Consolider les compétences

Dans la compétition entre économies avancées, il est crucial d’avoir une main-d’oeuvre qualifiée. Mais comment les travailleurs peuvent-ils s’adapter à l’évolution très rapide des marchés du travail ? La Stratégie de l’OCDE sur les compétences, qui sera lancée en mai prochain parallèlement à une vaste étude sur les compétences des adultes, propose des solutions. 

Le chômage atteint des niveaux record dans les pays développés. Or, en 2009, tandis que la crise économique battait son plein, plus de 40 % des employeurs en Australie, au Japon, au Mexique et en Pologne déclaraient éprouver des difficultés à trouver les travailleurs possédant les compétences adéquates. Parallèlement, un tiers des travailleurs se considèrent surqualifiés pour le poste qu’ils occupent, alors que 13 % d’entre eux estiment qu’ils ne le sont pas assez.

L’équilibre entre les secteurs d’emploi et les compétences exigées par ces secteurs s’est modifié au cours des cinquante dernières années. Que ce soit dans l’industrie lourde, les services ou les technologies intelligentes, les emplois traditionnels comme les nouveaux emplois exigent des travailleurs plus qualifiés. Les besoins des employeurs en compétences spécifiques évoluent constamment, et sont par conséquent difficiles à anticiper.

Depuis les années 1980, la majorité des pays s’emploie à accroître la proportion des diplômés de l’enseignement secondaire qui entament un cycle d’enseignement postsecondaire et supérieur. Des niveaux d’instruction plus élevés sont généralement associés à des taux de chômage plus faibles et à des revenus plus importants. À l’inverse, il est coûteux pour les gouvernements de prendre en charge des individus peu qualifiés, qu’ils soient au chômage ou sous-employés.

La tâche n’est pas aisée. Même dans les pays les plus avancés économiquement, une grande proportion de la population adulte est faiblement alphabétisée. D’après l’Enquête internationale sur la littératie des adultes, entre un quart et trois quarts des adultes ne disposent pas des compétences nécessaires pour répondre aux exigences du monde moderne. L’Enquête sur la littératie et les compétences des adultes, révèle quant à elle qu’en général, les individus possédant de faibles compétences de base en lecture, écriture, calcul et résolution de problèmes tendent à être économiquement défavorisés au cours de leur vie.

En période de crise économique, même les travailleurs qualifiés sont vulnérables. La sous-utilisation des compétences – qu’elle repose sur une inadéquation entre les compétences des employés et celles requises par le poste ou sur une exclusion totale des travailleurs du marché du travail – représente un gaspillage des ressources qui ont été investies pour forger ces compétences. Pire encore, toute compétence non utilisée risque de se dévaloriser, voire de disparaître.

Face aux aléas du marché du travail, tous les travailleurs, quel que soit leur niveau d’instruction, doivent être prêts à acquérir de nouvelles compétences et à s’adapter à l’évolution de la demande. Les jeunes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail seront sûrement amenés à changer d’employeurs, voire de postes, plusieurs fois au cours de leur vie professionnelle (qui sera plus longue). Ils doivent être capables de gérer l’incertitude et le changement, tout en étant productifs dans un contexte de plus en plus concurrentiel. En plus des compétences professionnelles, ils doivent posséder des compétences plus générales dans les savoirs de base (lecture, écriture, calcul), la résolution de problèmes et le raisonnement analytique, mais aussi les qualités relationnelles, l’aptitude à travailler en équipe, la capacité à utiliser les technologies de l’information et de la communication et, tout simplement, la capacité à apprendre. Par conséquent, les politiques publiques de l’éducation devront être ajustées pour mettre l’accent sur l’apprentissage tout au long de la vie, en plus de la formation, au cours des années de scolarité obligatoire.

Plus globalement, les gouvernements doivent adapter l’offre de compétences à la demande. Pour les éclairer sur la marche à suivre, l’OCDE lancera en mai 2012 sa Stratégie sur les compétences. Celle-ci a pour objectif d’aider les gouvernements à évaluer et améliorer la conception et la mise en oeuvre de leurs politiques nationales relatives à l’offre et à la demande de compétences.

Cette stratégie s’appliquera à l’ensemble de l’administration et associera les ministères de l’Éducation, de l’Immigration, de la Famille, de la Science et de la Technologie, ainsi que de l’Emploi. Les syndicats, organisations d’employeurs, chambres de commerce, organisations non gouvernementales, universités et autres entités concernées sont également associés à l’élaboration de cet instrument d’action rentable et pragmatique.

La Stratégie s’appuiera sur des données provenant de sources éprouvées et fiables de l’OCDE, telles que le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), qui évalue le niveau d’acquisition, par des élèves de 15 ans du monde entier, des connaissances et des compétences nécessaires pour s’intégrer pleinement dans les sociétés modernes. Elle s’inspirera également d’une nouvelle étude majeure, le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (connu sous l’acronyme anglais PIAAC), qui mesure le niveau et la répartition des compétences, avant tout professionnelles, chez les adultes.

Le PIAAC, dont la première série de résultats sera publiée en 2013, est l’enquête internationale la plus complète jamais menée sur les compétences des adultes. Elle s’appuie sur des entretiens menés dans 26 pays participants auprès de quelque 5 000 adultes de 16 à 65 ans. Menés entre fin 2011 et début 2012, ces entretiens visent à déterminer le niveau de competences des personnes interrogées, ainsi que l’usage qu’elles en font dans les cadres professionnel et privé. L’évaluation est axée sur la résolution de problèmes dans des environnements à forte composante technologique, ainsi que sur les savoirs fondamentaux en écriture, lecture et calcul, notamment la reconnaissance des mots, le vocabulaire et l’aisance linguistique.

Ces projets ambitieux sont nécessaires. S’ils parviennent à instaurer un cadre à l’élaboration et à la mise en oeuvre de mesures permettant d’exploiter au mieux le capital humain de chaque pays et de favoriser le développement des compétences individuelles, il s’agira déjà d’une belle réussite. 

OCDE (2011), Élaborer une stratégie en faveur des compétences, Paris, voir : www.oecd.org/education/SkillsStrategy

OCDE (2010), “The OECD Programme for the International Assessment of Adult Competencies”, brochure, Paris. Voir www.oecd.org/PIAAC

Voir aussi : 

www.oecd.org/education-fr

Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA)

©L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011




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