Modèle financier

Entretien avec Cassio Antonio Calil, Président de JP Morgan’s Asset management Unit, Brésil

REUTERS/Paulo Whitaker

L’expansion du secteur financier au Brésil témoigne du positionnement du pays comme l’un des marchés émergents les plus lucratifs au monde. 

Au Brésil, le secteur bancaire a connu un essor de 317 % en 2005-2010, contre 244 % en Russie et 155 % en Chine au cours de la même période*. Quant au marché boursier brésilien, il crève le plafond : la valeur des échanges est passée de 400 milliards de réals brésiliens en 2005 à plus de 1 600 milliards en 2011. Face aux incertitudes économiques mondiales, le Brésil pourra-t-il tenir ce rythme, et cela est-il souhaitable ?

Cassio Antonio Calil se dit optimiste quant aux perspectives du pays. En tant que Président de l’unité de gestion des actifs de JP Morgan au Brésil, il est chargé de développer les fonds communs de placement, les fonds spéculatifs et les activités de banque privée de l’établissement. Il applaudit la décision du gouvernement de laisser davantage d’espace aux emprunteurs privés, notamment les entreprises, en mettant fin à l’« effet d’éviction » provoqué par les emprunts d’État massifs, qui ont porté les taux d’intérêt à des niveaux prohibitifs.

En desserrant l’étau pour les investisseurs, le gouvernement a aiguisé leur appétit pour le risque. « Les produits obligataires à rémunération très élevée sont les plus prometteurs pour les années à venir », laisse entendre M. Calil. « Les titres émis par les États sont moins rémunérateurs, et les investisseurs sont à la recherche d’« alpha » parmi les produits très rémunérateurs. Je ne sais pas à quelle vitesse ce segment va se développer, mais c’est très intéressant. Les gens prennent plus de risques. »

M. Calil est entré chez JP Morgan en 2004. À la mi-2011, il a pris la tête de l’unité de gestion d’actifs basée à São Paulo. Après avoir passé près de 24 ans à parfaire ses compétences sur les marchés financiers d’Asie, d’Europe et d’Amérique du Nord, M. Calil, Brésilien d’origine, est revenu au pays, attiré par la croissance vigoureuse et par des perspectives prometteuses. Il fait partie de ces nombreux Brésiliens expatriés dont les compétences sont recherchées pour exploiter les opportunités latentes au Brésil.

Où sont ces opportunités ? « Le secteur brésilien des organismes de placement est le septième au monde, indique M. Calil. Les investissements s’élèvent à 1 100 milliards de dollars, et 300 autres milliards sont placés directement en valeurs mobilières en dehors de ces fonds. Si la totalité des revenus fixes au Brésil continuait de croître de 10 % par an, le rendement de cette épargne suffirait à lui seul à maintenir l’expansion du secteur. »

Comment expliquer les honnêtes performances du Brésil pendant la crise économique de 2008-2009, atteignant même l’année dernière son taux de croissance le plus élevé depuis 10 ans ? Selon M. Calil, c’est grâce à la discipline budgétaire, qui permet au pays d’enregistrer un excédent primaire – emprunts et prêts nets de l’État, moins les intérêts qu’il verse. « Le Brésil a un excédent primaire depuis de longues années : environ 2 % du PIB, sans tenir compte du service de la dette publique. Ces 10 dernières années, le pays a aussi accumulé des réserves considérables en devises. »

Ces mêmes facteurs devraient servir de rempart contre la crise dans les pays de l’OCDE, plus particulièrement au sein de la zone euro, et apaiser les craintes concernant leur impact sur l’économie brésilienne. Selon M. Calil, il n’y a guère de souci à se faire. « Le Brésil exporte peu vers l’Europe. En termes d’échanges, nous ne dépendons pas énormément de l’Europe. Notre principal partenaire commercial est la Chine. Nos exportations atteignent environ 10 % de notre PIB ; le soja et le minerai de fer en représentent environ 60 %. Or, ce n’est pas en Europe que ces produits sont écoulés. »

Sur le marché boursier mondial, la situation est favorable au Brésil. Selon les indices MSCI, qui mesurent la performance de 1 600 valeurs mondiales, la part du Brésil ne dépassait pas 1 % en 2005, indique M. Calil. « Mais elle est passée à 2 % en 2011, alors que celle de l’Europe a reculé de 19 % en 2006 à 16 % en 2011. Au Royaume- Uni, elle est de 8 % aujourd’hui, contre 10 % en 2006. Les marchés émergents ont donc capté la part de marché perdue par le Royaume-Uni, les États-Unis et l’Europe. »

Le marché financier du Brésil a beau s’étoffer, il a néanmoins certains points faibles. « Le Brésil a besoin d’un secteur des services plus performant, souligne M. Calil. Il existe une demande croissante de services, comme l’hôtellerie, le transport aérien, les services comptables et juridiques, et même la plomberie. L’éducation est un domaine qui requiert une attention particulière. »

« Si nous voulons rattraper l’Inde ou la Corée, nous avons besoin de plus d’investissements privés de façon à soulager l’État. Nous disposons aussi du PAC – Programme d’accélération de la croissance – dont les investissements dépasseront 570 milliards de dollars en 2014. Nous devons maintenir les taux d’investissement à plus de 25 % du PIB. En Chine, ce taux atteint 48 % du PIB. »

Cependant, des taux de croissance excessifs ont une fâcheuse tendance à créer des bulles. M. Calil prévoit-il un revirement soudain ? Pas dans un avenir proche, mais il admet que les marchés de capitaux du Brésil pourraient procéder à quelques réglages, notamment en adoptant des règles permettant de soutenir les « conduits » – des structures de financement de type hypothécaire qui détiennent des créances adossées à des actifs financées par des prêts à court terme. Mais M. Calil ne doute pas que le Brésil fera ces ajustements. « Le monde commence à accepter le modèle économique brésilien, dit-il. Je suis très optimiste. »

 *Ministère des Finances (avril 2011), Brazilian Economic Outlook for 2011.

J.P. Morgan: Brazil

Plus d'information sur l'économie brésilienne : www.brazil.gov.br

©L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011




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