L’économie canadienne

Entretien avec James M. Flaherty, Ministre des Finances, Gouvernement du Canada

©Gouvernement du Canada

L’Observateur de l’OCDE : Au moment où le monde sort d’une crise prolongée, comment caractériseriez-vous l’état actuel de l’économie canadienne ?

M. Flaherty : L’économie canadienne a mieux surmonté la récession mondiale que la plupart des pays industrialisés, et la reprise économique est bien amorcée, avec six trimestres consécutifs de croissance jusqu’à la fin de 2010. La croissance observée pendant la reprise a été soutenue par une forte reprise des dépenses des consommateurs et des entreprises, ce qui témoigne de l’effet de stimulation important du Plan d’action économique du Canada. L’amélioration de la conjoncture économique à l’échelle mondiale a aussi entraîné une hausse importante des prix des produits de base depuis le début de 2009, ce qui a stimulé les termes de l’échange, les revenus et l’investissement au Canada.

La reprise de la production réelle au Canada a été accompagnée d’un solide regain de vie du marché du travail. Le nombre de Canadiens au travail est plus élevé aujourd’hui qu’avant le début de la récession, et le taux de chômage a diminué pour s’établir à 7,6 % en avril 2011, par rapport à son sommet de 8,7 % atteint en août 2009. En outre, près de 90 % de ces nouveaux emplois sont dans des secteurs relativement bien rémunérés, et près de 85 % d’entre eux sont des emplois à plein temps.

Le taux de chômage au Canada est actuellement inférieur de plus d’un point de pourcentage à celui des États-Unis, et il se maintient sous le niveau du taux des États-Unis depuis octobre 2008 – pour la première fois depuis le début des années 1980.

La vigoureuse performance du marché du travail canadien se traduit à son tour par une solide croissance du revenu, pour alimenter une reprise autonome de la demande du secteur privé et mettre fin aux mesures de stimulation d’une manière ordonnée, comme l’entend le gouvernement.

Pour l’avenir, le plus récent sondage mené auprès d’économistes du secteur privé nous révèle qu’ils s’attendent à ce que la reprise se poursuive en 2011 et que la croissance se modère quelque peu à moyen terme. Selon les dernières Perspectives économiques de l’OCDE, le Canada réalisera de bonnes performances économiques comparé aux autres pays du G7 en 2011 et, selon le FMI, le Canada devrait avoir une des croissances les plus fortes parmi les pays du G7 cette année et l’année prochaine. Des risques continuent néanmoins de peser sur les perspectives économiques, surtout en raison de problèmes provenant de l’extérieur du pays.

Quels sont selon vous les points forts sous-jacents de l’économie canadienne ?

La croissance du revenu réel par habitant au Canada a été l’une des plus élevées parmi les pays de l’OCDE au cours de la dernière décennie. En outre, le Canada affiche l’un des taux d’emploi les plus élevés des pays de l’OCDE. La vigueur de la croissance économique au Canada est le reflet de la solidité des facteurs macroéconomiques fondamentaux, y compris de solides politiques monétaires et budgétaires, un cadre financier prudent, l’ouverture au commerce, et un régime fiscal concurrentiel ainsi qu’une main-d’oeuvre très qualifiée et fortement scolarisée, le Canada étant le pays ayant la proportion la plus élevée de la population adulte qui a suivi des études post-secondaires parmi les pays de l’OCDE.

Et ses points faibles ?

L’un des principaux défis à relever consiste à améliorer la productivité du Canada. Compte tenu du vieillissement de la population, il sera essentiel de stimuler la croissance de la productivité si l’on veut continuer de hausser le niveau de vie. Parmi les mesures adoptées par le gouvernement du Canada depuis 2006 afin de favoriser la croissance économique à long terme, il y a la réduction des impôts sur les investissements des entreprises, l’abolition des droits tarifaires à l’importation des intrants de fabrication et des machines et du matériel, des investissements historiques dans l’infrastructure, et un soutien accru à la recherche. Pour l’avenir, la priorité doit consister à revenir à l’équilibre budgétaire, un objectif crucial pour empêcher une régression et pour continuer de progresser par rapport au cadre stratégique du gouvernement.

L’Étude économique du Canada menée en 2010 par l’OCDE a mis en relief les coûts des soins de santé comme étant un problème préoccupant pour les finances publiques à long terme. Comme d’autres pays de l’OCDE, le Canada est aussi confronté à d’autres pressions de coût, celui occasionné par le vieillissement de la population n’étant pas le moindre. Que faudrait-il faire pour atténuer ces préoccupations ?

Au Canada, la responsabilité du financement, de la protection et de l’organisation des services de soins de santé relève en grande partie des administrations provinciales. Les administrations fédérale et provinciales devront néanmoins collaborer afin de contrôler les coûts des soins de santé et trouver des mécanismes de financement à long terme qui créent les incitatifs requis pour contrôler les coûts. Dans ce contexte, l’OCDE aura un rôle crucial à jouer pour aider ses membres à relever cet important défi en menant une analyse de l’expérience internationale dans ce domaine.

Outre le retour à l’équilibre budgétaire à moyen terme, la meilleure façon pour le Canada de s’attaquer aux défis économiques et budgétaires posés par une population vieillissante consiste à mettre l’accent sur des politiques qui favorisent la croissance de la productivité et l’affectation efficace des ressources. À cet égard, les progrès significatifs qui ont été accomplis depuis 2006 devraient permettre d’améliorer la productivité et la performance du marché du travail au Canada au cours des années à venir. En outre, la prochaine phase du Plan d’action économique du Canada continuera de favoriser une croissance durable et à long terme en soutenant les principaux vecteurs de la croissance économique – l’innovation, l’éducation et la formation, ainsi que l’investissement.

L’économie mondiale se transforme, avec l’émergence de nouveaux marchés puissants. Parallèlement, nous sommes confrontés à des défis sur le plan social, ainsi qu’au chapitre des ressources naturelles et de l’environnement. En tant qu’intervenant de premier plan sur la scène internationale, comment le Canada aborde-t-il ces enjeux et quelles priorités voulez-vous souligner ?

Il est évident que les marchés émergents et les économies en développement sont devenus des forces plus importantes au sein de l’économie mondiale, ce qui transforme la dynamique sur la scène internationale. Le Canada participe activement à des tribunes qui visent à promouvoir la coopération économique mondiale, comme l’OCDE et le G20.

Le Canada considère comme hautement prioritaire de collaborer avec ses partenaires internationaux afin de trouver des solutions axées sur la coopération pour s’attaquer aux importants déséquilibres qui persistent, et qui continuent de menacer les perspectives d’une croissance mondiale solide, durable et équilibrée. Le Canada a un important rôle à jouer afin de faciliter ces discussions, particulièrement en ce qui a trait au Cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée du G20 et à l’entente sur une série de lignes directrices indicatives, conclue récemment. Le fait de favoriser une compréhension partagée des problèmes auxquels l’économie mondiale est confrontée permettra de structurer davantage les efforts qui seront déployés à l’échelle de la planète pour aborder ces problèmes.

Quelle importance le Canada attache-t-il à sa participation à l’OCDE ?

Le Canada considère l’OCDE comme une importante source d’idées et de normes qui façonnent les politiques et renforcent le fonctionnement de l’économie mondiale, en particulier grâce à son analyse de l’incidence et de l’importance des réformes structurelles sur l’accroissement du potentiel de production. Des instruments de l’OCDE comme le Modèle de convention fiscale, les arrangements concernant les crédits à l’exportation et ses travaux sur la liberté d’investissement ont permis d’uniformiser les règles du jeu.

Le Canada apprécie la valeur de l’expertise technique et du travail d’analyse de l’OCDE. Depuis un demi-siècle, l’Organisation dispense de précieux conseils stratégiques au sujet des façons de soutenir la prospérité économique au Canada. Le Canada s’intéresse tout particulièrement à ses travaux d’élaboration de sources statistiques permettant les comparaisons à l’échelle internationale. Les repères comparatifs de l’OCDE nous aident à situer notre performance économique par rapport à celle de nos pairs, de même qu’à tirer un enseignement de l’expérience des autres pays.

Voir www.fin.gc.ca et www.oecd.org/canada-fr

©L'Observateur de l'OCDE n° 284, mai 2011




Données économiques

Courriel gratuit

Recevez les dernières nouvelles de l’OCDE :

Flux Twitter

Abonnez-vous dès maintenant

Pour recevoir notre édition papier en anglais par courrier


Edition en ligne
Editions précédentes

Ne manquez pas

  • G20: « Le temps est venu d’accroître les dépenses publiques » (Le Monde)
  • En France, les inégalités salariales se réduisent chaque année. Les salaires des femmes cadres de moins de 30 ans sont « seulement » inférieurs de 5 % à celui des hommes, selon l’Association pour l’emploi des cadres (APEC) dans une étude publiée en mars 2015.Les réseaux féminins ont-ils encore un rôle à jouer dans le monde du travail ? (Le Monde)
  • Pourquoi les fils d’immigrés ne réussissent-ils pas à l’école aussi bien que leurs sœurs? Un article du journal Le Monde.
  • L'intégration rapide des réfugiés est la clé de la croissance économique en Europe, selon le FMI et l'OCDE, présents à Davos, le forum économique mondial qui se déroule du 20 au 23 janvier. Lire l'article du Monde ici.

  • Expliquez-nous... l'OCDE par FranceInfo
  • "Nous avançons à une vitesse d'escargot" sur le climat, estime Ban Ki-moon. Le secrétaire général des Nations Unies confie au journal Le Monde son optimisme sur la conclusion d’un accord international permettant de contenir le réchauffement en cours, en dépit des obstacles.
  • La France est "l'un des pays où l'anxiété en classe est la plus fortement ressentie" explique Eric Charbonnier, analyste à l'OCDE.
  • Après le vote des mesures sociales demandées par l'Union européenne et le FMI, prévu pour le 22 juillet au soir, le gouvernement grec "va reprendre immédiatement les négociations avec les institutions, UE, BCE et FMI, qui doivent durer jusqu'au 20 août au plus tard".
  • Peut-on réduire l'immigration légale? Le député français de l’Yonne Guillaume Larrivé, membre de l'opposition, a proposé que les parlementaires fixent des plafonds d’immigration annuels. Thomas Liebig, spécialiste des migrations internationales à l’OCDE, analyse cette proposition pour le journal La Croix.
  • "Les 40% les plus pauvres, les classes moyennes, manquent de moyens pour investir dans le capital humain", explique à L'Express l'économiste Michael Förster, spécialiste des inégalités à l'OCDE.
  • La lutte contre le travail au noir franchit un nouveau seuil. Selon le bilan 2014 publié par Les Echos, le montant total des redressements imposés par les Urssaf pour « travail dissimulé » s’est élevé à 401 millions d’euros, contre 320 millions l’année précédente.
  • Le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon rallie le soutien de l’OCDE: « 2015 est une année des plus cruciales pour l’humanité ».

Articles les plus lus

Blog OECD Insights

NOTE: Les articles signés expriment l’opinion de leurs auteurs
et pas nécessairement celle de l’OCDE ou de ses pays membres.

©Tous droits réservés. OCDE 2016