Sables bitumineux : débordants d’énergie ?

©REUTERS/Ho New

Les Indiens Cris des alentours du lac Athabasca utilisaient les boules de goudron qu’ils y trouvaient pour imperméabiliser leurs canoës. La possibilité de tirer du pétrole de ce produit banal est mise à profit depuis le début du XXe siècle ; ainsi, l’Athabasca, dans la province canadienne de l’Alberta, est situé sur les ressources pétrolières les plus abondantes de la planète : plus de 2 000 billions de barils, soit autant que le total mondial des réserves récupérables restantes de pétrole conventionnel dans le monde.

Toutefois, sur ces 2 000 billions de barils, 170 milliards sont récupérables dans les conditions techniques et commerciales actuelles, dont seulement 35 milliards se trouvent assez près de la surface pour être extraits de manière classique. Les gisements situés à plus de 75 mètres de profondeur posent des problèmes différents et appellent d’autres solutions.

L’une des méthodes employées est la « production froide », par laquelle les huiles lourdes et le sable mélangés sont remontés à la surface, pour ensuite être filtrés. Une autre méthode consiste à injecter dans un réseau de puits de la vapeur qui chauffe le bitume, lequel peut alors être extrait à l’état plus fluide ainsi obtenu : c’est la technique la plus largement applicable. Mais d’autres moyens de chauffer le bitume sont également à l’essai.

À l’état brut, le bitume est difficile à transporter jusqu’aux raffineries. Étant donné que les acheteurs ne sont équipés, le plus souvent, que pour raffiner du brut classique, le bitume doit être valorisé dans des installations de pré-raffinage, où il est soumis à une chaleur intense pour en faire du brut « synthétique » plus léger. C’est toutefois un procédé coûteux, qui exige des dizaines de milliers de dollars d’investissement pour chaque baril par jour (b/j) de capacité de production. Il est essentiel de réduire ces coûts afin que le pétrole synthétique devienne plus attractif.

La production de sables bitumineux est préoccupante sur le plan environnemental. Dans l’Alberta, ces sables se trouvent sous quelque 140 000 km2 des 381 000 km2 de forêts boréales que compte la province. Jusqu’à présent, environ 600 km2 seulement sont exploités. Une partie de ces superficies sont remises en état et reboisées : en 2009, 67 km2 étaient déjà remis en état, et on y a planté plus de 7,5 millions de jeunes arbres. Autre sujet d’inquiétude : le dioxyde de carbone. Les émissions dues à l’exploitation des sables bitumineux « du puits à la roue » (c’est-à-dire calculées en tenant compte de la consommation d’énergie, et des émissions qui y sont associées, sur le cycle complet) dépassent de 5 % à 15 % celles imputables au pétrole conventionnel. Pourtant, la province de l’Alberta n’épargne pas ses efforts dans ce domaine, puisqu’elle est la première en Amérique du Nord à avoir légiféré sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre des grandes installations industrielles. Depuis 2007, elle a abaissé ses émissions de plus de 17 millions de tonnes, même si une partie de cette baisse est une conséquence de la crise économique de 2008-2009.

Le Canada a commencé à mettre en valeur les sables bitumineux à la fin des années 60, mais c’est seulement dans les années 90, quand les réserves ont été chiffrées et les autorités ont offert des incitations, que leur exploitation a décollé. En 2010, l’Alberta a exporté 1,4 million de barils par jour (mb/j) de brut à destination des États-Unis – soit 15 % de ses importations de pétrole brut – et engrangé 3 milliards de dollars canadiens de redevances issues de l’exploitation des sables bitumineux.

Début 2010, le Canada comptait plus de 80 projets de sables bitumineux, soit une capacité de production de bitume brut de 1,9 mb/j. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), organisation apparentée à l’OCDE, prévoit que les projets de construction actuels accroîtront cette capacité de 0,9 mb/j d’ici à 2015, capacité qui augmenterait encore de 4,5 mb/j si tous les projets proposés étaient mis en oeuvre.

Cette production aiderait assurément à étancher la soif de pétrole brut dans un monde qui tarde à adopter des systèmes énergétiques durables. Les projections de l’AIE à l’horizon 2035 indiquent que le « pétrole non conventionnel », notamment celui tiré des sables bitumineux canadiens, satisfera environ 10 % de la demande pétrolière mondiale. Selon Christian Besson, analyste de l’énergie à l’AIE, « Quoi que fassent les gouvernements, le pétrole non conventionnel est appelé à jouer un rôle de plus en plus important dans les approvisionnements pétroliers mondiaux d’ici à 2035 ». Les réserves accessibles s’épuisant et les coûts d’exploration ne cessant d’augmenter dans des zones éloignées, par exemple en offshore profond, les sables bitumineux du Canada ne sont peut-être pas suffisamment raffinés, mais semblent plus fiables que leur cousin, le pétrole brut.

Références AIE (2010) World Energy Outlook, voir www.worldenergyoutlook.org

Voir Gouvernement de l’Alberta: Energy, sur www.energy.alberta.ca/OilSands/793.asp et www.iea.org/

Voir www.oecd.org/fr/canada/ et www.oecd.org/fr/environnement/ressources/

©L’Observateur de l’OCDE n° 284, T1 2011




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