L'avantage comparatif : faire ce que l'on fait le mieux

Le mathématicien Stanislaw Ulam, qui n’avait que peu de considération pour les sciences sociales, mit un jour Paul Samuelson, lauréat du prix Nobel d’économie, au défi de lui énoncer une proposition dans cette discipline qui soit vraie sans être triviale. Samuelson cita l’avantage comparatif : « Cette notion est logiquement vraie car elle n’a pas besoin d’être démontrée à un mathématicien et elle n’est pas triviale puisque des milliers d’hommes importants et intelligents n’ont jamais pu la comprendre d’eux-mêmes ou y croire une fois qu’elle leur eût été expliquée. »

Samuelson avait raison. L’avantage absolu d’Adam Smith est simple et intuitif : il est tout à fait logique que la France exporte du vin vers l’Écosse et en importe du whisky. L’avantage comparatif est bien plus complexe. Ricardo introduisit cette notion dans Principes de l’économie politique et de l’impôt, publié en 1817, en prenant l’exemple de l’Angleterre et du Portugal, producteurs de drap et de vin. Pour les deux biens, le Portugal est plus productif que l’Angleterre. Il semblerait donc logique que le Portugal exporte drap et vin et que l’industrie anglaise ait peu à gagner de l’échange.

Cependant, nul pays ne peut disposer d’un avantage comparatif pour chaque bien qu’il produit, cette théorie reposant sur les coûts relatifs de production. Ainsi, produire tel bien plutôt qu’un autre est plus ou moins avantageux et chaque pays détient forcément un avantage comparatif.

Ricardo démontre chiffres à l’appui que, si l’Angleterre se spécialisait dans la production d’un des deux biens et le Portugal dans l’autre, la production totale des biens augmenterait et chaque pays profiterait de l’échange.

Deux siècles après Ricardo, l’avantage comparatif peut-il encore s’avérer utile aux responsables politiques ? Dans un nouveau document de travail de l’OCDE, Przemyslaw Kowalski répond par l’affirmative. Examinant les déterminants actuels des avantages comparatifs dans le cadre du projet de l’OCDE sur « les effets de la mondialisation : ouverture et évolution de l’avantage comparatif », il analyse les échanges bilatéraux réalisés entre 55 pays membres de l’OCDE et économies de marché émergentes et 44 secteurs de production regroupant l’intégralité des échanges de marchandises. Il examine également le capital physique, le capital humain, le développement financier, l’approvisionnement énergétique, le climat des affaires, les institutions du marché du travail et la politique tarifaire applicable aux importations.

L’avantage comparatif constitue toujours un déterminant important des échanges mais, les économies de l’OCDE se ressemblant davantage qu’auparavant, les possibilités d’échanges basées sur les avantages comparatifs à l’intérieur de l’OCDE sont moindres. Toutefois, les différences entre pays membres de l’OCDE et autres pays restent notables, et celles existant entre pays hors zone OCDE ne semblent pas diminuer beaucoup. Le poids de l’avantage comparatif est ainsi plus important dans les échanges Nord-Sud et Sud- Sud que dans les échanges Nord-Nord.

En considérant l’ensemble de ces pays, il est intéressant de voir où ces différences se sont atténuées, et où elles ont augmenté. Elles ont diminué (même s’il existe encore de grandes variations) en ce qui concerne le capital physique, la durée moyenne de scolarisation, l’enseignement supérieur, l’approvisionnement en énergie primaire et l’offre de crédit, et se sont accentuées en matière de réglementation, d’État de droit, de lutte contre la corruption et de droits sur les importations.

L’action publique peut fortement influencer la plupart de ces facteurs. La difficulté consiste alors à s’assurer que les politiques commerciales et d’autres mesures ne se neutralisent pas. Étant donné les nombreux facteurs en interaction, la tâche n’est pas simple. Heureusement pour nos dirigeants, les derniers prix Nobel d’économie, Thomas J. Sargent et Christopher Sims, apportent une aide précieuse en la matière.

Travaillant séparément mais de façon complémentaire, les deux chercheurs ont développé des méthodes permettant d’analyser les relations de causalité entre politique économique et réalité économique. Sargent a principalement étudié les effets des changements de politique systémique, comme les tentatives de réduction des déficits budgétaires ; Sims a quant à lui étudié comment les chocs se propagent dans l’économie.

Même si l’on fait partie de ces esprits supérieurs incapables de saisir la théorie de l’avantage comparatif, on comprend pourquoi la Sveriges Riksbank a décerné cette année le prix Nobel aux deux économistes.


Références 

Voir www.ocde.org/echanges

OCDE (2009), Le commerce international : Libre, équitable et ouvert ?, Les Essentiels de l’OCDE, voir www.oecd.org/lesessentiels

Suranovic, Steve (2010), International Trade: Theory and Policy, chapitre 2, “The Ricardian Theory of Comparative Advantage”, Flat World Knowledge publishing

Kowalski, Przemyslaw (2011), “Comparative Advantage and Trade Performance: Policy Implications”, documents de travail de l’OCDE sur la politique commerciale, www.oecd.org/trade/workingpapers

Voir aussi www.OECDInsights.org




Données économiques

PIB +0.6% T3 2017
Échanges exp +4.3% ; imp +4.3% T3 2017
Inflation annuelle 2,3% septembre 2017
Chômage 5.7% septembre 2017
Mise à jour: 14 nov 2017

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