Incertitudes énergétiques

Maria van der Hoeven ©OCDE

En 2012, les marchés de l’énergie, comme l’économie en général, sont caractérisés par une grande incertitude. Les problèmes macroéconomiques mondiaux de 2011 ont détourné l’attention de la politique énergétique, et il pourrait en aller de même cette année.

Cela pourrait freiner les progrès en cours, en particulier dans la mesure où les émissions de carbone ont atteint depuis quelques mois des niveaux sans précédent, où l’efficacité énergétique se détériore et où les prix du pétrole restent élevés.

Dans les périodes d’incertitude économique, un volet de la politique énergétique reste une priorité : la sécurité énergétique. C’est le cas tant pour les économies qui s’efforcent d’éviter la récession que pour celles dont l’expansion rapide s’accompagne d’une consommation croissante d’énergie. Des événements récents comme les troubles en Afrique du Nord et au Moyen- Orient ou l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima ont encore avivé les préoccupations, comme en a témoigné la réunion ministérielle de l’Agence internationale de l’énergie d’octobre 2011 à Paris. Les ministres de l’énergie des 28 pays membres de l’AIE, de ses sept pays partenaires (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde, Indonésie, Mexique et Fédération de Russie) et des deux pays en voie d’adhésion (Chili et Estonie) se sont réunis à cette occasion pour réfléchir aux questions les plus urgentes. La sécurité énergétique s’y est trouvée au premier rang des priorités.

Étant donné que la croissance économique et l’augmentation de la demande d’énergie viennent essentiellement des marchés émergents, où la pauvreté énergétique reste préoccupante, certains des principaux acteurs du secteur, qui gagnent en importance, ont pour priorité d’améliorer l’accès à l’énergie certains des principaux acteurs du secteur, qui gagnent en importance, ont pour priorité d’améliorer l’accès à l’énergie. La forte participation à la grande conférence d’Oslo sur ce thème, en octobre dernier, témoignait de la préoccupation croissante suscitée par l’accès à l’énergie, et un passage du World Energy Outlook (WEO) 2011 (publié lors de la conférence), spécialement consacré à ce défi, en souligne la gravité. Des investissements de 40 milliards de dollars par an, soit environ cinq fois ceux de 2009, seront nécessaires pour assurer l’accès universel à des services énergétiques modernes en 2030.

Sur le marché pétrolier, la demande — tirée par les pays non-membres de l’OCDE — continue de croître, d’où une baisse des stocks de pétrole, risquant de faire persister le niveau élevé des prix en 2012. L’incertitude économique pèse sur les estimations de la demande en 2012, et certains risques subsistent du côté de l’offre, sur la date du retour au plein régime de la production libyenne, par exemple. Des marchés pétroliers sous tension ne réagissent pas bien aux chocs, même faibles, aussi l’année 2012 risque-t-elle de se révéler mouvementée.

Cependant, la plus grande inquiétude concerne la possibilité que ces incertitudes, conjuguées au changement de priorités de la dépense publique, découragent ou retardent des investissements à court terme, essentiels pour répondre à la demande énergétique croissante à moyen et à long terme. Le WEO 2011 présente notamment un scénario de report des investissements au Moyen- Orient et en Afrique du Nord, qui analyse les conséquences d’une réduction d’un tiers de l’investissement en 2012, suivie d’un retour progressif à la normale sur plusieurs années. Le résultat en serait une envolée du prix du pétrole jusqu’à 150 dollars le baril, voire plus, dans cinq ans.

Quant au gaz, les questions soulevées par le transit à la périphérie de l’Europe restent cruciales. De plus, sur le marché mondial, l’augmentation de l’offre de gaz naturel liquéfié risque de faiblir en 2012, entraînant un regain de tensions sur ce marché. Aux États-Unis, toutefois, la révolution actuelle du gaz de schiste devrait continuer à changer la donne à court terme. Le gaz jouera sans aucun doute un rôle important dans le mix énergétique des prochaines décennies, et il y a de bonnes raisons de penser que nous entrons dans l’« âge d’or du gaz ». Cependant, des problèmes environnementaux ou autres pourraient faire échouer la révolution du gaz de schiste aux États-Unis et dans d’autres pays. L’adoption de règles et de normes très strictes dans le secteur gazier contribuerait à prolonger cet âge d’or.

Les incertitudes concernant les facteurs de changement dans le marché de l’énergie ne se limitent pas au gaz. La part du charbon dans le parc électrique chinois, ainsi que le développement des énergies renouvelables, dépendront d’un solide engagement des pouvoirs publics et des progrès technologiques dans les années à venir. Par ailleurs, les marchés européens de l’énergie devront faire face aux conséquences du moratoire allemand sur le nucléaire imposé après Fukushima. Dans des conditions normales, le parc électrique devrait être en mesure de répondre aux besoins, mais il pourrait atteindre ses limites en cas d’hiver froid peu venteux. De plus, une hausse des prix de l’électricité est fort probable, ainsi qu’une augmentation de la consommation de combustibles fossiles et des émissions de CO2.

Ces incertitudes à court terme n’augurent pas bien de l’atténuation du changement climatique, et soulignent la nécessité de politiques audacieuses. L’année 2012 est la dernière de la première période d’engagement prévue par le Protocole de Kyoto. Dans les pays concernés, les autorités et les industriels devront finaliser les plans élaborés pour atteindre leurs objectifs d’émission, et les marchés du carbone constituent une solution à cet égard. Des bourses du carbone apparaissent, par exemple en Australie, et au milieu de la décennie peutêtre en Chine, signe encourageant qui porte à croire que des économies importantes — et grosses émettrices — suivront l’exemple de l’Europe. Mais les marchés du carbone ne sont pas épargnés par la tourmente économique générale, et le prix du carbone doit être suffisant pour peser sur les grandes décisions d’investissement.

La tarification du carbone, sous diverses formes, sera néanmoins essentielle pour promouvoir l’efficacité énergétique et les technologies nouvelles. Ces incitations et d’autres, comme les tarifs flexibles de rachat garantis, nécessiteront, dans un tel climat d’incertitude, une solide volonté politique.

Les chances d’atteindre les objectifs visant à limiter la hausse de la température mondiale à 2°C s’amenuisent fortement et, si nous poursuivons ainsi, il ne restera plus aucune marge d’émission de carbone par le secteur de l’énergie en 2017. Afin de rester sur la trajectoire des 2°C, tous les investissements énergétiques ultérieurs devront être neutres en carbone. Le WEO 2011 montre également qu’en reportant l’action, nous réalisons de fausses économies : pour chaque dollar non investi dans des technologies plus propres avant 2020, il faudra dépenser 4,3 dollars supplémentaires après 2020 pour compenser l’augmentation des émissions. Plus vite nous nous attellerons à la tâche, plus facile et moins coûteuse elle sera. 2012 sera donc une année cruciale.

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