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Le 50e anniversaire de l’OCDE

Discours de Mme Hillary Rodham Clinton, Secrétaire d’État des États-Unis et présidente de la réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des ministres 2011, à l’occasion de la célébration du 50e anniversaire de l’OCDE, le 25 mai 2011

C’est sous de favorables auspices que nous célébrons aujourd’hui le 50e anniversaire des travaux considérables accomplis par l’OCDE. Mais avant la création de l’OCDE, il y a eu le général George C. Marshall. Il avait compris que l’édification d’une Europe stable et en paix exigerait plus que la simple reconstruction des centres villes, des voies ferrées et des usines. Il savait que l’Europe avait besoin de valeurs économiques communes. C’est pourquoi il décida, avec le Président Truman, de faire advenir cette communauté de valeurs. On vit alors émerger une formidable détermination à reconstruire les adversaires d’hier, après un conflit mondial dévastateur, car il fallait instaurer, pour reprendre le slogan, des politiques meilleures pour une vie meilleure, afin de faciliter l’avènement d’une coopération pacifique et d’une véritable sécurité humaine.

En ratifiant la Convention relative à l’OCDE voilà 50 ans, le Président Kennedy espérait lui aussi élargir le cercle de la coopération économique. Le chemin parcouru par l’OCDE, et par l’ensemble du monde, est allé audelà même de son ambitieuse vision. Parce que nous ne recherchions pas la croissance économique pour nous seuls, mais parce que nous savions que cette création de richesse serait bénéfique à tous. Et nous avons accueilli de nouveaux partenaires au sein d’un organisme conçu pour aider l’ensemble des pays à offrir de meilleures conditions de vie à leurs citoyens. Nous avons ainsi oeuvré de concert à la plus longue période de croissance que le monde ait jamais connue.

Un groupe de pays européens, associés aux États-Unis, ont formé une communauté transatlantique, puis le réseau mondial que nous célébrons aujourd’hui en présence de 34 pays membres, d’un Secrétaire général mexicain, d’un Premier ministre français, d’un Premier ministre japonais, du Président de la Commission européenne et de partenaires du monde entier. En dépit de tous les changements intervenus, l’OCDE a conservé son identité originelle, celle d’un groupe de pays partageant des valeurs communes, favorables à l’ouverture et au bon fonctionnement des marchés, attachés aux droits de l’homme, aux libertés individuelles, à l’état de droit, à la responsabilité de l’État et de ses dirigeants, ainsi qu’à une concurrence libre, juste et transparente, et convaincus, tout comme le Président Kennedy, qu’une marée montante peut et doit soulever tous les bateaux.

Ainsi, depuis 50 ans, ce lieu est un laboratoire et une rampe de lancement de politiques économiques intelligentes pour donner corps à ces valeurs. Les membres de l’organisation ont amélioré les conditions de travail, levé le voile sur les paradis fiscaux, oeuvré, selon les possibilités de chacun, à hisser leurs normes et leurs exigences, comme celles d’autres pays, à des niveaux toujours plus élevés. Je suis consciente que de tels efforts restent souvent méconnus du grand public. Ainsi en va-t-il de la tâche ardue et parfois frustrante qui nous incombe, de forger un consensus et de créer des moyens nouveaux et plus efficaces pour atteindre nos objectifs communs. Car c’est ici que les dirigeants, les experts, les entreprises, les syndicats et la société civile peuvent trouver un terrain d’entente et produire des résultats tangibles pour nos concitoyens.

Permettez-moi toutefois d’ajouter que nous n’avons jamais considéré nos réussites comme acquises. C’est pourquoi ce 50e anniversaire revêt une importance si particulière. Et pourtant, tout en prenant le temps de marquer cet événement, nous sommes conscients de traverser une période de mutations économiques majeures. Nombre des pays représentés dans cette salle, dont le mien, ne se sont pas tout à fait relevés de la plus profonde crise financière depuis la Grande dépression. À l’échelle mondiale, des puissances économiques montantes acquièrent une part croissante de la richesse et de l’influence. Or, selon une conviction fondamentale de l’OCDE, lorsqu’un pays gagne en richesse et en influence, il doit aussi assumer davantage de responsabilités.

Il y a 20 ans, lorsqu’est tombé le mur de Berlin, les pays d’Europe de l’Est ont sollicité l’aide de l’OCDE pour mettre sur pied des démocraties, mais aussi des économies de marché. Désormais, nous devons travailler avec une nouvelle génération d’économies et de démocraties émergentes qui façonnent leur propre avenir. Les valeurs, les normes et les connaissances chèrement acquises de l’OCDE sont aussi essentielles que jamais. En ces temps incertains, nous nous devons de les promouvoir. Je salue l’OCDE pour son audacieuse vision d’avenir, que nous dévoilons aujourd’hui en vue de son approbation à la présente réunion ministérielle. Je suis convaincue que si elle est suivie et appliquée à travers des actions précises et concrètes, cette vision permettra à l’OCDE de connaître dans les 50 années à venir les mêmes succès que ceux qu’elle a connus jusqu’ici.

J’évoquerai brièvement trois idées phares. Tout d’abord, de nombreux pays-membres sont en quête d’une reprise économique plus forte. Nous voulons tous offrir à nos citoyens davantage d’opportunités et d’emplois. L’OCDE doit donc continuer d’élaborer des politiques de long terme porteuses d’une croissance économique durable et inclusive. Cela nécessite parfois d’améliorer les normes de fonctionnement et de concurrence régissant les entreprises, parfois de renforcer l’efficacité des marchés et de réduire les obstacles économiques.

Nous devons par exemple continuer à utiliser cette enceinte pour stimuler les créations d’emplois issues des énergies propres et de l’efficacité énergétique accrue. Nous devons oeuvrer sérieusement à éliminer les entraves au commerce, à l’investissement et au libre jeu de la concurrence, que ce soit à nos frontières ou au-delà. Grâce à ses travaux sur des défis complexes comme celui des aides à l’exportation, l’OCDE joue un rôle crucial. Et si nous voulons réaliser pleinement le potentiel de l’ensemble de nos sociétés, nous devons aider davantage les femmes et les jeunes filles qui veulent apprendre, travailler ou créer leur entreprise ; c’est pourquoi je suis fière de soutenir l’Initiative de l’OCDE pour la parité.

Dans quelques minutes, nous allons également approuver la mise à jour des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales. Ces principes, élaborés en étroite collaboration avec les milieux d’affaires et les syndicats, fixent de nouvelles règles, plus strictes, sur le fonctionnement des entreprises, y compris un nouveau chapitre important sur les droits de l’homme.

Deuxièmement, le développement est depuis la création de l’OCDE au coeur même de sa mission – c’est le « D » de son sigle. Il est au centre de nos priorités et continuera de l’être dans les années à venir. Chaque année, le pays qui préside la réunion ministérielle met en avant un thème particulier. Et puisque les États-Unis cherchent à accorder davantage de place au développement dans leur politique étrangère, nous avons souhaité mettre en avant l’action que peut mener l’OCDE pour favoriser l’adoption de pratiques plus efficaces dans ce domaine. Tout d’abord, nous considérons que l’aide au développement, si elle demeure essentielle, n’est pas à elle seule garante d’une croissance durable. Chaque pays doit être l’artisan de son propre développement. Et nous devons d’abord aider les pays à mobiliser leurs propres ressources pour créer de nouvelles perspectives.

Qu’attendons-nous de ces pays ? Nous attendons d’eux qu’ils luttent contre la corruption. Ils doivent faire preuve de transparence quant à leurs budgets et à leurs recettes. Et ils doivent recouvrer l’impôt de manière équitable, notamment auprès de leurs élites. Ils doivent mettre en place une réglementation propre à attirer et à protéger l’investissement. L’OCDE est là pour les aider lorsqu’ils le lui demandent. Après tout, elle constitue un gisement exceptionnel de connaissances depuis des décennies. Aujourd’hui, un nouveau groupe de pays a soif de ces connaissances. De l’Amérique du Sud à l’Asie du Sud-Est, en passant par l’Afrique, et désormais par le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, le moment est venu de tirer parti des forces de cette organisation pour générer une croissance porteuse de changement. Le nouveau Cadre pour une stratégie de l’OCDE pour le développement marque une étape décisive en ce sens. Je reviendrai plus longuement sur ces questions demain, mais je souhaitais profiter de la célébration de ce 50e anniversaire pour en souligner l’importance.

Et troisièmement, nous ne pouvons pas nous contenter de relever notre niveau d’exigence ni d’harmoniser les règles du jeu économique pour les seuls pays de l’OCDE. L’économie mondialisée doit reposer sur un réseau mondial, et l’OCDE doit continuer de nouer des partenariats flexibles, variés, au service des normes que nous avons oeuvré à établir. Nous avons déjà pu constater qu’en nous impliquant davantage, nous pouvions mettre en commun notre expérience et nos pratiques exemplaires. Dans le cadre de ses pourparlers d’adhésion, le Chili a créé une agence de protection de l’environnement. La Russie s’apprête à rejoindre le Groupe de travail sur la corruption, et nous espérons qu’elle adhèrera prochainement à la Convention de lutte contre la corruption. Et nous comptons travailler étroitement avec l’ensemble des membres du Groupe de travail à une stricte mise en oeuvre de la convention.

L’OCDE a également entrepris d’intensifier le dialogue noué avec le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud. Nous nous réjouissons des contributions apportées par le Brésil au Groupe de travail sur les crédits à l’exportation, ainsi que du rôle moteur joué par l’Afrique du Sud concernant la dette publique africaine. Nous devons poursuivre et même approfondir notre ouverture à l’égard des puissances émergentes dans cet esprit de partage des expériences et de coopération mutuellement bénéfique. Nous disposons de la souplesse requise pour dialoguer avec d’autres pays, tout en édictant de meilleures normes.

Si l’OCDE accentue sa coopération avec les pays émergents, elle doit aussi poursuivre ses travaux d’avant-garde sur les lignes directrices pluridisciplinaires concernant les entreprises détenues ou contrôlées par l’État. Nous reconnaissons que les pays font des choix différents quant à la part de l’économie devant rester aux mains de l’État. Cela étant, qu’elles soient détenues par des actionnaires ou par l’État, toutes les entreprises devraient concourir à armes égales, conformément aux principes de neutralité concurrentielle, et se contenter d’intervenir dans un contexte commercial et non sur la scène politique. J’ai bien conscience que cela ne se fera pas en un jour. Mais ces 50 années d’avancées progressives nous ont surtout enseigné que nous sommes capables de promouvoir la notion de concurrence juste. Et ce faisant, nous contribuons à l’ancrer dans tous les pays.

Il y a un demi-siècle, rien ne garantissait que les grandes économies du monde se rassembleraient autour d’une vision commune, or c’est exactement ce qui s’est produit. Rien ne garantissait non plus que des pays comme le Mexique, le Chili ou la Corée deviendraient des partenaires développés dynamiques, et c’est ce qu’ils sont aujourd’hui. Nous devons rester mus par ces mêmes valeurs et cette même ambition, et c’est pourquoi la nouvelle vision d’avenir revêt une telle importance.

Voir www.oecd.org/semaineocde

Voir aussi www.oecd.org/us-fr

©L'Observateur de l'OCDE n°285 T2 2011




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