De la Révolution industrielle à une révolution verte

© Crack Palinggi/Reuters

La continuité de nos sociétés et la durabilité de notre planète ne seront assurées que si nous parvenons, collectivement, à résoudre les multiples difficultés majeures engendrées par les changements dus à la Révolution industrielle. 

De fait, pour transformer ces défis en opportunités, une autre révolution est nécessaire. Et les armes de cette révolution contemporaine devront être vertes.

En deux siècles, depuis la Révolution industrielle, le revenu mondial par habitant a été multiplié par plus de dix et la population mondiale par six. Les conditions de vie de millions de personnes se sont améliorées et les sociétés du monde entier ont bénéficié de transformations positives. Ces progrès ont été permis par un modèle de croissance quantitatif, à forte intensité factorielle et basé sur la consommation de combustibles fossiles.

Malheureusement, faute de tenir suffisamment compte des considérations écologiques, ce modèle a aussi engendré une transformation bien différente : le changement climatique, qui représente le plus grand défi de notre époque, tout à fait réel et d’une urgence extrême. Les Nations unies estiment que neuf catastrophes sur dix sont maintenant liées au climat. Entre 1991 et 2005, près de 3,5 milliards de personnes ont été victimes de telles catastrophes, dont 90 % résidaient dans des pays en développement.

De plus, des anomalies climatiques ont fortement amplifié les problèmes connexes dus à notre quête obstinée de croissance : dégradation généralisée de l’environnement et appauvrissement du précieux patrimoine mondial que constituent l’air pur, l’eau, la terre et les ressources énergétiques. Pourtant notre appétit pour les combustibles fossiles reste insatiable. En 2010, le pétrole et le charbon ont totalisé 63,2 % de la consommation énergétique mondiale. Aussi les concentrations atmosphériques des gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, continuent-elles d’augmenter.

Vient ensuite l’économie. L’actuelle crise de la dette européenne compromet nos espoirs de surmonter la brutale crise financière mondiale de 2008. Ailleurs, la croissance marque le pas ou ne parvient pas à créer suffisamment d’emploi. Les inégalités de croissance se sont matérialisées par des soulèvements populaires dans les pays développés occidentaux. Bref, la double menace du changement climatique et du déclin économique a dévoilé les limites de l’ancien modèle de croissance.

La plupart d’entre nous connaissent déjà la solution : la croissance verte, un cadre inclusif mettant fin à l’opposition entre économie et environnement, conciliant les aspirations à la croissance économique et à la durabilité environnementale et climatique. Dans ce cadre, les idées innovantes et les investissements en nouvelles technologies de pointe transforment le changement climatique et les crises énergétique et financière en opportunités de croissance retrouvée et durable. Cette croissance verte requiert de nouvelles normes, aussi bien pour les politiques publiques que pour les stratégies des entreprises.

Heureusement, plusieurs pays montrent la voie. La « Nouvelle donne verte » de la Corée, dotée de 38,1 milliards de dollars, associe des mesures de relance budgétaire à court terme et des mécanismes favorables à une croissance verte à long terme. Depuis 2008, les 30 groupes industriels du pays ont investi dans les secteurs verts plus de 15 100 milliards de wons, soit environ 13,5 milliards de dollars, créant de nouveaux emplois verts. Au total, les investissements de la Corée dans la croissance verte représentent 2 % de son PIB annuel.

Outre qu’il réserve aux investissements verts 140 des 586 milliards de dollars du programme de relance budgétaire, le 12e plan quinquennal chinois (2011-15) consacre une section entière au « développement vert ». De fait, les plans ambitieux de la Chine en matière d’énergies renouvelables contribuent fortement à l’essor de la part de ces énergies dans la production énergétique mondiale totale, part qui a progressé de 15,5 % en 2010. Le Brésil, le Danemark, les États-Unis, le Japon, le Mexique et d’autres pays ont lancé des initiatives analogues. Il est cependant trop tôt pour crier victoire. Alors que s’impose le nouveau paradigme de la croissance verte, les subventions aux combustibles fossiles ont néanmoins atteint à l’échelle mondiale 409 milliards de dollars en 2010, soit près de 100 milliards de dollars de plus qu’en 2009. Par conséquent, il nous faut continuer de remodeler les cadres réglementaires pour mieux tenir compte des coûts écologiques et des prix du carbone. Parallèlement, il faut renforcer les incitations de marché susceptibles de stimuler les investissements dans les technologies, les biens et les services verts.

Pour satisfaire ces exigences, il est essentiel de faire appel aux ressources des secteurs aussi bien public que privé, en renforçant les partenariats public-privé pour la croissance verte. Il convient notamment que les politiques publiques guident les décisions d’investissement privées, et que des fonds publics limités soient consacrés à mobiliser des quantités beaucoup plus importantes de capitaux privés.

De surcroît, la croissance verte doit devenir un effort mondial et partagé. Si nous sommes tous affectés par le changement climatique, par-delà les frontières nationales, ses effets ne nous touchent pas tous de la même façon. Les pays en développement sont les plus vulnérables, et l’adaptation au changement climatique leur coûtera des dizaines de milliards de dollars par an, selon les estimations. Toutefois, les perspectives de croissance verte sont considérables dans les pays en développement dont l’infrastructure économique n’est pas encore entièrement dépendante des activités à forte intensité de carbone. Par exemple, trouver des solutions alternatives à la déforestation tropicale, qui intervient essentiellement dans les régions en développement et représente quelque 20 % des émissions mondiales de carbone, peut engendrer de multiples avantages et notamment freiner les émissions, stimuler la résilience climatique et élever le niveau de vie des populations.

Il est dont essentiel que les compétences techniques et le savoirfaire analytique et institutionnel en matière de croissance verte soient efficacement partagés avec les pays en développement. C’est ce qui a motivé la création en 2010 du Global Green Growth Institute (GGGI), basé à Séoul. Le GGGI travaille avec le Brésil, le Cambodge, l’Éthiopie, les Émirats arabes unis, l’Indonésie, le Kazakhstan et d’autres pays pour élaborer des plans de croissance verte détaillés et centralisés applicables à l’échelle régionale ou nationale, ainsi que des initiatives sectorielles décentralisées ciblant de manière stratégique les activités à forte intensité de carbone.

En diffusant les outils permettant aux pays en développement d’élaborer une stratégie de croissance verte adaptée, le GGGI joue un rôle moteur dans l’initiative mondiale sur la croissance verte. Il partage ce rôle avec des pays donneurs comme l’Allemagne, le Danemark, les Émirats arabes unis et le Japon, tandis que l’OCDE est un partenaire important parmi des institutions publiques et privées comme la Banque mondiale, la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie et le Pacifique, la Banque africaine de développement, le Forum économique mondial et Danfoss.

Une coopération mondiale associant pays développés et en développement, secteurs public et privé, sèmera les germes d’une révolution verte qui nous permettra de transformer les défis en opportunités et nous engagera sur la voie de la durabilité.

Lien recommandé

Global Green Growth Institute : www.gggi.org

Voir aussi www.oecd.org/environnement et www.oecd.org/croissanceverte

© L' Annuel de l'OCDE 2012




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016