en plus souvent critiquées et reléguées au second plan. L’Organisation internationale du travail (OIT) a relevé une augmentation du nombre de plaintes pour discrimination au travail, alors même que des restrictions frappent les organismes d’inspection et que la crise menace de creuser davantage les inégalités. L’OIT souligne aussi qu’aux formes traditionnelles de discrimination, comme l’écart salarial entre hommes et femmes, s’ajoutent maintenant de nouvelles injustices : du fait de leur situation financière précaire, les femmes jeunes, célibataires ou divorcées et migrantes sont les premières victimes du harcèlement sexuel.

En 2009, la première Conférence des femmes de la CSI, qui réunissait 450 déléguées de 102 pays, appelait à une action très ciblée. Rappelant la résolution sur l’égalité hommesfemmes prise à la Conférence internationale du travail (CIT) la même année : « Les crises ne doivent pas servir d’excuse pour accroître les inégalités ou affaiblir les droits acquis par les femmes », elle exhortait aussi à l’application du Pacte pour l’emploi : « maintenir les femmes et les hommes dans l’emploi, soutenir les entreprises, accélérer la création d’emplois et la reprise de l’emploi tout en préservant les systèmes de protection sociale, particulièrement pour les plus vulnérables, et en intégrant la problématique hommes-femmes dans toutes les mesures. » Enfin, elle préconisait d’agir sur différentes fronts : syndicalisation des travailleuses ; négociation collective, dialogue social et égalité hommes-femmes ; justice économique et sociale ; changement climatique et sécurité alimentaire ; normes fondamentales du travail ; représentation des femmes au sein des syndicats.

Depuis lors, ces plans d’action sont déployés, et ce sont surtout les jeunes travailleuses, les travailleuses domestiques et les femmes arabes qui ouvrent la voie, démontrant clairement que les femmes doivent jouer un rôle central dans le syndicalisme et que les travailleurs les plus vulnérables et les plus exploités de l’économie peuvent insuffler le vent de changement dont le monde a besoin – juste hommage à la mémoire d’une femme hors du commun, Nancy Riche, qui fut vice-présidente de la Confédération internationale des syndicats libres et présidente du Comité des femmes (1993-2002), dont la mort en 2011 a endeuillé la CSI.

Après une longue campagne menée par les travailleurs domestiques, notamment migrants, pour la justice, la CSI a rejoint la grande alliance qui a débouché sur la Convention et la Recommandation de l’OIT pour les travailleurs domestiques lors de la CIT de 2011, au coeur de la campagne «Un travail décent, une vie décente pour les femmes». Les emplois domestiques, déconsidérés, souvent occupés par des femmes, sont essentiels pour l’économie ; des cas graves d’exploitation et de maltraitance sont cachés au sein des foyers et des communautés, dont les victimes n’ont quasiment aucun recours. La Convention de l’OIT est une avancée majeure, mais ce sont les prochaines étapes qui seront cruciales. La CSI mène actuellement campagne pour obtenir au moins 12 ratifications en 2012, les déclarations de soutien devant laisser place à l’action.

Lors de la Journée internationale de la femme 2011, des femmes syndicalistes des pays arabes ont lancé le réseau « En marche pour l’égalité » sous l’égide de la CSI et avec le soutien de l’OIT, mobilisation pour la démocratie, la justice sociale, le travail décent et l’égalité hommes-femmes. Leur déclaration réaffirme l’importance de promouvoir les femmes dans tous les secteurs de la société. Leur plan d’action : « les femmes doivent être des acteurs de la transition vers des régimes plus démocratiques et doivent participer à égalité avec les hommes au processus décisionnel vers la démocratie (…), les syndicats de la région doivent renforcer leur engagement pour l’égalité hommes-femmes et la promotion des droits des femmes (…), les quotas demeurent nécessaires pour assurer l’accès des femmes aux organes décisionnels. »

Le projet «Décisions pour la vie de la CSI» s’adresse à des millions de jeunes travailleuses dans le monde, à l’aide de différents outils spécifiques pour les guider dans leurs choix professionnels et familiaux. La CSI le rappelle : « Les adolescentes ont à prendre des décisions déterminantes non seulement pour leur destin individuel, mais aussi pour celui de la société : leurs choix orientent le devenir démographique et économique de la nation. » Le projet «Décisions pour la vie» travaille dans 14 pays en développement dont l’Azerbaïdjan, le Brésil, l’Inde, l’Indonésie et le Zimbabwe. Ce projet, qui cible 10 à 12 millions de jeunes femmes du secteur des services, lequel emploie la majorité des jeunes femmes de 15 à 29 ans, a remporté de grandes victoires tangibles en termes de conditions de travail et de mobilisation. Partout, la motivation et la créativité de jeunes femmes qui s’expriment, dans des circonstances parfois très difficiles, fait renaître la confiance chez les travailleuses. Pour citer l’une d’entre elles : « Ne lâchez pas, battez-vous pour vos droits de travailleurs. Apprenez la législation du travail, respirez-la, vivez-la. Connaissez votre constitution et n’oubliez jamais vos rêves et vos objectifs, quel que soit votre environnement. »

Face à la crise mondiale et à ses retombées, il faut mobiliser l’énergie et la force des jeunes travailleuses, femmes arabes, travailleuses domestiques, de tous ceux qui, dans le monde, souffrent de discrimination et d’exploitation, des exclus du pouvoir et de la décision. À l’échelle internationale, les syndicats démontrent qu’ils peuvent jouer un rôle central en ce sens.

Liens recommandés

Confédération syndicale internationale : www.ituc-csi.org

Voir aussi www.wikigender.org

©L' Annuel de l'OCDE 2012




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016