L’urgence de l’emploi : un enjeu mondial à haut risque

Président, AFL-CIO ; Président, Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC)

R.Trumka OECD

La dernière phase de la crise économique crée un dilemme : de nombreux gouvernements jugent nécessaire d’entrer dans une phase d’austérité budgétaire, tandis que le chômage demeure intolérablement élevé, une combinaison risquée. Richard Trumka, Président de l’AFL-CIO, plaide pour une voie alternative. 

L’été dernier, l’économie mondiale est entrée dans une nouvelle phase dangereuse, alors que la croissance s’est ralentie dans la quasi-totalité des pays, que la reprise a stagné dans les pays avancés et que de nouveaux risques financiers sont apparus, principalement en Europe. Pendant ce temps, plus de 200 millions de travailleurs dans le monde sont restés sans emploi, soit 27 millions de plus qu’en 2008. La crise menace maintenant de pousser quelque 84 millions de travailleurs vers l’extrême pauvreté.

Le ralentissement de la croissance, le chômage, la pauvreté croissante et les inégalités menacent la reprise, fragilisent le potentiel de croissance à long terme et augmentent sensiblement le risque d’instabilité sociale et politique. Avec la crise de la dette européenne, le chômage représente aujourd’hui la plus forte menace pour la reprise.

Rien qu’aux États-Unis, 25 millions de travailleurs sont actuellement privés d’emploi ou recherchent un emploi à temps plein. Un homme sur cinq en âge de travailler est pour le moment sans emploi, au chômage ou exclu de la population active. La stagnation des salaires, conjuguée au manque d’emplois, fait que la rémunération réelle des hommes est inférieure de 28 % à son niveau de 1969. Et le revenu des ménages a reculé de près de 10 % depuis le début de la crise. L’inégalité économique se situe maintenant à des niveaux inconnus depuis la Crise de 1929.

Avant le sommet du G20 à Cannes en novembre 2011, le Fonds monétaire international et l’OCDE ont fortement revu à la baisse leurs prévisions de croissance globale. Ces deux institutions estiment qu’il faudrait créer, d’ici 2015, 21 millions d’emplois chaque année rien que pour retourner aux taux d’emploi d’avant la crise. Or, la croissance mondiale actuelle est bien trop faible pour permettre ces créations d’emplois.

Étant donnée cette urgence, les gouvernements ne peuvent appliquer des mesures d’austérité draconiennes au détriment du financement de la création d’emplois et des programmes de protection sociale. Chaque pays doit se doter d’un plan à moyen terme d’équilibre budgétaire, et certains pays doivent prendre des mesures immédiatement. Mais de nombreux pays ont une marge de manoeuvre budgétaire pour remettre au travail nos concitoyens et réduire la charge de la dette nationale en stimulant la croissance.

La hausse du chômage a particulièrement frappé les jeunes. Avec le chômage de longue durée, le fort taux de chômage des jeunes menace d’affaiblir durablement le potentiel de croissance à long terme des pays. Or, une plus forte croissance est nécessaire pour la création d’emplois, mais le développement de l’emploi est aujourd’hui également indispensable pour soutenir la reprise et favoriser la croissance à long terme.

Les syndicats mondiaux en appellent aux dirigeants pour qu’ils réagissent vigoureusement face à une reprise mondiale vacillante, et envoient un signal fort de confiance aux familles de travailleurs, en rompant le cercle vicieux de la précarité de l’emploi, de la baisse des salaires et de l’érosion de la protection sociale.

À Cannes, nous avons demandé aux dirigeants d’adopter un plan en quatre points pour les emplois et la reprise, qui façonne également un monde d’après crise plus solide économiquement, plus équilibré, plus juste et plus durable. Dans le premier point de ce plan, nous avons appelé les dirigeants à respecter leur engagement de Pittsburgh de « placer les emplois de qualité au coeur de la reprise », en fixant des objectifs d’emploi différenciés mais coordonnés pour tous les pays du G20, dans le cadre du Processus d’évaluation mutuelle. Cela impliquerait un soutien budgétaire coordonné pour le perfectionnement de la population active et un investissement dans les infrastructures, le tout soutenu par des politiques monétaires adaptées.

Deuxièmement, les dirigeants doivent transformer le programme de politiques structurelles pour renforcer les institutions du marché du travail, les partenariats sociaux, la négociation de conventions collectives, le respect de normes minimum du travail et le soutien aux travailleurs à faible revenu, afin de réduire la pauvreté et les inégalités.

Troisièmement, les dirigeants doivent avancer sur les conclusions de la réunion des ministres du travail du G20 pour établir une couverture sociale minimum universelle. Nous avons recommandé aux dirigeants de suivre les orientations proposées par le Groupe consultatif sur le socle universel de protection sociale, présidé par Michelle Bachelet, avec des financements adéquats correspondant au niveau de développement économique des pays.

Enfin, nous avons demandé aux dirigeants de mettre rapidement en oeuvre des réformes du secteur financier, décidées mais jamais réellement appliquées, pour restructurer les groupes financiers trop importants pour faire défaut, et établir une taxe mondiale sur les transactions financières afin d’aider à financer la reprise et contribuer à payer de nouveaux programmes sociaux et environnementaux.

Pour appliquer ce plan, nous avons enjoint aux dirigeants de rajouter la protection sociale au groupe de travail du G20 sur l’emploi créé par les ministres du Travail. Ce groupe aiderait à élaborer, suivre et coordonner les politiques structurelles du marché du travail pour assurer une reprise riche en emplois, enrayer la baisse des salaires et réduire la pauvreté et les inégalités. Il serait étayé par l’Organisation internationale du travail (OIT) et l’OCDE, en concertation avec les partenaires sociaux. Des progrès ont été accomplis lors du sommet du G20, avec l’adoption du Plan d’action de Cannes pour la croissance et l’emploi. Mais pour restaurer la confiance des citoyens, les dirigeants mondiaux doivent agir ensemble et s’attaquer résolument au problème urgent de l’emploi s’ils espèrent bâtir une économie mondiale plus solide, plus juste et plus durable.

www.aflcio.org

Voir aussi : 

Plan d'action de Cannes pour la croissance et l'emploi 

OIT : Pacte mondial pour l'emploi

G20 : Emploi et dimension sociale de la mondialisation 

© L'Annuel de l'OCDE 2012




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