Urgence embauches

Président, Comité de l’Emploi, du Travail et des Affaires sociales de l’OCDE et Président du TUAC

Bo Smith

Parmi les problèmes d’emploi exacerbés par la crise économique, le chômage de longue durée et le chômage des jeunes sont particulièrement perturbants, car leurs effets peuvent perdurer longtemps après le rétablissement du marché du travail. Les pouvoirs publics devraient se concentrer sur ces problèmes dès maintenant. 

Plus de deux ans après une reprise pauvre en emplois, beaucoup de pays continuent de plier sous le poids d’un chômage obstinément élevé et du sous-emploi. Et trop d’individus qui travaillent demeurent piégés par des faibles rémunérations et peu de protection sociale. De fait, le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé dans la plupart des pays de l’OCDE au cours de ces 25 dernières années – tendance qui se manifestait déjà avant la Grande récession. C’est pourquoi l’OCDE soutient, depuis quelque temps déjà, que la création d’emplois plus nombreux et de meilleure qualité devrait occuper une place centrale dans les priorités politiques.

Deux aspects de la situation actuelle sont particulièrement inquiétants : la grave menace d’une pérennisation des niveaux élevés de chômage et l’impact disproportionné de la crise sur les jeunes.

Pour ceux qui rejoignent les rangs des chômeurs, la nature prolongée de cette crise signifie qu’il peut leur falloir plus de temps pour trouver un nouvel emploi, à supposer qu’ils en trouvent un. Au deuxième trimestre 2011, la part des chômeurs sans emploi depuis un an ou plus avait augmenté au-delà du niveau d’avant la crise dans plus des deux tiers des pays de l’OCDE, les hausses les plus importantes touchant les pays où la récession avait frappé particulièrement durement les marchés du travail. Aux États-Unis, par exemple, 32 % des chômeurs (un pourcentage record pour l’après-guerre) étaient privés d’emploi depuis un an ou plus au deuxième trimestre 2011, contre à peine 10 % trois ans auparavant. Sur la même période, l’Espagne enregistrait une hausse de 18 % à 41 %, et l’Irlande de 29 % à 58 %. Ces fortes hausses du chômage de longue durée sont démoralisantes pour les individus concernés et leur famille, mais font aussi surgir le spectre d’une augmentation des taux de chômage structurel qui pourrait prendre de nombreuses années à se résorber.

En outre, les effets négatifs du chômage de longue durée peuvent avoir des répercussions allant bien au-delà du fait d’être privé d’emploi. Les chômeurs de longue durée présentent plus de risques de pauvreté et de problèmes de santé, tandis que leurs enfants ont plus de risques de se retrouver en échec scolaire. Les implications en matière d’action publique sont donc plurielles et urgentes. Comme le montre la récente publication de l’OCDE Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenu se creusent, la crise de l’emploi a frappé le plus durement les groupes les plus vulnérables et risque de creuser encore davantage le fossé entre les riches et les pauvres.

Les jeunes ont été particulièrement atteints par la crise de l’emploi. Ce fait a été clairement exposé dans l’édition 2011 des Perspectives de l’emploi de l’OCDE et dans le rapport conjoint OCDE-OIT sur l’emploi des jeunes, préparé pour la réunion des ministres de l’Emploi et du Travail du G20 à Paris, en septembre 2011. Donner aux jeunes un meilleur départ dans la vie active est un enjeu qui transcende les frontières. Si l’emploi global dans la zone OCDE était, au deuxième trimestre 2011, inférieur de 1,5 % par rapport aux trois années précédentes, l’emploi des 15-24 ans a chuté de 8,8 %. Cette brusque dégradation des débouchés professionnels pour les jeunes ayant récemment quitté l’école contraste fortement avec la hausse de 7,2 % de l’emploi chez les travailleurs de 55 à 64 ans au cours de la même période.

Le nombre élevé de pertes d’emploi des jeunes est particulièrement préoccupant car le chômage et les autres difficultés d’emploi rencontrées au début de la vie active peuvent fragiliser les perspectives de carrière à long terme. Les gouvernements des pays de l’OCDE ont mis en oeuvre un certain nombre de mesures de crise pour aider les jeunes à affronter la tempête économique, en leur offrant plus d’opportunités d’éducation et de formation, et en les aidant à acquérir une précieuse expérience professionnelle par le biais de subventions à l’emploi et d’une augmentation du nombre de places en apprentissage. Mais il n’est pas encore possible d’évaluer l’efficacité de ces mesures à limiter les effets délétères qui risquent de marquer les jeunes à vie.

Quelle devrait donc être la réponse des pouvoirs publics ? Mener une stratégie à moyen terme crédible d’assainissement budgétaire est indispensable pour lutter contre les fortes augmentations de la dette publique, restaurer la confiance et, en fin de compte, renouveler les bases d’une croissance durable. Mais, bien que nécessaire, cela ne sera pas suffisant pour réduire le chômage de longue durée. Il faut accompagner une nouvelle vague de création d’emplois. Les ressources publiques étant limitées, l’OCDE suggère avec raison que les efforts devraient porter sur des mesures présentant un bon rapport coût-efficacité : subventions à l’embauche bien conçues et programmes de formation étroitement liés aux besoins du marché du travail local et axés sur les groupes les plus vulnérables.

Améliorer la situation du marché du travail pour les jeunes exige une approche en deux volets. Premièrement, il faut endiguer la hausse du chômage des jeunes observée pendant la crise. Les politiques d’aide à la recherche d’emploi, de subventions à l’embauche et les mesures correctives devraient être axées sur les jeunes les plus défavorisés, notamment ceux qui risquent de tomber dans l’exclusion. Dans un certain nombre de pays, il faut également développer des programmes « études-travail » comme l’apprentissage et d’autres programmes de formation professionnelle en alternance.

Deuxièmement, les politiques doivent être appliquées de manière à assurer à tous les jeunes un meilleur départ dans la vie active. Cela implique de veiller à ce que les jeunes ne quittent pas l’école avant d’avoir acquis les compétences fondamentales, cognitives et non cognitives. Comme il est souligné dans les examens approfondis des pays de l’OCDE sur l’emploi des jeunes, ces compétences sont critiques pour l’avenir, s’agissant notamment de la nécessité de trouver une meilleure adéquation entre les compétences acquises à l’école et celles requises sur le marché du travail. Il faut donc améliorer l’éducation et le développement des jeunes enfants, et s’assurer que l’abandon des études ne soit pas une option. Les systèmes d’éducation et de formation doivent aussi être plus réactifs face aux besoins en compétences des employeurs.

Dans de nombreux cas, les gouvernements doivent réévaluer et supprimer les obstacles potentiels à l’emploi des jeunes, notamment les coûts excessifs à l’embauche de jeunes sans qualification, mais aussi les règles restrictives d’embauche et de licenciement qui relèguent les jeunes demandeurs d’emploi dans des emplois temporaires sans débouché. Les jeunes, tout comme les employeurs, ont besoin d’une certaine souplesse du marché du travail pour bénéficier d’une chance en termes d’embauche et de parcours professionnel.

Le futur immédiat de l’économie mondiale demeure incertain (au mieux), et les solutions réalistes de court terme face au défi du chômage ne sont pas faciles à trouver. Mais l’inaction est impossible, car les coûts économiques et sociaux d’une montée du chômage de longue durée et l’exclusion de nombreux jeunes demandeurs d’emploi du marché du travail seraient tout simplement trop lourds.

www.oecd.org/emploi

OCDE (2012), Toujours plus d’inégalité : pourquoi les écarts de revenu se creusent (à paraître).

Voir aussi : 

OCDE (2011), Perspectives de l'emploi de l'OCDE 2011, Éditions OCDE.

Conclusions des Ministres du Travail et de l’Emploi du G20, Cannes, 27 septembre 2011.

© L'Annuel de l'OCDE 2012




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