L’heure du changement

Danilo Türk ©OCDE

Le cycle actuel de 30 ans de déréglementation et de croyance absolue en la « main invisible » du marché touche à sa fin. Cette évolution intervient au milieu d’une grave crise économique et financière qui est souvent comparée à la Grande dépression des années 1930. Les tensions sociales s’étendent.

Le temps presse. Les responsables politiques doivent se mettre d’accord sur de réelles solutions s’ils souhaitent éviter le désastre. L’Union européenne devra décider de la voie à suivre pour renforcer l’intégration en matière budgétaire et mettre au point des instruments pour résoudre la crise de la dette. Les États-Unis devront trouver des moyens de stimuler la croissance et de créer de nouveaux emplois, ce qui va probablement les amener à s’écarter de la croyance en un effet magique des baisses d’impôts pour adopter une approche plus équilibrée de la politique économique. Des deux côtés de l’Atlantique, les responsables politiques devront s’accorder sur les moyens de maîtriser le secteur financier. Le dénominateur commun de toutes ces contraintes politiques est la régulation.

Il est évident que l’économie mondialisée nécessite un suivi et une régulation complexes, surtout dans le secteur financier, afin de favoriser la mise en place d’un cadre suffisamment stable et fiable pour le développement futur. Les responsables politiques devront donc penser et agir dans un cadre mondial et trouver des dispositifs de régulation mondiaux qui impliquent la Chine et les autres principaux acteurs économiques.

Il s’agit certes d’une gageure. Outre sa difficulté intrinsèque, cette nouvelle approche nécessite deux évolutions fondamentales de la philosophie politique et économique. La première se rattache à la conception du rôle de l’État. Depuis des décennies, l’orientation de la pensée économique dominante a consisté à suspecter le rôle de l’État, perçu comme une menace pour la liberté économique et pour la liberté humaine.

Toutefois, le marché ne constitue pas un substitut au rôle régulateur de l’État. Le moment est venu de reconnaître que l’État n’est pas seulement un pouvoir organisé qui doit être contrôlé afin de préserver l’espace de la liberté humaine et du développement, mais aussi une source essentielle de légitimité, ce que le marché n’est pas et ne peut pas être. Bien géré, l’État représente également une force considérable au service de l’intérêt général, et surtout, il est seul à disposer de l’autorité réglementaire nécessaire pour mettre en place un système assez largement accepté de dispositions dans le cadre desquelles le développement peut advenir.

Le second changement important et particulièrement nécessaire porte sur l’interprétation des notions de prospérité, de développement et de qualité de vie. Il est peu probable que les sociétés riches renouent avec des taux de croissance élevés. Pour elles, le PIB ne sera plus l’indicateur réel de la prospérité et du développement, et encore moins de la qualité de vie. Les solutions qu’il est nécessaire de trouver relèvent d’une meilleure viabilité écologique, d’une amélioration des services, et des progrès technologiques qui les rendront possibles. Des activités humaines qui n’apparaissent pas encore dans la croissance du PIB pourraient receler de nouveaux emplois. Cela oblige à repenser complètement le développement des sociétés les plus prospères et les plus avancées. En même temps, il faudra que les États et économies en développement continuent à mettre l’accent sur les moyens d’éradiquer la pauvreté et, par conséquent, sur des taux de croissance élevés mesurés à l’aune du PIB.

Il est bien normal que l’OCDE, organisation qui regroupe les pays les plus avancés et les plus riches du monde, s’intéresse aux questions fondamentales de la prospérité, du développement et de la qualité de vie. Cela implique d’accorder une attention particulière aux problèmes difficiles du chômage des jeunes ainsi qu’aux schémas de développement fondés sur les petites et moyennes entreprises. Il est de plus en plus communément admis que ces priorités doivent être replacées dans le contexte plus large d’une remise en cause fondamentale du développement. Des instruments appropriés doivent être conçus pour faciliter l’évaluation du progrès, de la prospérité et du développement.

Que faut-il mesurer ? Il est fondamental que nous évaluions les objectifs que nous nous efforçons d’atteindre et que nous poursuivions les objectifs que nous nous efforçons d’évaluer. En d’autres termes, un consensus sur ce que nous évaluons constituera une part importante de la vision de notre développement futur. C’est pourquoi les travaux effectués par l’OCDE pour élaborer l’indice « Vivre mieux » ont été aussi importants. Ils font apparaître un changement d’orientation notable de la conception du développement – de la production économique à la prospérité au sens large, de la consommation au bien-être.

La publication de l’indice « Vivre mieux » en 2011 est un grand pas en avant. Elle fournit aux gouvernements, aux chercheurs et aux représentants de la société civile un instrument permettant de définir leurs objectifs et leurs préférences en matière de développement, ce qui permet ensuite de concevoir des politiques publiques plus appropriées. Cependant, là encore la fonction de régulation de l’État sera d’une importance essentielle. Les politiques nécessitent un cadre normatif que seuls les États peuvent fournir. L’heure du changement est arrivée.

Liens recommandés

Bureau du Président de la Slovénie : www.up-rs.si/eng

Voir aussi www.oecd.org/slovenie 

©L' Annuel de l'OCDE 2012




Données économiques

PIB +0,7% T2 2017
Échanges exp +1.4% ; imp +1.7% T1 2017
Inflation annuelle 2,3% septembre 2017
Chômage 5.7% septembre 2017
Mise à jour: 14 nov 2017

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