Éducation : les succès de la diversité

©REUTERS/Mark Blinch

Le système éducatif canadien jouit d’une solide réputation, tant auprès des Canadiens qu’à l’étranger, grâce aux bonnes performances mesurées par des études de renom comme le programme PISA de l’OCDE, qui évalue les acquis des élèves de 15 ans. Il y a plusieurs raisons à ce succès, notamment la mise en place de réformes favorisant l’équité et l’intégration. Mais certains défis restent à relever.

Les disparités sont une préoccupation phare des responsables des politiques sociales. Qu’elles se manifestent dans la répartition des revenus, dans l’accès à l’emploi ou dans le système éducatif, les disparités sont en effet souvent considérées comme les signes avant-coureurs d’une fracture sociale plus large. On pourrait penser qu’avec l’une des populations immigrées les plus importantes des pays de l’OCDE, cette question serait un enjeu majeur au Canada, surtout dans l’éducation, domaine qui témoigne, dans de nombreux pays, des difficultés que peuvent rencontrer les enfants d’immigrés à s’intégrer. Or il n’en est rien.

Lors de l’enquête 2009 du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’OCDE, dont l’objet était d’évaluer les élèves de 15 ans de 65 pays, y compris l’ensemble des 33 pays membres de l’OCDE, le Canada a figuré parmi les dix pays les plus performants dans chacune des catégories prises en compte (compréhension de l’écrit, mathématiques et sciences). Si ces résultats étaient uniquement dus à un nombre élevé de très bons élèves, ils n’en seraient pas moins remarquables, mais le fait que tous les élèves – aussi bien ceux ayant atteint des scores élevés que ceux auxquels ont été attribués les scores les plus faibles – aient contribué aux résultats obtenus, met en évidence l’équité du système éducatif canadien, où l’écart entre les scores les plus élevés et les plus bas a été l’un des plus faibles de tous les pays de l’OCDE.

Pour Andreas Schleicher, conseiller spécial du Secrétaire général de l’OCDE pour l’éducation et l’une des chevilles ouvrières de l’enquête PISA, ce succès s’explique notamment par la manière dont le Canada a mené les réformes éducatives. « La leçon à tirer de l’expérience canadienne, c’est la mobilisation des principales parties prenantes, y compris les enseignants et les syndicats, et le fait de confier la mise en oeuvre des réformes à des professionnels plutôt qu’à des bureaucrates. » D’importants efforts ont été déployés pour obtenir l’adhésion des enseignants, des établissements et des syndicats aux réformes.

Le Canada s’est montré particulièrement performant non seulement en matière d’équité, mais aussi sur le plan de l’intégration. Au Canada comme ailleurs, les enfants immigrés éprouvent souvent des difficultés pendant cinq ans environ après leur arrivée. Rien d’étonnant à cela puisqu’il leur faut s’adapter à un nouvel environnement et apprendre une ou plusieurs nouvelles langues. Mais au Canada, au bout de cinq ans, ils sortent bel et bien de leur chrysalide. D’après la première enquête PISA en 2000, le score des enfants ayant vécu au Canada moins de cinq ans se situait 20 points au dessous de la moyenne OCDE, qui s’établissait à 478, alors que celui des enfants ayant passé plus de cinq ans dans le pays était de 524. Le PISA 2000 a ainsi montré qu’un gain ou une perte de 34 points des élèves canadiens en compréhension de l’écrit représentaient l’équivalent d’un gain ou d’une perte d’une année d’études.

Les raisons de ces bons résultats ? D’après Andrew Parkin, Directeur général du Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), le ou plutôt les systèmes éducatifs canadiens « permettent aux immigrés de se faire plus facilement une place » dans la société. De nombreux établissements proposent des classes d’initiation au français et à l’anglais, et les provinces et territoires encouragent vigoureusement l’immigration.

En 2010, le Canada a accueilli plus de 280 000 immigrés, un nombre sans précédent depuis l’adhésion du pays à l’OCDE il y a 50 ans. Le pays a aussi ouvert grand ses portes aux résidents temporaires, dont quelque 182 000 étudiants étrangers, soit 28 000 de plus qu’il y a cinq ans. Ceuxci forment désormais 8 % de la population étudiante, contre 4 % en 1992. Ce n’est pas un hasard. Contrairement à d’autres pays, le Canada cherche ouvertement à attirer des étudiants étrangers pour stimuler l’innovation et l’économie. Selon une étude commandée par le gouvernement, la contribution des étudiants étrangers à l’économie canadienne s’élève à 6,5 milliards de dollars canadiens. Désireux de rendre les études au Canada attractives, le gouvernement a créé la Catégorie de l’expérience canadienne, par laquelle les étudiants étrangers remplissant certains critères peuvent présenter une demande de résidence permanente.

L’immigration est un sujet épineux pour les responsables politiques, qui soit adoptent une rhétorique populiste, reprochant aux immigrés d’être à l’origine d’un chômage élevé, soit, plus raisonnablement, invoquent leur potentiel positif pour la croissance. De fait, les immigrés peuvent être à la recherche d’emplois, fuir l’instabilité politique ou simplement chercher à rejoindre leur famille. M. Parkin remarque que les profils des immigrés au Canada diffèrent de ceux qui émigrent aux États-Unis, par exemple. Alors qu’aux États-Unis, il s’agit principalement d’immigrés économiques provenant d’Amérique latine, au Canada, les immigrés sont en général dotés d’un bon niveau d’éducation et de qualification. La majorité d’entre eux (52,7 % en 2010) viennent de pays d’Asie comme la Chine ou la Corée, où le travail et l’excellence scolaires sont vivement encouragés par la société.

Le milieu socio-économique peut être un facteur essentiel de réussite scolaire. Les enfants de familles pauvres ou monoparentales ont en général de moins bons résultats. La capacité, pour un enfant, de surmonter ce type d’obstacle est désigné, dans le cadre de PISA, par le terme « résilience ». Les élèves canadiens sont particulièrement « robustes » puisqu’ils occupent la 9ème place du classement, 40 % d’entre eux étant considérés comme résilients contre 31 % en moyenne pour la zone OCDE

 La réussite ne tient pas uniquement à la détermination des élèves ou au soutien parental. M. Parkin souligne également le professionnalisme des enseignants canadiens, encouragé par les politiques d’éducation. La liberté accordée aux enseignants s’étend aux élèves. Ainsi, le système de « l’orientation » pratiqué par certains pays de l’OCDE, qui consiste en une certaine spécialisation des élèves, parfois dès l’âge de 11 ans, n’existe pas au Canada. Cette flexibilité pédagogique se poursuit dans l’enseignement supérieur canadien, que M. Parkin qualifie de système de la « seconde chance ». Contrairement au Royaume-Uni par exemple, où les étudiants qui décrochent peuvent se retrouver au chômage pendant plusieurs années, leurs homologues canadiens trouvent en général un emploi. Après avoir travaillé quelques années, certains décident de reprendre leurs études. Beaucoup s’inscrivent alors dans un établissement local, ce qui évite d’avoir à s’installer dans une grande ville, et permet d’acquérir des compétences précises plus rapidement. Cette brève pause entre le secondaire et le supérieur explique sans doute la relative jeunesse des étudiants étrangers du premier cycle du supérieur par rapport à leurs homologues canadiens.

Entre 5 000 et 10 000 élèves âgés de 15 ans, soit en moyenne 150 élèves par pays, ont passé les tests PISA en 2009. Afin d’évaluer plus précisément les élèves de chacune de ses dix provinces, le Canada a fait passer les tests PISA à 25 000 élèves représentant 1 000 établissements scolaires.* « Prenez l’Ontario, la province la plus avancée, explique M. Schleicher. Elle a axé ses stratégies directement sur la manière d’enseigner. Elle a accordé une priorité attentive et détaillée à la mise en oeuvre, et a permis aux enseignants de tester de nouvelles idées et d’apprendre de leurs collègues.

Mais les résultats n’ont pas été très encourageants. Selon M. Parkin, un élève canadien sur dix n’a pas un niveau de lecture suffisant, et les garçons obtiennent dans ce domaine des résultats sensiblement inférieurs à ceux des filles (bien que l’écart se réduise). Lors des deux cycles de l’enquête PISA, les élèves canadiens scolarisés dans un environnement où prédominait une langue minoritaire ont moins bien réussi que ceux scolarisés dans des milieux à dominante anglophones ou francophones. Les canadiens autochtones, qui selon M. Parkin représentent jusqu’à un quart de la population dans certaines provinces, comme le Manitoba et la Saskatchewan, accusent un certain retard et tendent à abandonner leurs études en cours de route. Les nombreuses évaluations de PISA contribueront à élaborer des politiques visant à améliorer les résultats de ces élèves.

Même dans les domaines où le Canada excelle, M. Parkin met en garde contre tout triomphalisme : « Beaucoup de pays progressent en matière d’éducation. Les ministres canadiens de l’Éducation savent que nous ne pouvons nous endormir sur nos lauriers. Nous devons redoubler d’efforts si nous voulons que nos élèves restent dans le peloton de tête ». Cette exigence sera peut-être en grande partie réalisée grâce aux élèves immigrés. Le Canada est un pays véritablement multiculturel, dont le nombre d’habitants nés à l’étranger est l’un des plus élevés des pays de l’OCDE. Dans un pays où 18 % de la population est née à l’étranger, la question de l’intégration se pose moins. « l’identité canadienne, souligne M. Parkin, s’est construite sur la diversité. »

Références

Voir www.oecd.org/edu-fr

Programme international de l’OCDE pour le suivi des acquis des élèves (PISA) : www.pisa.oecd.org

OCDE (2010), Les Clés de la réussite: Impact des connaissances et compétences à l’âge de 15 ans sur le parcours des jeunes canadiens, disponible sur www.oecd.org/dataoecd/59/24/44576147.pdf

Voir les communiqués de presse sur www.cic.gc.ca

Statistique Canada : www.statcan.gc.ca/pub/81-004-x/2010006/article/11405-fra.htm

*Correction au 19 novembre 2011 : 1000 établissements scolaires et non 10 000, comme indiqué dans le numéro 285 du mois de juin. La rédaction présente ses excuses pour cette erreur.

©L'Observateur de l'OCDE n° 284, mai 2011




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