La mondialisation de l’enseignement supérieur

Direction de l’Éducation, OCDE

L’enseignement supérieur se développe rapidement, au point de devenir un secteur mondial à part entière. Cela pose de multiples défis aux éducateurs, aux étudiants et aux décideurs. 

Si l’enseignement supérieur était une industrie, ce serait l’une des plus grandes et des plus dynamiques au monde. Au Royaume-Uni, par exemple, les recettes totales des universités s’élevaient à 23,4 milliards de livres (43 milliards de dollars) en 2007-2008, selon un rapport de Universities UK, un chiffre comparable, en termes de production brute, à celui du secteur de l’imprimerie et de l’édition, et largement supérieur à celui du secteur pharmaceutique.

Autre exemple, l’Australie, où l’enseignement représente l’une des principales exportations nationales. Selon certaines estimations, sa valeur y atteignait 17,2 milliards de dollars australiens en 2008-2009, soit 1,4 % environ du PIB, en progression de plus de 20 % par rapport à l’année précédente. Les États-Unis sont bien sûr le leader mondial sur ce marché ; l’enseignement supérieur y emploierait 3,4 millions de personnes, soit environ 3 % du secteur américain des services.

Mais l’enseignement, c’est avant tout les étudiants. Leur nombre augmente régulièrement et fortement depuis 50 ans. Les données de la publication de l’OCDE Regards sur l’éducation montrent que, dans la zone OCDE, 30 % des adultes sont désormais diplômés de l’enseignement supérieur. Toujours dans la zone OCDE, le nombre d’étudiants internationaux a triplé en l’espace de vingt ans : il dépasse aujourd’hui 3,7 millions et devrait continuer de progresser rapidement.

Les raisons de cet essor sont évidentes : les diplômés gagnent mieux leur vie, occupent des emplois plus satisfaisants et vivent plus longtemps que les autres. Cette affirmation vaut tant pour les femmes, qui représentent aujourd’hui la majorité des diplômés de l’enseignement supérieur dans les pays de l’OCDE, que pour les hommes.

Les pays développés ont besoin d’une main-d’oeuvre qualifiée pour soutenir leur productivité et leur croissance économique, mais aussi pour créer une classe moyenne plus confiante et prospère. En outre, les retombées économiques de l’enseignement supérieur ne bénéficient pas uniquement aux diplômés, mais également à l’ensemble de la société (voir « Temps de crise, études courtes ? », L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011).

Si l’enseignement supérieur s’est développé, il s’est également internationalisé. Selon les données de l’OCDE, le nombre d’étudiants étrangers a triplé entre 1985 et 2008, et il devrait encore progresser. Il s’agit cependant d’un marché très asymétrique, dominé par quelques grands prestataires essentiellement localisés dans les pays anglo-saxons. Les États-Unis attirent ainsi le plus grand nombre d’étudiants étrangers, tandis que c’est en Australie que leur proportion est la plus élevée. C’est également un marché volatile, dans lequel des incidents relativement mineurs peuvent avoir une grande influence sur les perceptions. Par exemple, la part de marché des États-Unis décline depuis 2000, alors que celle de la Fédération de Russie a doublé au cours de la même période et que de nombreux pays de la zone Asie-Pacifique entrent désormais dans la course.

L’internationalisation de l’enseignement supérieur attise également la concurrence. Pour autant, les établissements, dont le rôle est de prodiguer ou de « produire » l’enseignement, ont-ils les moyens de se mesurer entre eux et de faire leur travail ? Considérons la question sous un autre angle. Supposez que vous dirigez une entreprise jouissant d’une bonne notoriété, avec plusieurs dizaines de milliers de clients. Vous pouvez décider de maintenir votre position d’exclusivité et d’augmenter le prix de vos produits, ou vous pouvez accroître votre production pour répondre à la demande. Mais si votre « entreprise » est une université, il se peut très bien que l’État ne vous laisse faire ni l’un ni l’autre. L’État peut même vous interdire de facturer vos produits, même si certains de vos concurrents étrangers touchent des subventions, imposent des droits d’inscription et bénéficient d’un soutien important pour « exporter » leurs prestations. Par ailleurs, les politiques publiques en matière migratoire ou de financement des établissements peuvent influer sur votre capacité à attirer de nouveaux étudiants.

À l’évidence, les responsables de la planification stratégique des universités et des autres établissements d’enseignement supérieur sont confrontés à des défis considérables. Le Programme sur la gestion des établissements d’enseignement supérieur (IMHE) de l’OCDE présentera, lors de la conférence de l’OCDE sur l’enseignement supérieur organisée en septembre 2012 à Paris, un certain nombre de repères et d’idées tirés des groupes de travail qu’il dirige.

Si les responsables de l’offre d’enseignement supérieur ont des difficultés à suivre les dernières nouveautés, on peut imaginer ce qu’il en est « côté demande », pour les étudiants et futurs étudiants. De nombreux pays accordent de multiples bourses et autres types d’aide financière, tandis que d’autres laissent les étudiants se débrouiller sur le plan financier. En outre, la qualité et la pertinence des cursus et des établissements d’enseignement supérieur sont loin d’être évidentes pour les étudiants, même lorsqu’ils cherchent une formation dans leur propre pays.

À l’échelle internationale, les étudiants peuvent être leurrés par des publicités mensongères, voire frauduleuses. Les seuls indicateurs dont ils disposent sont souvent les palmarès internationaux d’universités, dont les critères sont essentiellement les résultats des travaux de recherche, ce qui est pour le moins incomplet (voir « Les palmarès universitaires en question », L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011). Ainsi, les étudiants n’ont pas toujours toutes les informations nécessaires pour faire des choix décisifs pour leur avenir en toute connaissance de cause. Certains travaux ont toutefois été entrepris pour les aider. L’OCDE et l’UNESCO ont ainsi joint leurs efforts pour élaborer des lignes directrices sur la qualité de l’enseignement supérieur transfrontalier. Publiées pour la première fois en 2005, ces lignes directrices non contraignantes invitent les pouvoirs publics à établir des dispositifs complets comprenant assurance qualité et agrément en matière d’enseignement supérieur transnational.

Elles encouragent également les établissements et les prestataires à s’assurer que les cursus qu’ils proposent chez eux et à l’étranger sont de qualité comparable, et suggèrent que les étudiants deviennent des partenaires actifs à tous les niveaux – international, national et institutionnel – afin de renforcer, surveiller et préserver la qualité de l’enseignement supérieur.

D’ailleurs, savons-nous réellement ce que veulent les étudiants ? Diverses enquêtes, telles que l’Australian Survey of Student Engagement ou la National Survey of Student Engagement in the United States, recueillent des données sur les modalités d’apprentissage des étudiants et sur ce qu’ils attendent de leurs études. Ces enquêtes offrent aux établissements des rapports détaillés sur l’emploi du temps des étudiants et sur ce que leur apportent leurs études.

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Cependant, tous les étudiants n’ont pas 18 ans, et les universités doivent aussi être en mesure de proposer des services à ceux qui apprennent à tous les âges de la vie, ainsi qu’aux étudiants plus âgés qui veulent mettre à jour ou compléter leurs connaissances et leurs compétences. C’est un aspect de plus en plus important, d’autant que l’on assiste à une contraction de l’économie mondiale et à une transformation de la demande de main-d’oeuvre.

À l’heure où les décideurs se demandent s’ils doivent considérer l’enseignement supérieur comme une activité économique ou comme un service public, certains de nos modèles traditionnels évoluent rapidement. De nombreux pays instaurent ainsi des droits d’inscription, et l’accent mis sur la qualité et la transparence de l’enseignement, déjà de plus en plus marqué depuis vingt ans, va encore s’accroître.

Par ailleurs, en raison de la baisse des financements publics et privés et du renforcement de la concurrence, l’enseignement supérieur sera de plus en plus incité à faire preuve d’efficience et de productivité. Les étudiants deviennent des clients. Ils considèrent qu’une bonne formation est un investissement pour améliorer leurs perspectives de carrière. La notion d’études supérieures « gratuites » devient plus difficile à défendre pour les pouvoirs publics, en théorie comme en pratique. À l’avenir, les mécanismes réglementaires et de gouvernance qui s’appliquent à l’enseignement supérieur continueront de faire l’objet d’un examen de plus en plus attentif.

Kelly, U., D. McLellan et I. McNicoll (2009), The impact of universities on the UK economy, Universities UK.

Weisbrod, B., J. Ballou et E. Asch (2008), Mission and Money: Understanding the University, Cambridge University Press, Cambridge.

www.oecd.org/edu/superieur 

www.unesco.org/new/fr/education

Voir aussi : 

OCDE (2011), Regards sur l'éducation 2011: Panorama, Paris.

« Temps de crise, études courtes ? » et « Les palmarès universitaires en question », L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011.

©L'Observateur de l'OCDE n° 287 T4 2011




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