New York, ville bleue

©Reuters/Andrew Kelly

New York investit pour un avenir plus vert et plus propre.

À l’époque où New York ne s’appelait pas encore New York, le site était un écosystème naturel foisonnant, fait de collines boisées et de cours d’eau cristalline. Le paysage a commencé à changer avec la colonisation, alors que la population de la ville a explosé en deux siècles, passant de 5 000 habitants en 1700 à plus de deux millions en 1900. New York devenant une plateforme commerciale et manufacturière internationale, ses habitants et ses entreprises ont rejeté dans les cours d’eau des quantités croissantes d’effluents domestiques, de polluants industriels et d’ordures ménagères. À la fin du XIXe siècle, près de 2,3 milliards de litres d’eaux d’égout non traitées étaient rejetés chaque jour directement dans le port.

Depuis une centaine d’années, la ville de New York a lancé un vaste programme de maîtrise des eaux usées et pluviales, en raccordant ses conduites d’évacuation à 235 kilomètres d’intercepteurs, qui longent les cours d’eau (sans se déverser dedans), et sont chacun relié à l’une des 14 stations d’épuration. Parallèlement, la ville a construit un réseau d’égouts souterrain de plus de 11 000 kilomètres et 144 000 bassins de stockage des eaux usées et pluviales. Toutefois, comme la plupart des villes anciennes du nord-est et du centre-ouest des États-Unis, qui ont été confrontées les premières aux risques sanitaires liés aux rejets d’eaux d’égout non traitées, New York est presque entièrement desservie par un réseau unitaire qui recueille à la fois les eaux usées domestiques et commerciales (flux de temps sec) et les eaux pluviales ; ces eaux sont ensuite acheminées vers des stations d’épuration dont le débit moyen journalier par temps sec est d’environ 5 milliards de litres. Dans ces zones, en cas de pluie, il arrive fréquemment que les stations d’épuration saturent ; pour décharger le réseau, les intercepteurs sont équipés de régulateurs de débit et de déversoirs qui dirigent les eaux usées et pluviales vers 423 points de rejet dans les nappes aquifères environnantes. On parle de « surverse de réseau unitaire » ou SRU.

Depuis la construction des deux dernières stations d’épuration de la ville au milieu des années 1980, les rejets urbains de temps sec dans le port de New York ont cessé et la qualité de l’eau s’est considérablement améliorée. Les SRU demeurent cependant le principal obstacle à de nouveaux progrès. Les 423 points de déversement ne peuvent être « bouchés » car alors, l’eau captive refluerait vers les stations d’épuration et les paralyserait en les inondant, provoquant des refoulements d’égouts ce qui aurait des conséquences dramatiques pour la qualité de l’eau. Nous pourrions construire des réseaux d’évacuation totalement indépendants pour les eaux usées et pluviales, mais cela représente des dizaines d’années de travaux et plus de 60 milliards de dollars d’investissements pour la ville. Sans compter que, dans les quartiers concernés, la vie deviendrait infernale.

Depuis 20 ans, le Département de protection de l’environnement modernise ses installations et son réseau d’égouts pour pouvoir traiter des volumes plus importants par temps de pluie. Il a notamment construit des réservoirs pour stocker le trop-plein, qui peut être pompé vers les stations d’épuration après la pluie. Grâce à ce programme, le volume total des eaux usées et pluviales captées et traitées représente aujourd’hui plus de 72 % des flux urbains totaux, contre 30 % environ dans les années 1980.

Mais ces remèdes classiques ont leurs limites. New York présente le tissu urbain le plus dense des États-Unis, et les volumes d’eaux pluviales ruisselant des toits, des rues et d’autres surfaces imperméables sont considérables. Si cette situation perdure, la ville devra construire des réservoirs et des tunnels supplémentaires (infrastructures dites « grises » parce qu’essentiellement constituées d’acier et de béton) pour gérer les eaux pluviales. Or, ces installations sont difficiles à loger, onéreuses à construire et à exploiter, et empêcheraient d’autres utilisations de l’espace, déjà rare. Face au changement climatique, qui fait craindre une intensification des précipitations et des orages, les solutions actuelles pourraient vite devenir obsolètes.

L’approche traditionnelle de la gestion des eaux pluviales doit donc être repensée. C’est dans ce contexte qu’en septembre 2010, Michael Bloomberg, maire de New York, a présenté le NYC Green Infrastructure Plan. Innovant et audacieux, ce plan d’amélioration de la qualité de l’eau propose d’investir 2,4 milliards de dollars sur 20 ans dans des infrastructures vertes : toitures végétalisées, rigoles naturelles, système de drainage et d’enracinement pour arbres, et autres aménagements publics qui s’attaquent à l’origine des SRU en absorbant et en retenant les eaux pluviales avant qu’elles ne pénètrent dans les égouts et ne submergent le réseau unitaire. Pour New York, Michael Bloomberg s’est fixé un objectif ambitieux d’ici à 2030 : retenir les 25 premiers millimètres de pluie tombant de 10 % des surfaces imperméables dans les zones couvertes par un réseau unitaire, ce qui éliminerait 5,7 milliards de litres de SRU chaque année.

Ce plan cible les deux principales surfaces imperméables de la ville : les toitures et la voirie. Les rues et les trottoirs représentent plus de 26 % de la surface des zones à réseau unitaire. En développant des modèles standard de systèmes de drainage et d’enracinement pour arbres, de rigoles naturelles et de rues « vertes » absorbant les eaux pluviales, nous espérons obtenir un taux de pénétration significatif pour un coût marginal légèrement supérieur aux investissements qui auraient dû être réalisés de toute façon pour améliorer la voirie et les espaces publics. Les toitures imperméables couvrent plus de 46 % de la ville. Les « toitures vertes » permettent de réduire les coûts d’énergie et de créer un écosystème agréable et verdoyant. Quant aux « toitures bleues », peu onéreuses, elles recourent à des systèmes de stockage mécaniques simples qui régulent les pics de précipitation en libérant progressivement l’eau.

Ce plan d’action est en train de prendre de l’ampleur. En octobre 2011, sous l’impulsion de Joe Martens, Commissaire à la protection de l’environnement de l’État de New York et de son équipe, la ville et l’État de New York ont sollicité les commentaires du public sur une ordonnance modifiée formalisant les principales étapes et initiatives du Green Infrastructure Plan de Michael Bloomberg – et prévoyant d’investir 1,5 milliard de dollars dans les infrastructures vertes durant les 20 prochaines années. En échange, l’État de New York s’engage à réduire de 1,4 milliard de dollars les dépenses affectées aux infrastructures grises traditionnelles (réservoirs et tunnels de stockage, notamment) et à reporter 2 autres milliards de dépenses.

Les avantages potentiels de ce plan sont immenses. Associé aux investissements existant dans les infrastructures plus traditionnelles, il réduira les SRU de plus de 45 milliards de litres par an d’ici 2030 (une réduction de 40 %) – soit près de 7,5 milliards de litres supplémentaires par rapport au précédent plan, centré exclusivement sur les infrastructures grises – et permettra d’économiser 2,4 milliards de dollars. Gestion avisée s’il en est ! Selon nos estimations, les infrastructures vertes génèreront par ailleurs jusqu’à 400 millions de dollars par an de bénéfices additionnels liés à la valorisation de l’immobilier, l’augmentation des zones ombragées et la moindre consommation d’énergie. Tandis que de nombreuses villes réduisent leurs dépenses d’équipement et diminuent les services publics alors que les besoins augmentent, New York se donne les moyens de devenir une ville plus verte et plus belle.

Avec les habitants et nos partenaires au niveau de l’administration fédérale, de l’État et des collectivités locales, nous mettons à profit toutes les ressources pour faire de New York une ville plus écologique et encore plus attrayante. Grâce aux infrastructures vertes, nous réalisons des investissements innovants dans un avenir durable – et nos cours d’eau n’ont jamais été aussi propres depuis cent ans.

Voir www.nyc.gov/mayor et www.nyc.gov/dep

Voir aussi www.oecd.org/fr/environnement/ressources/

©L'Observateur de l'OCDE n° 286 T3 2011




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