Un partenariat fructueux depuis 50 ans

William R. White, Président du Comité d’examen des situations économiques et des problèmes de développement de l’OCDE

©BIS

Pourquoi certaines entreprises, organisations, économies et même nations parviennent-elles à atteindre leurs objectifs et d’autres pas ? Un angle intéressant est de considérer chacune de ces entités comme un système adaptatif complexe, soumis aux mêmes processus d’évolution que les organismes vivants.

Une abondante littérature suggère que le secret de la réussite réside dans la capacité de maîtriser le contexte du moment, tout en sachant s’adapter à son évolution. Le Canada comme l’OCDE ont particulièrement bien réussi dans ces deux domaines, notamment grâce aux valeurs qu’ils partagent.

L’une de nos croyances fondamentales communes porte sur l’efficacité des marchés concurrentiels, non seulement pour fournir les biens et services demandés à un moment donné, mais aussi pour s’adapter à l’évolution des attentes. Mais l’OCDE et le Canada sont également d’avis que les marchés doivent travailler dans un cadre de règles et de normes concertées et communément admises sur ce qui constitue un comportement « juste ». Comme le soulignait récemment la romancière canadienne Margaret Atwood, lors des CBC Massey Lectures, le besoin d’« équité » semble avoir été intégré à notre patrimoine génétique par l’évolution. Il s’agit d’une condition nécessaire à la confiance et à la coopération, qui sont elles-mêmes indispensables si les individus et les pays veulent s’adapter à un monde en pleine mutation.

Le Canada semble bien adapté au monde moderne. Plusieurs sondages le classent en tête ou dans le peloton de tête des « pays où il fait bon vivre ». Sa longue tradition démocratique, son attachement au droit de propriété, une bonne gouvernance et une réputation d’équité jouent sans aucun doute un grand rôle dans cette évaluation positive. En outre, ses résultats économiques lui permettent depuis quelques décennies d’offrir l’un des niveaux de vie les plus élevés au monde, ainsi que des débouchés suffisants pour attirer un nombre exceptionnellement élevé de migrants venus de tous les pays.

Le Canada sait s’adapter aux changements, comme il l’a prouvé par le passé. Alors que le pays dépendait autrefois presqu’entièrement de la production de produits de base, notamment agricoles, les hautes technologies et les services représentent désormais une part bien plus importante de la production et des exportations. Alors qu’il commerçait très majoritairement avec les États- Unis, le pays ouvre de nouveaux marchés avec les économies émergentes, essentiellement en Asie. Alors que les marchés financiers canadiens étaient auparavant très contrôlés, ils sont maintenant largement déréglementés, même s’ils restent soumis à une supervision rigoureuse. Quant à l’avenir, le niveau de qualité globalement élevé du système éducatif canadien, ainsi que la diversité et les compétences de ses nombreux immigrés hautement qualifiés, laissent d’autant plus à penser que le Canada saura faire face aux changements d’une économie mondiale incertaine et mouvante.

Depuis maintenant 50 ans, la collaboration entre le Canada et l’OCDE a contribué aux bons résultats économiques du pays. Mais il faut souligner que, si le Canada a bénéficié de l’aide de l’OCDE, l’OCDE a également bénéficié de celle du Canada.

Parmi les avantages dont le Canada tire parti, quasiment tous les travaux de l’OCDE apportent une aide concrète à de multiples organismes publics et privés, ainsi qu’à des ONG. Les plus utiles sont peut-être les bases de données et les sources statistiques de l’OCDE, qui permettent d’effectuer des comparaisons internationales. Viennent ensuite les travaux de recherche, où l’on s’efforce de définir des « pratiques exemplaires » au regard des politiques publiques, ainsi que le processus de négociation qui se déroule à l’OCDE en vue d’établir des règles et des normes internationales. Les examens par les pairs, qui confrontent les expériences nationales et contribuent à renforcer la confiance au cours des négociations, ont également très largement bénéficié au Canada au fil des ans.

En tant que Président du Comité d’examen des situations économiques et des problèmes de développement de l’OCDE, qui examine les politiques macroéconomiques et structurelles nationales, j’ai une connaissance peutêtre unique de ces travaux d’examen par les pairs. En règle générale, les recommandations de l’OCDE relatives aux politiques macroéconomiques ne sont pas très éloignées de celles que les autorités canadiennes décident de mettre en oeuvre. C’est le cas notamment du processus d’assainissement budgétaire qui a débuté à la fin des années 80 et s’est poursuivi jusque dans les années 90. La réussite du Canada à cet égard est aujourd’hui étudiée à la loupe partout dans le monde, par des pays dont la viabilité des dépenses publiques est de plus en plus menacée.

S’agissant des politiques structurelles, nombre des mesures de libéralisation qui ont été menées au Canada sont cohérentes avec les recommandations de l’OCDE. Cela dit, plusieurs réformes proposées dans les domaines du marché du travail, de l’environnement et autres, n’ont pas totalement convaincu les autorités canadiennes. Dans ce contexte, la nécessité de trouver un accord avec les autorités des États-Unis joue souvent un rôle central. Au minimum cependant, les initiatives de l’OCDE continuent de susciter un débat utile au Canada sur des questions de fond.

Nous l’avons dit, le Canada aide autant l’OCDE (et la communauté internationale qu’elle représente) que l’OCDE n’aide le Canada, et ce de multiples façons. Outre le financement (le Canada est le septième contributeur de l’Organisation), la principale contribution du pays aux travaux de l’OCDE réside dans l’expertise qu’il lui apporte. Plus de 200 comités se réunissent au sein de l’OCDE et comptent quasiment tous des délégués canadiens compétents (et parfois exceptionnels). De fait, 17 de ces comités sont à l’heure actuelle présidés par des Canadiens (y compris le mien). Dans la mesure où ces comités sont au coeur des négociations relatives aux diverses normes internationales, et souvent aux travaux de recherche qui les sous-tendent, cette contribution est loin d’être négligeable.

Enfin, il est à noter que des Canadiens occupent de très nombreux postes à l’OCDE, compte tenu de la taille relative de la population canadienne. C’est une preuve de leur compétence ainsi que de l’intérêt traditionnel des Canadiens pour le rôle d’intermédiaire impartial dans les affaires internationales. Le fait que Donald Johnston, le précédent Secrétaire général de l’OCDE, soit Canadien, constitue évidemment un plus.

L’avenir réserve de nombreux défis : la nécessité d’une reprise durable après la crise financière et économique récente, la nécessité de faire évoluer les institutions afin de traduire l’importance relative croissante des économies de marché émergentes, et la nécessité d’accorder plus d’attention à la dégradation de l’environnement. L’OCDE continuera d’aider le Canada à relever ces défis et le Canada continuera, espérons-le, d’être présent aux côtés de l’OCDE.

Voir www.oecd.org/canada-fr

Voir d’autres articles de William R. White sur www.observateurocde.org

©L'Observateur de l'OCDE n° 284, mai 2011




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