Mesurer le progrès : de la boussole au GPS

Directeur, Direction des Statistiques de l’OCDE

Martine Durand OCDE

Au siècle dernier, la croissance économique, ou produit intérieur brut, a souvent été la seule boussole utilisée pour suivre l’évolution des sociétés. Cependant, États et citoyens reconnaissent depuis plusieurs années que le PIB ne donne qu’une idée partielle des situations sociales et économiques et de leurs chances de pérennité. Il faudrait donc disposer d’indicateurs qui rendent compte de la durabilité, de l’équité et de la qualité de vie. 

Perdre son chemin pourrait bientôt devenir un anachronisme. De complexes outils de navigation, comme les systèmes de localisation par satellite et les cartes de navigation virtuelle, sont désormais si répandus qu’il paraît banal de savoir immédiatement où l’on se trouve, où l’on était et, surtout, où l’on va. Il est plus difficile d’orienter les sociétés. Pour y parvenir, il faudrait disposer de données fiables sur les nombreuses conditions requises pour « vivre bien », ce que les systèmes d’information existants ne permettent pas encore.

Voilà déjà longtemps que l’OCDE étudie ces questions, et place l’amélioration des statistiques au coeur de sa mission en faveur de « politiques meilleures pour une vie meilleure ». Fort de cette expérience, le Secrétaire général a lancé en 2011, à l’occasion de la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres, l’Initiative « Vivre mieux » de l’OCDE pour attirer l’attention des citoyens et des décideurs politiques sur un vaste ensemble d’indicateurs représentatifs des divers éléments qui comptent dans la vie des gens. Dans le cadre de cette initiative, le rapport Comment va la vie ?, publié en octobre 2011, analyse onze composantes du bien-être : le revenu et le patrimoine ; les emplois et les salaires ; le logement ; l’état de santé ; l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée ; l’éducation et les compétences ; les liens sociaux ; l’engagement civique et la gouvernance ; la qualité de l’environnement ; la sécurité des personnes ; et le bien-être subjectif. L’Initiative « Vivre mieux » de l’OCDE est ambitieuse mais nécessaire, parce qu’en plus de fournir des indicateurs fondés sur les meilleures données actuellement disponibles, elle vise à mettre en évidence les domaines nécessitant une amélioration des statistiques.

L’un des grands problèmes que pose la mesure du bien-être réside dans la divergence des points de vue individuels sur ce qui compte le plus. Il est donc difficile, voire impossible, de remplacer le PIB par un autre indice unique ; combiner des informations sur divers éléments, eux-mêmes mesurés de différentes manières, pour aboutir à un indicateur unique implique de faire des choix quant au poids à affecter à ces différentes composantes, ce qui peut être sujet à controverse. Les indices synthétiques permettent toutefois aux simples citoyens de rapprocher des informations disparates pour comparer les conditions de vie dans plusieurs pays ou au fil du temps. L’OCDE y a remédié grâce à l’outil interactif Votre indice « Vivre mieux », qui permet de créer son indice personnalisé en ligne en notant l’importance accordée à chacune des onze composantes du bien-être, puis de comparer le bien-être dans les 34 pays de l’OCDE et de faire connaître son indice aux autres utilisateurs et à l’OCDE. Plus de 500 000 personnes l’ont utilisé depuis mai 2011.

Les indicateurs sur lesquels se fonde l’indice « Vivre mieux » ont été sélectionnés pour leur qualité et leur intérêt pratique. Il s’agit des meilleurs indicateurs actuellement disponibles pour comparer la vie des gens dans les pays de l’OCDE. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont parfaits. Certains ne sont qu’une approximation du concept le plus pertinent (ainsi, faute de données comparables, le patrimoine net des ménages est remplacé par leur patrimoine financier net). Pour d’autres (s’agissant par exemple des liens sociaux et du bien-être subjectif), il a fallu pallier l’absence de données comparables provenant d’offices statistiques nationaux en utilisant provisoirement des statistiques non officielles, jusqu’à ce que des indicateurs plus satisfaisants et comparables soient disponibles.

Lorsqu’il ne s’agit plus simplement d’établir les conditions de vie moyennes dans chaque pays, mais de mesurer les inégalités, l’enjeu est encore plus important : Comment va la vie ? fournit des informations relativement complètes sur les écarts entre les groupes d’âge et les sexes, mais le tableau devient très flou quand on veut comparer les écarts selon les niveaux d’instruction ou les conditions socio-économiques. L’OCDE mène actuellement d’importants travaux pour concevoir des méthodes qui permettraient de mesurer plus efficacement la vulnérabilité et la résilience, ainsi que les inégalités en termes de conditions matérielles et de qualité de vie.

Rendre l’avenir plus durable exigera de préserver les stocks d’actifs naturels et socio-économiques au profit des générations futures du monde entier. L’OCDE cherche des moyens de mieux tenir compte des questions de durabilité, y compris du point de vue des pays en développement. La conception de nouveaux indicateurs est au coeur des stratégies de croissance verte et de développement adoptées à l’échelle de l’OCDE pour éclairer les mécanismes internationaux comme la Conférence des Nations unies sur le développement durable (Conférence Rio+20), qui se tiendra au Brésil à l’occasion du 20e anniversaire du Sommet « Planète Terre » de Rio, et pour guider la réflexion sur la suite à donner aux Objectifs du millénaire pour le développement après 2015.

L’année 2011 a représenté un tournant pour les travaux de l’OCDE sur la mesure du progrès. Après avoir longuement débattu de la nécessité de créer une nouvelle génération de statistiques rendant compte du bien-être des gens et du progrès des sociétés, nous avons publié notre premier recueil de statistiques sur ces questions. L’OCDE étant plus que jamais résolue à concevoir de meilleurs indicateurs de la vie des gens, nous sommes étroitement associés aux ambitieuses initiatives nationales et régionales qu’un grand nombre de pays membres et d’organisations ont lancées dans ce domaine. Toutefois, ces travaux restent à maints égards balbutiants ; améliorer les indicateurs du progrès et veiller à leur application par les décideurs participe d’une mission permanente. Pour accélérer la réalisation de cet objectif, l’OCDE organise actuellement une série de conférences régionales de haut niveau qui réunissent des experts des administrations, des offices statistiques, de l’université ainsi que des secteurs privé et associatif et qui se concluront par le 4e Forum mondial de l’OCDE sur les statistiques, les connaissances et les politiques, à New Delhi (Inde) en octobre 2012.

Bien qu’encore loin de disposer d’un système d’information exhaustif à l’échelle mondiale, nous faisons tout pour mettre au point l’équivalent statistique du système GPS qui guidera l’élaboration de « meilleures politiques pour une vie meilleure » dans le monde entier.

L’initiative « Vivre mieux » : Mesurer le bien-être et le progrès

Créez votre indice « Vivre mieux »

Voir aussi : 

OCDE (2011), Comment va la vie ? Mesurer le bien-être, Éditions OCDE.

© L'Annuel de l'OCDE 2012




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