Diriger par l’exemple

Les efforts de la Turquie dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités de revenu donnent d’excellents résultats. Aujourd’hui, le pays fait figure d’exemple dans la région et au-delà. Le Premier ministre turc, M. Recep Tayyip Erdogan, revient sur ces réussites et sur le rôle du pays dans la coopération internationale.

Il devient de plus en plus évident que la pauvreté et les inégalités de revenu présentent aujourd’hui des risques sérieux pour la paix, la sécurité et la stabilité dans le monde. Il est indéniable que la source des problèmes de sécurité et d’instabilité, de l’Afghanistan jusqu’au Yémen, en passant par la Somalie, est accentuée par la pauvreté.

Nous ne devrions donc pas considérer la lutte contre la pauvreté et les inégalités de revenu comme un problème uniquement social et économique, mais comme un enjeu stratégique. La solution à ces défis d’envergure mondiale ne peut venir que de la coopération de l’ensemble des pays. Bien que des efforts internationaux aient été entrepris en ce sens, leur efficacité n’a été que partielle.

Pour que la lutte contre la pauvreté et les inégalités de revenu soit efficace et obtienne des résultats, une forte détermination politique est nécessaire. Les efforts consentis ne doivent pas être considérés comme des actes de bienfaisance ou de miséricorde. Au contraire : s’attaquer à ces problèmes frontalement répond tout autant à la nécessité urgente de préserver la paix et la stabilité dans le monde qu’à celle d’atténuer – même partiellement – le sentiment d’injustice de millions de personnes qui essaient désespérément de survivre avec un dollar par jour.

Il est également naturel que, dans un monde aujourd’hui devenu « village planétaire », les injustices, les inégalités, les décalages et les polarisations soient plus faciles à voir. La crise financière mondiale apparaît comme un signe manifeste de ces risques. Les désirs hystériques de bénéfices illimités et de consommation ostentatoire, de même que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres, ont des conséquences qui ont secoué l’économie de tous les pays. Si nous ne tirons pas les bonnes leçons de la crise financière mondiale actuelle et ne l’analysons pas correctement, les dommages de ce séisme seront bien pires encore.

La tâche qui nous incombe, en tant que dirigeants, est de faire preuve d’autant de sensibilité et de prudence pour lutter contre les inégalités entre les pays et nations que lorsque nous nous attaquons à nos problèmes internes. Les pays plus avancés ont à cet égard une responsabilité particulière.

Je suis convaincu que la Turquie connaît une réussite exemplaire grâce aux politiques rigoureuses mises en place pour lutter contre la pauvreté et les inégalités, tant à l’intérieur du pays que sur le plan international.

Le développement et la croissance à l’échelle mondiale ne seront possibles qu’à travers un processus participatif, réunissant des mécanismes de coopération Nord-Sud, Sud-Sud et public-privé, ainsi qu’une aide bilatérale, régionale et multilatérale. Pour obtenir une croissance durable, rapide et mieux partagée, il faut renforcer les fondements et les infrastructures économiques ainsi que les capacités de production des pays moins développés.

La Turquie se donne pour mission d’être le porte-parole des pays qui ne parviennent pas à se faire entendre à l’échelle internationale. Nous nous efforçons de tendre la main à ceux qui estiment être en difficulté, en poussant nos capacités au maximum, en mobilisant les ressources de notre administration et en impliquant les organisations de la société civile, quelles que soient leur implantation, leur race, leur langue ou leur religion.

Par son programme officiel d’aide au développement, la Turquie figure en tête des donateurs émergents, selon les statistiques de l’OCDE. La Turquie mène une diplomatie active en faveur du développement, à travers des projets et des programmes d’aide mis en oeuvre dans de nombreux pays. Notre objectif principal est de nous attaquer aux problèmes immédiats de ces pays. Nos actions en matière d’aide sont dictées par notre volonté d’emporter l’adhésion des populations et non par des intérêts commerciaux et économiques.

La Turquie a accueilli la Conférence des Nations unies sur les pays les moins développés en 2011 et nous sommes déterminés à accompagner la mise en oeuvre du Plan d’action d’Istanbul. D’importants travaux sont en cours pour activer le programme de coopération économique et technique que nous avons annoncé lors de la conférence. Nous prévoyons d’apporter chaque année environ 200 millions de dollars à ces pays, dans des domaines variés, du commerce à l’enseignement, en passant par l’agriculture et l’énergie. Notre objectif est d’accroître nos investissements directs dans ces pays jusqu’à 5 milliards de dollars d’ici 2015, et 12 milliards d’ici 2020.

Si la Turquie cherche à mener la lutte contre les inégalités dans le cadre d’actions internationales, elle donne également l’exemple par ses initiatives nationales. Nous allons poursuivre le processus de reconstruction sociale mis en place à travers des politiques sociales très strictes visant à lutter contre la pauvreté dans le pays. Nous soutenons des projets qui vont permettre de générer des revenus et de diversifier les activités économiques des populations pauvres, et nous encourageons également l’entrepreneuriat dans les régions rurales et moins développées.

En particulier, des réformes en faveur des groupes à faible revenu dans les domaines de l’éducation, de la santé et de l’emploi jouent un rôle important dans la réduction des inégalités de revenu.

Alors qu’auparavant, 136 000 Turcs vivaient avec moins de 30 dollars par mois, plus personne n’était dans cette situation en 2009. Les 2 millions de personnes qui vivaient avec moins de 65 dollars par mois n’étaient plus que 159 000 en 2009. Nous avons réussi à réduire le nombre de personnes dont le revenu mensuel est de 129 dollars, de 20 millions en 2002 à 3 millions en 2009. L’objectif est qu’il n’y ait plus personne vivant avec moins de 65 dollars par mois en 2015, et d’éradiquer la pauvreté absolue d’ici 2023. En atteignant ce but, nous aurons accompli des progrès majeurs et acquis une grande expérience de la lutte contre la pauvreté.

La pauvreté et l’inégalité de répartition des revenus sont progressivement éliminées grâce à des politiques en faveur de la croissance durable, de l’emploi, de la main-d’oeuvre, de l’éducation et de la santé. Nous veillons à ce que certains groupes vulnérables au risque d’isolement social, comme les femmes, participent à la vie économique et sociale et voient leur niveau de vie augmenter.

La transformation structurelle que notre gouvernement a apportée à l’économie et les réformes qu’il a lancées renforcent le pays. La crise mondiale a été un test pour nous, une épreuve à laquelle notre économie a résisté. La Turquie joue un rôle actif dans toutes les décisions du G20. Grâce aux politiques cohérentes et fermes qui ont été mises en place, la Turquie est félicitée et citée en exemple dans les cercles économiques et financiers mondiaux. À travers des mesures ciblées et raisonnables, nous avons réussi à résister à l’impact de la crise mondiale sur l’économie nationale. La Turquie a été l’une des rares économies à repartir à la hausse très rapidement après 2009 et a enregistré une progression du PIB de 8,9 % en 2010, le taux le plus élevé des pays membres de l’OCDE.

Sous l’effet de politiques gouvernementales rigoureuses et largement approuvées par la population, et grâce à ses performances économiques, son dynamisme, la richesse de ses ressources humaines et sa productivité, la Turquie fait figure d’exemple au niveau mondial dans la lutte contre la pauvreté et l’inégalité des revenus. Face à l’instabilité sociale et économique mondiale actuelle, les réussites de la Turquie apparaissent d’autant plus éclatantes. Pour s’assurer que ces progrès sont durables, nous sommes déterminés à poursuivre nos efforts dans les années à venir.

En conclusion, je voudrais souligner que la réussite de la Turquie et nos efforts pour garantir à tous nos citoyens une vie décente et réduire les inégalités de revenu sont autant une source de fierté pour notre peuple que d’inspiration au-delà de nos frontières.

Liens recommandés

Présidence de la République de Turquie : www.tccb.gov.tr/pages

Voir aussi www.oecd.org/turquie

©L’Annuel de l’OCDE 2012




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