Un marché du travail vigoureux

Le marché du travail canadien a été préservé des soubresauts les plus violents de la crise économique. Pourquoi ?

Au plus fort de la crise de 2009, le chômage au Canada correspondait à la moyenne de l’OCDE, soit 8,3 %. C’était largement plus qu’avant la crise. Toutefois, la reprise a été vigoureuse, notamment comparé à son plus proche voisin. « Nous avons observé une inversion des évolutions traditionnelles entre le Canada et les États-Unis, affirme John Martin, Directeur de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE. Récemment encore, le taux de chômage était plus élevé au Canada qu’aux États-Unis. En avril 2011, le taux de chômage s’élevait à 9 % aux États- Unis, contre 7,6 % au Canada. Dans la conjoncture plus calme de 2007, le taux de chômage aux États-Unis était de 5,8 % contre 6,1 % au Canada. Cela dit, la part du chômage de long terme (plus de 12 mois) représentait seulement 12 % du chômage total, contre 29 % aux États-Unis et une moyenne OCDE supérieure à 32 %.

Cette détermination à éviter le chômage de longue durée est l’une des raisons du récent retournement de tendance observé. La durée des accords de travail partagé, en vertu desquels les salariés renoncent à un certain nombre d’heures de travail pour éviter d’être licenciés, a été étendue de 14 à 78 semaines. De même, l’assurance emploi a été prolongée afin d’empêcher que les chômeurs ne se découragent et n’arrêtent leur recherche d’emploi.

Les jeunes ont été les principales victimes de la crise. Mais là aussi, les jeunes Canadiens ont été moins durement touchés. Leur taux de chômage était de 14,8 % en 2010, soit 2 points de moins que la moyenne OCDE et près de 4 points de moins qu’aux États-Unis.

Le niveau d’éducation a joué. « Les jeunes Canadiens ont un très bon niveau d’instruction, comparé à pratiquement n’importe quel autre pays de l’OCDE » estime John Martin. Après avoir quitté l’école, les étudiants ont moins de mal à trouver un emploi et à le garder. En 2008, plus de 75 % des premiers emplois occupés étaient permanents et à temps plein. Certes, la crise a affaibli le marché. Mais le chômage de longue durée reste rare. En 2009, il s’élevait à 16,9 % chez les 16-24 ans des pays de l’OCDE, contre seulement 2,6 % au Canada.

La frontière entre scolarité et travail est moins nette au Canada que dans les autres pays de l’OCDE. Ce n’est peut-être pas toujours une bonne chose. Les Canadiens commencent à travailler relativement tôt. L’âge minimum pour travailler dans la province de l’Alberta est fixé à 12 ans, contre 14 dans le reste du pays. Cela pourrait sembler sans risque, le travail étant limité à deux heures par jour. Mais pour l’OCDE, les jeunes risquent d’être tentés de quitter l’école pour travailler et de compromettre ainsi leurs chances d’avenir. L’un des moyens de garder les enfants à l’école est de les scolariser plus tôt. L’OCDE a observé que la scolarisation des enfants avant le primaire, notamment pour les enfants de familles défavorisées ou modestes, permet de socialiser correctement ces enfants et de prolonger leur scolarisation par la suite.

Un Canadien sur cinq étant né à l’étranger, soit près du double de la moyenne OCDE, on pourrait s’attendre à un chômage plus élevé chez les immigrés. Or, l’OCDE n’a constaté qu’une légère différence. Cela s’explique en partie par le dispositif canadien de la « catégorie des travailleurs qualifiés », qui sélectionne les immigrés selon un système de points. Près de la moitié des immigrés canadiens est concernée par ce dispositif. Pour autant, les immigrés ont toujours davantage de difficultés à trouver un emploi, tout comme les Canadiens aborigènes. Ce n’est pas le cas pour les immigrés de deuxième génération : pas moins de 30 % d’enfants d’immigrés âgés de 25 à 54 ans exercent une profession intellectuelle ou scientifique, contre 26 % pour les enfants de parents nés au Canada. Le Canada ne gaspille-t-il pas cette richesse ? « Il y a des différences persistantes de rémunération, relève John Martin. Cela tient en partie à ce que les employeurs attribuent très peu de valeur aux qualifications acquises à l’étranger. Le Canada gâche en partie le potentiel de ces immigrés. »

Le Canada devrait également réformer son système d’assurance-emploi, selon lequel un employeur saisonnier (le capitaine d’un chalutier par exemple) ou toute autre entreprise qui licencie des salariés de manière cyclique, paie moins d’impôts qu’un employeur non-saisonnier. Dans les faits, c’est l’employeur non-saisonnier qui subventionne l’employeur saisonnier. L’OCDE recommande depuis longtemps la mise en place d’un système de cotation des emplois qui obligerait les employeurs saisonniers à payer leur part.

« Le marché du travail canadien a bien surmonté la crise, estime John Martin. Le défi à relever désormais est de maintenir le cap. »

Références

OCDE (2010), Equal Opportunities? The Labour Market Integration of the Children of Immigrants (en anglais uniquement)

OCDE (2010), « Perspectives de l’OCDE 2010 : quelle est la position relative du Canada ? », voir www.oecd.org/canada-fr

OCDE (2008), Des emplois pour les jeunes : Canada

OCDE (2010), Études économiques de l’OCDE : Canada

OCDE (2011), Panorama de la société

©L’Observateur de l’OCDE n° 284, T1 2011




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