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Le microcrédit, des atouts gigantesques

De plus en plus utilisé, le microcrédit permet de financer des petites entreprises et des projets de développement locaux, particulièrement dans les pays pauvres. Économiste, écrivain, fondateur et premier président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, Jacques Attali est aussi le fondateur de PlaNet Finance, qui développe des programmes de microfinance dans plus de 80 pays. Invité au Forum de l’OCDE en mai, il a répondu aux questions de L’Observateur de l’OCDE.

L’Observateur de l’OCDE : Quelle est l’origine et quelles sont les principales activités de PlaNet Finance ?

Jacques Attali : J’ai créé PLaNet Finance en 1998, après avoir rencontré Muhammad Yunus* plusieurs années auparavant au Bangladesh. J’ai trouvé qu’il avait créé un outil extraordinaire de développement et de transition vers la démocratie par la création d’emplois et d’entreprises. Dès que j’ai fondé la BERD à Londres, le premier programme que j’ai créé était un programme de microcrédit en Pologne. J’ai ensuite eu l’idée de généraliser cette expérience à travers le monde. L’objectif principal de PlaNet Finance, c’est de soutenir le développement et la microfinance par tous les moyens possibles à travers le monde. Aujourd’hui, PlaNet Finance est une institution qui travaille dans 80 pays, qui a 1 200 salariés et qui recouvre de nombreux métiers : de l’assistance technique, du financement, de la création d’institutions de microfinance que nous possédons et que nous gérons, de la micro-assurance, du mobile banking, de l’action dans les banlieues en France, et nous permettons à divers acteurs de faire des prêts directs en ligne à des microentrepreneurs. Nous développons également des centaines de programmes différents, allant du conseil aux gouvernements pour la réglementation à l’appui aux chômeurs et aux SDF afin qu’ils se remettent en situation de devenir des entrepreneurs.

Quels sont les grands enjeux aujourd’hui pour le groupe PlaNet Finance?
Les enjeux pour nous aujourd’hui sont d’abord de gérer une forte croissance, de 20 à 30 % par an, de rester en permanence extrêmement professionnels, d’améliorer la qualité de nos cadres et d’innover avec de nouveaux produits : j’ai parlé du mobile banking, mais il y en a bien d’autres. Un autre défi est d’étendre nos activités à de nouveaux pays, notamment des pays en situation post-conflit : la Tunisie, la Côte d’Ivoire, l’Irak, des pays où la transition vers la démocratie suppose absolument le développement de la microfinance. Un autre enjeu important est de sensibiliser l’opinion internationale à l’importance de l’inclusion financière, parce que trop souvent, on le voit dans la préparation du G8 ou du G20, on limite l’inclusion finacière aux PME, et on n’inclut pas la microfinance, qui est pourtant absolument cruciale. Je passe une grande partie de mon temps non seulement à essayer de trouver des fonds pour PlaNet Finance, tant auprès de la Banque mondiale que de l’Union européenne et de certains pays, mais aussi à sensibiliser les différents acteurs, comme l’OCDE, le G8, le G7, le G20 et les grands gouvernements, à l’importance de la micofinance comme un outil de la transition vers la démocratie et de sa stabilisation. La microfinance est un outil essentiel à la durabilité de la démocratie.

Il reste donc encore beaucoup à faire pour convaincre les décideurs de l’efficacité du microcrédit ?
Oui, il y a aujourd’hui environ 700 millions de micro-entrepreneurs, et seulement 190 millions d’entre eux ont accès au microcrédit. Cela montre l’ampleur des lacunes. S’il n’y en a pas plus, c’est que l’on n’a pas de moyens, non pas tellement en termes de lignes de crédit (nous sommes associés à un fonds d’un milliard de dollars, Responsibility, qui nous permet de faire des lignes de crédit), mais en termes d’argent qui permette de faire de la formation, du capacity-building, de l’amélioration des compétences des microentrepreneurs, et d’améliorer le rapport de force entre les micro-entrepreneurs et les grandes multinationales pour qu’ils tirent mieux parti des chaînes de valeur. Tout cela exige de l’argent d’assistance technique, qui est plus difficile à trouver.

Quels conseils adresseriez-vous aux responsables politiques mondiaux pour accélérer le développement mondial et relever les défis actuels ?
Le carré magique, c’est : ouverture des marchés, microfinance, technologie et démocratie. Les quatre se renforcent mutuellement et les quatre sont essentiels au développement. On peut y ajouter l’éducation, mais pour moi, celle-ci découle de la démocratie.

Au Forum de l’OCDE 2000, vous partagiez la scène avec Bill Joy, le fondateur de Sun Micosystems. Vous aviez alors évoqué à la fois les risques et les opportunités à venir. Comment voyez-vous l’avenir aujourd’hui, pas seulement en matière de développement, mais aussi en matière d’innovation ?
Je pense que nous sommes confrontés à deux tsunamis contradictoires : le tsunami négatif des désastres du système financier, et le tsunami positif des technologies (technologies de l’information, biotechnologies, nanotechnologies), qui sont porteuses de croissance et qui feront peut-être reculer l’ensemble des dettes. Mais je crains que le tsunami de la dette n’aille beaucoup plus vite que le progrès technologique. Contrairement à ce qu’annoncent la plupart des responsables politiques, je crains que la crise ne soit loin d’être terminée, puisque l’on n’a fait jusqu’à présent que reporter la dette privée sur la dette publique, qu’il y a une accumulation de dettes, et que la dette n’est qu’une façon de repousser l’échéance du règlement de la crise. Il y a donc un risque qu’on ait à l’avenir une crise encore plus lourde, parce qu’on n’a pas été assez courageux pour régler celle-ci. Il n’est pas exclu que le progrès technique emporte tout et règle la crise, mais c’est un pari extrêmement risqué.

* Muhammad Yunus a créé la Grameen Bank au Bangladesh en 1983, ce qui lui a valu le prix Nobel de la Paix 2006.

Voir www.planetfinancegroup.org

Voir aussi www.oecd.org/developpement

©L’Observateur de l’OCDE n° 284, T1 2011




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